analyse

Créer des lits supplémentaires en soins intensifs? Pas si simple

Ce jeudi encore, 96% des lits de soins intensifs agréés étaient occupés. Et les hôpitaux peinent à en ouvrir de nouveaux, faute de bras disponibles. ©Photo News

Les soins intensifs sont quasi à saturation, et les hôpitaux ne parviennent pas à créer les 300 lits supplémentaires prévus par le plan hospitalier d'urgence.

Dimanche soir, alors qu’un grave incendie éclatait à Anderlecht, il restait un seul lit de soins intensifs disponible dans toute la Région bruxelloise. Et c’est parce que la veille, des patients avaient été transférés vers Bruges et Bonheiden. Finalement, deux des trois blessés graves d'Anderlecht ont pu être pris en charge par l’Hôpital militaire, et le troisième a été transporté vers le dernier lit disponible.

Ce jeudi encore, 96% des lits de soins intensifs agréés en Belgique étaient occupés, dont près de la moitié par des malades du Covid – on ne comptait plus que 82 lits vides, moins d’un par hôpital. "Le grand public sous-estime parfois sous quelle haute tension nos hôpitaux doivent fonctionner aujourd’hui, soulignait mardi en commission à la Chambre le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit). Ils arrivent à s’arranger grâce à leur planification d’urgence. Mais cela nécessite un effort terrible, et c’est une situation très risquée."

Épuisement et absentéisme

Dans les hôpitaux, on serre les dents. La phase 2A du plan d’urgence hospitalier a été activée fin mars. Elle prévoit qu’il faut ajouter, aux quelque 2.000 lits de soins intensifs existants, 300 lits supplémentaires. Mais les hôpitaux n’y parviennent pas. "La pénurie de main-d’œuvre fait que les hôpitaux ne peuvent pas réaliser ces ouvertures de façon complète, indiquait mardi le ministre de la Santé en réponse à une question de la députée Caroline Taquin (MR). Les vagues répétées et le long plateau, avec tout l’impact en termes d’épuisement et aussi d’absentéisme du personnel – qui est, je crois, inévitable dans cette situation – rendent extrêmement difficile cette augmentation de la capacité."

96%
Avec plus de 930 patients Covid et les urgences habituelles, les lits en soins intensifs sont occupés à 96%. Une situation critique.

Combien de ces 300 lits ont-ils été réellement créés ? Le cabinet de Frank Vandenbroucke dit ne pas disposer de chiffres précis. Mais les retours du terrain confirment que la situation est extrêmement tendue.

"Le personnel est à bout de souffle. Le risque, c'est qu'après la crise, il y ait un phénomène de décompression, avec toute une série de gens qui quittent le métier."
Frédéric Dubois
Porte-parole du CHU de Charleroi

Cahin-caha, certains hôpitaux sont tout de même parvenus à augmenter leur capacité.  "Nous avons fait notre part du boulot, puisque de 54 lits agréés en soins intensifs, nous sommes passés à 64 lits sur les deux hôpitaux, Marie Curie et Vésale, indique Frédéric Dubois, porte-parole du CHU de Charleroi. Mais trouver le personnel infirmier qualifié nécessaire est un vrai problème. Nous avons dû reporter certains congés, rappeler en soins intensifs du personnel qui s’était reconverti dans des tâches administratives. Le personnel est à bout de souffle. Et le risque, c’est qu’après la crise, il y ait un phénomène de décompression, avec toute une série de gens qui quittent le métier."

Au CHU de Liège, la situation est plus tendue encore. "Nous comptons pour le moment 64 lits de soins intensifs, contre 49 en temps normal. Mais faute du staff nécessaire, 4 de ces lits restent fermés, explique Louis Maraite, directeur de la communication. Transférer du personnel d’autres unités de soins, qui n'a pas la formation nécessaire, n’est pas si facile. Et comment recruter, alors que ces compétences ne se trouvent pas sur le marché?"

Au maximum des capacités

D’autres hôpitaux ne parviennent tout simplement pas à créer des lits supplémentaires. "La pensée magique, cela ne fonctionne pas, lâche Philippe Leroy, directeur du CHU Saint-Pierre à Bruxelles. Nous sommes au maximum de nos capacités. Non seulement notre personnel est fatigué, mais pratiquement tous les patients de nos 30 lits de soins intensifs sont intubés et ventilés, et demandent des soins beaucoup plus rapprochés et beaucoup plus complexes. En temps normal, c’est le cas pour la moitié des patients seulement. Durant la première vague, nous avions réussi à créer 10 lits supplémentaires, mais en mettant quasiment tout le reste de l’hôpital à l’arrêt. C’est quelque chose que nous ne pouvons plus faire."

"Durant la première vague, nous avions créé des lits supplémentaires, mais en mettant quasiment tout le reste de l'hôpital à l'arrêt. C'est quelque chose que nous ne pouvons plus faire."
Philippe Leroy
Directeur du CHU Saint-Pierre

Le Chirec fait état d'une situation plus critique encore. "Nous avons dû renoncer à tout ce qui est chirurgie programmée, en espérant que les malades ne se dégradent pas, témoigne Philippe El Haddad, directeur général médical. Nos trois sites, Delta à Auderghem, la Clinique Ste-Anne St-Remi à Anderlecht et l’hôpital de Braine-l’Alleud, comptent 34 lits agréés en soins intensifs. Et vu le manque de personnel, nous peinons déjà à les maintenir ouverts. Lors de la première vague, nous avions pu augmenter fortement les capacités, mais le personnel était plus motivé et moins fatigué. Cette fois, avec toute la volonté du monde, c’est impossible." À la fin de l’entretien téléphonique, nous demandons à Philippe El Haddad s’il a autre chose à ajouter. "Que les gens se fassent vacciner!" s’exclame-t-il.

Le résumé

  • Les soins intensifs sont quasiment à saturation: moins d'un lit par hôpital est encore libre.
  • La phase 2A du plan d'urgence hospitalier, qui prévoit la création de 300 lits supplémentaires, a été déclenchée. Mais les hôpitaux ne parviennent pas à atteindre l'objectif.
  • À certains endroits, vu le manque de personnel et la lourdeur des soins à prodiguer aux malades du Covid, on peine déjà à garder les lits intensifs habituels ouverts.

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