analyse

Dans le moteur des partis politiques

Suite à la crise interne qui a suivi le casting ministériel de Georges-Louis Bouchez, l'intergroupe parlementaire, qui ne se réunit en général jamais, a décidé de mettre fin à l'"hyperprésidence" du Montois. ©Photo News

L'extraordinaire séquence que vient de vivre le MR a suscité une forme d'effarement dans les autres partis francophones. Chez chacun d'entre eux, le processus de décision intervient à peu près selon les mêmes codes. Mais les structures d'un parti doivent permettre à son président de "sentir" jusqu'où il peut aller. Voici comment cela fonctionne.

1/ PS

Au PS, le président Paul Magnette est épaulé par trois vice-présidents: Philippe Close pour Bruxelles, Willy Demeyer pour la Wallonie, et enfin Anne Lambelin - car si les deux vice-présidents sont des hommes, les statuts du parti prévoient une troisième "vice".

Au PS, c'est le bureau politique qui fait la pluie et le beau temps. C'est lui qui arrête les lignes du parti que chacun se doit de défendre. Il se réunit au minimum deux fois par mois. Il est composé de 62 membres à voix délibérative, dont les représentants des fédérations, le président, le directeur du bureau d'étude du parti, ainsi que de 31 membres à voix consultative (ministres, secrétaires d’État, les président(e)s d’assemblée parlementaire, les chef(fe)s de groupe parlementaire).

Paul Magnette, président du PS ©BELGA

À côté de cela, on trouve un organe informel qui a pris du poids sous la présidence d'Elio Di Rupo: le G9, devenu G20 avec le temps. Outre le président, on y trouve les ministres, les chefs de groupe, les présidents d’assemblée, le secrétaire général et les chefs de cabinet des ministres-présidents. C'est un organe consultatif qui se réunit en général avant le bureau de parti. Il prépare le terrain et permet au président de garder une vue sur les intérêts du parti, là où son pouvoir s'exerce.

On relèvera enfin le rôle central du bureau d'étude du parti, vers lequel convergent les dossiers traités tant par les gouvernements que par les parlements. Ce bureau était dirigé par Thomas Dermine, aujourd'hui secrétaire d'État, et se cherche un nouveau directeur. À noter: une motion de méfiance votée par le Congrès du parti peut destituer un président et son bureau.

2/ MR

Au MR, le bureau politique demeure l'organe décisionnel principal du parti. On y retrouve les présidents de régionales, les chefs de groupe et les ministres. Avec le président, c'est lui qui définit la ligne du parti. Il est composé d'une trentaine de membres environ.

On relèvera toutefois qu'au MR, le pouvoir de la présidence peut être volontiers contrebalancé par celui des membres du gouvernement. Ceux-ci travaillent non sans une certaine autonomie par rapport à l'appareil du parti. Un ministre, cela pèse très lourd au MR.

Didier Reynders, Olivier Chastel et Charles Michel ©Photo News

D'ailleurs, ces dernières années ont été marquées par les présidences de Didier Reynders, pilier MR du gouvernement fédéral pendant de longues années. Charles Michel, même Premier ministre, a largement gardé la main sur son parti, alors facialement dirigé par un de ses fidèles, Olivier Chastel.

Le Conseil général du parti est également central dans le fonctionnement du MR. Il réunit les ministres, les députés, les chefs de cabinet et les collaborateurs, et est chargé de "fixer les décisions".

Suite à la crise interne qui a suivi le casting ministériel de Georges-Louis Bouchez, l'intergroupe parlementaire, qui ne se réunit en général jamais, a décidé de mettre fin à l'"hyperprésidence" du Montois. Il se voit désormais accompagné d'un groupe des 10 composé des principaux pontes du parti afin d'assurer plus de collégialité dans ses décisions. Son inspiration: l'organe informel du PS décrit plus haut. Par ailleurs, le parti doit changer ses statuts, et la prochaine élection présidentielle a été avancée au début 2023.

3/ Ecolo

Chez Ecolo, on insiste volontiers là-dessus: le parti est fédéraliste. Il fonctionne comme un rassemblement de groupes locaux qui se rejoignent au sein de régionales (au nombre de 13) qui sont représentées dans un Conseil de fédération, organe tout à fait central chez les verts.

Il se réunit une fois par mois et demeure le garant "de l'ADN" du parti, sa pierre angulaire, à savoir son programme politique. C'est à ce conseil que tous les dirigeants du parti doivent rendre des comptes une fois par mois. Comme ailleurs, c'est l'assemblée générale des membres qui valide l'entrée du parti dans les gouvernements, la désignation des ministres et qui élit (ou démissionne) les coprésidents. Le système de coprésidence (un homme et une femme) est par ailleurs reproduit à chaque échelon de pouvoir au sein du parti.

Jean-Marc Nollet et Rajae Maouane, co-présidents d'Ecolo ©BELGA

Ce système, issu des origines très décentralisées du mouvement écologiste, a dû s'adapter. Ainsi, les coprésidents, actuellement Jean-Marc Nollet et Rajae Maouane, définissent la stratégie du parti au quotidien. Ils s'appuient pour cela sur un bureau politique qui réunit tous les lundis ministres et parlementaires, ainsi que des membres cooptés. Ce bureau assure le positionnement du parti sur les dossiers du moment, exactement comme dans les autres partis.

