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D’une avalanche destructrice à un océan d’opportunités

Si nous voulons remédier à la destruction économique, l’analyse des données est essentielle.

Depuis le début de la crise, nous lisons, le plus souvent de manière inappropriée, des références à la destruction créative. Il est grand temps de présenter le concept dans le contexte actuel de la Covid.

Indépendamment de la situation économique, il y a toujours des entreprises qui perdent leur capacité d’innovation et font faillite. En cause, une mauvaise gestion du changement ou un découragement global. Cela se traduit par de mauvais chiffres - des symptômes, pas une cause - et aboutit à une cessation d’activité ou à la faillite.

Eric Van den Broele. ©siska vandecasteele

Au cours des dernières décennies, nous avons continuellement vu environ 5 % des entreprises être en difficulté. C’est là que la destruction survient. Même lors de la plus grave des récessions, ce chiffre n’a jamais dépassé les 6 %. Au 12 mars 2020, un maximum de 4,7 % des entreprises était gravement malade.

Pas de récession mais une disruption

Même en période de récession, le moteur économique continue de tourner. Même les entreprises en difficulté continuent de faire des affaires et ont des recettes et des dépenses plus ou moins régulières. Aujourd’hui, pour de nombreuses entreprises, il ne s’agit pas d’une récession, mais d’une discontinuité: une baisse du chiffre d’affaires de parfois plusieurs dizaines de pour cent alors que certaines dépenses continuent à être engagées. Une économie discontinue n’est pas une récession, mais une disruption. «Nous sommes en guerre.»

22,6%
22,6 %, soit 232.621 entreprises qui étaient en excellente santé le 12 mars sont désormais fortement touchées par la crise malgré les mesures de soutien gouvernementales.

Nos gouvernements soutiennent déjà les entreprises au-delà de ce qui est faisable. Cela n’empêche pas que, même avec les mesures, 22,6 %, soit 232.621 entreprises qui étaient en excellente santé le 12 mars, soient désormais fortement touchées. Malgré les injections d’aide, leurs coûts fixes restent trop élevés : leurs réserves ont évolué vers un chiffre négatif. Surtout pour les petites et moyennes entreprises.

De nombreux entrepreneurs touchés luttent et injectent une grande partie de leur richesse personnelle : une attaque directe contre leur fonds de pension personnel constitué de manière durable. De plus, leur patrimoine privé est rarement illimité. Une analyse approfondie des données montre qu’après la fin des reports de paiement des aides et des moratoires sur les faillites, un quart de ces entreprises seront contraintes de mettre la clé sous la porte. Sans solutions ciblées, ce mouvement s’étendra sur les deux ou trois prochaines années. Pas une destruction créative, donc, mais une destruction pure et simple.

Des entreprises autrefois saines, mais gravement touchées comparaîtront bientôt en justice pour faillite. Nous devons les orienter dans une autre direction.

Elle représente surtout un danger d’avalanche. Les entreprises bien gérées constituent des provisions pour couvrir les faillites imminentes de leurs clients. Elles prennent en compte ces 5 %, et non 22 %. En outre, les fournisseurs épuiseront également leurs réserves, ou tout au moins ils perdront la force d’investir dans la relance.

Je n’ai aucunement envie d’assister à cette catastrophe ou de présenter des scénarios apocalyptiques. L’analyse des données montre le problème et l’urgence. Surtout, cette même puissance d’analyse des données fournit également des solutions claires.

Accord secret à l'amiable

Des entreprises autrefois saines, mais gravement touchées, comparaîtront bientôt en justice pour faillite. Nous devons les orienter dans une autre direction. L’élaboration d’un « accord secret à l’amiable » est une première étape à cet égard. En outre, en raison du Covid, un quatrième soutien spécifique est nécessaire dans le cadre de la procédure de réorganisation judiciaire, qui vise à éviter les effets d’avalanche et à offrir toutes les possibilités aux débiteurs. Il ne s’agit donc pas d’une annulation, mais seulement d’un report des dettes. Le débiteur doit pouvoir isoler ses dettes et le créancier doit toujours pouvoir obtenir son argent rapidement. Des propositions sont sur la table : un exercice comptable technique, mais particulièrement transparent. L’unanimité politique et un sentiment d’urgence sont indispensables.

On se rend trop peu compte à quel point la Belgique est le Valhalla des données commerciales : aucun pays au monde n’en dispose de plus.

Carlota Pérez (NDLR : économiste spécialisée en technologie et en développement économique)  souligne que nos réglementations sociétales ne s’adaptent que des décennies après la percée d’un nouveau paradigme technologique. Notre « politeia » est donc guidée par le tandem technologie-économie. L’informatique et la technologie de l’Internet ont fait une percée dans les années 1980. Cette crise du Covid coïncide avec la percée de l’intelligence artificielle (IA).

On se rend trop peu compte à quel point la Belgique est le Valhalla des données commerciales : aucun pays au monde n’en dispose de plus. Nos entreprises créatives, soutenues par des outils d’analyse de données puissants, peuvent faire de notre pays un précurseur, un terrain d’essai par excellence, à l’échelle mondiale.

Vers une société à taille humaine

C’est une énorme opportunité. Grâce à l’analyse des données, les décisions de gestion peuvent se baser sur des faits, et non sur des suppositions. Cela ne signifie nullement que les faits dictent la décision : cela reste un choix fondamentalement politico-social. Grâce aux informations tirées des données, nous pouvons faire évoluer nos entreprises vers une société à taille humaine : nous pouvons ouvrir la voie au développement de la circularité, devenir le leader européen du Green Deal, etc.

C’est l’occasion idéale d’adopter la nouvelle technologie afin qu’elle soutienne notre humanité, et non l’inverse.

Si nous voulons remédier à la destruction économique, l’analyse des données est essentielle. Elle montre comment des entreprises peuvent être aidées. Si crise rime avec catharsis, alors c’est l’occasion idéale d’adopter la nouvelle technologie afin qu’elle soutienne notre humanité, et non l’inverse.

La confiance du public en ce qui concerne les conclusions tirées des données ne peut naître que si elles sont claires, transparentes et fondées sur des données claires, concrètes et de qualité. Les partenariats public-privé constituent un pas important dans cette direction. Le gouvernement peut exiger cette transparence et orienter l’utilisation de l’IA et des données dans la bonne direction grâce à des accords de non-divulgation et des audits.

Nous pouvons maintenant prouver que l’histoire ne doit pas forcément se répéter de manière fataliste, mais au contraire qu’avec ce changement de paradigme, c’est l’homme lui-même qui prend la tête.

Eric Van den Broele
Directeur de la recherche et du développement chez Graydon Belgium

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