En résumé: stratégie au quotidien pour la coprésidence; le programme et le contrôle des dirigeants pour le Conseil de fédération; et les grandes décisions pour l'assemblée générale. Chez les verts, on souligne également le rôle central du groupe Ecolo/Groen à la Chambre, qui sert de charnière entre les deux organisations politiques. Ce système relativement horizontal est parfois difficile à manœuvrer. "Quand on milite chez Ecolo, on se réunit énormément", y sourit-on.

4/ PTB

Le PTB ou l'obscure dictature interne? Que nenni, vous dira son porte-parole Raoul Hedebouw. Le chef de groupe à la Chambre joue la transparence pour un parti qui, d'habitude, n'aime pas trop parler de son fonctionnement interne. "Tout vient de la base chez nous."

Il développe: des 20.000 membres revendiqués par le PTB, 5.000 sont appelés "membres organisés". Ce sont les militants les plus actifs qui élisent en leur sein des délégués, au nombre de 600 à 700, poursuit Raoul Hedebouw. Ce processus prend la forme d'un congrès, dont les débats peuvent durer jusqu'à un an. Les deux derniers congrès en date ont été organisés en 2008 et en 2016, et ont accompagné la modernisation du PTB et de son image.

Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB ©BELGA

Les délégués élisent à leur tour le cœur du pouvoir au PTB: les 50 membres du Conseil national. Il s'agit d'un "organe dynamique qui dirige le parti", dit-il. Tous les 2 mois, il fixe la direction stratégique du PTB, à savoir ses grandes orientations. Il a le pouvoir de démettre le président et c'est de lui qu'émanent les 9 membres du bureau du parti (dont les figures les plus connues sont Peter Mertens, président, David Pestieau, vice-président, Raoul Hedebouw, porte-parole, à côté de parfaits inconnus du grand public) .

"Ce bureau est loin d'être informel", dit Raoul Hedebouw. "Il doit rendre des comptes tous les deux mois au Conseil national." C'est lui qui, à l'instar de ses homologues des autres partis, conduit le parti au jour le jour. Pour Raoul Hedebouw, c'est la base militante qui fixe la ligne via un système "très collectif". Les parlementaires pèsent moins que dans d'autres partis, dit-il.

5/ cdH

Le cdH affiche un fonctionnement relativement centralisé autour de la présidence. Aujourd'hui, Maxime Prévot continue d'être le porte-voix principal du parti, après l'ère Lutgen marquée également par une verticalité qui, en son temps, n'a pas fait que des heureux en interne.

Maxime Prévot, président du cdH ©Photo News

Cela dit, comme dans les autres partis, le bureau politique du cdH est l'organe central de décision. "Il décide des positions politiques, des initiatives et de la stratégie du parti", explicite le parti. "En sont membres: le président et le(s) vice-président(s), les ministres, les parlementaires, les présidents d’arrondissement, les représentants des mandataires locaux et des associations émanant du cdH (Jeunes, Femmes, Aînés)."

Parmi eux, les cadors du parti sont connus: Catherine Fonck, cheffe de groupe à la Chambre, Céline Fremault, cheffe de file bruxelloise, ou encore les anciens ministres Marie-Martine Schyns, André Antoine ou encore Alda Greoli. Chaque année, le cdH organise un congrès national, organe suprême qui vote la participation au gouvernement et le programme politique du parti.

6/ DéFi

Chez DéFi, on ne lésine pas sur les instances. Une demi-douzaine fonctionnent simultanément. Outre le traditionnel congrès qui prend les grandes décisions et approuve le programme du parti, citons le Conseil général, qui rassemble les parlementaires, les membres d'exécutifs et les trois représentants régionaux (un pour Bruxelles, un pour la Wallonie et un pour la périphérie bruxelloise). C'est lui qui statue sur les listes électorales notamment.

François De Smet, président de DéFI ©BELGA

"On essaie de le réunir une fois par trimestre", indique Christophe Verbist, directeur du centre d'études de DéFi. Il y a un bureau de parti chez DéFi, mais il n'a qu'un rôle de nomination d'organes internes. La véritable boussole politique des amarantes, c'est l'intergroupe parlementaire, qui se réunit, lui aussi, tous les lundis. "C'est lui qui dicte le tempo", dit Christophe Verbist.

Outre les parlementaires, on y retrouve les ministres et bourgmestres, mais aussi les anciens présidents du parti. "Le travail se veut collégial, fluide, et ne se fait pas de manière verticale", assure Christophe Verbist. Il confesse que, comme au MR, il n'y a pas de procédure explicite pour démettre un président ou une présidente qui dysfonctionnerait. "Mais il y a des garde-fous pour éviter les dérives." Et comme tout membre, le président peut être exclu sur la base des procédures disciplinaires existantes, termine-t-il.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés