Publicité
reportage

Dans les coulisses du déménagement du Chirec à Delta

©Kristof Vadino

Ce week-end a démarré le déménagement des hôpitaux Edith Cavell et Parc Léopold vers le nouveau site du Chirec à Delta. Un défi logistique qui culminera avec le déplacement de près de 250 patients hospitalisés le week-end prochain.

Ce 1er décembre, la clinique Edith Cavell à Uccle bruissait d’une ambiance particulière.

Dans les couloirs, le personnel infirmier poussant des chariots de repas ou de soins croise d’autres chariots, chargés de matériel médical, un fauteuil, un lit, poussés par une armée de déménageurs. Sur le site du Chirec à Cavell comme sur celui de la clinique du Parc Léopold, le "grand chambardement" a commencé.

Dans le bloc opératoire, c’est l’effervescence. Deux salles ont été préservées pour les urgences. Mais dans les autres, les biotechniciens, généralement affectés à l’entretien et au réglage de l’appareillage, se muent en déménageurs. Ils s’affairent pour emballer le matériel, toutes des machines d’assistance médicale de haute technologie et surtout de prix! Ici, les déménageurs n’ont pas droit de cité. Sécurité et hygiène obligent. Tout le personnel est en "bleu" de travail, tenue aseptisée obligatoire. Chaque machine est étiquetée, listée, triée avant d’être calfeutrée dans des mètres de carton à bulles. Pastille verte, ça part, pastille rouge, ça reste. Avec d’autres couleurs encore pour la date d’enlèvement.

"Les ascenseurs, ce sera le premier point d’engorgement. Et vu la vétusté des lieux, nous avons quelques craintes…"

"J’avais fait le déménagement vers ces salles d’opérations quand on les a mises en service il y a 25 ans", se souvient Maurizio Scalzo, responsable biomédical du Chirec. "Mais depuis, c’est devenu plus compliqué, plus technologique…"

Le timing est assez serré. Dans une semaine, l’ensemble des activités hospitalières des deux sites auront déménagé dans le tout nouvel hôpital Delta à Auderghem. "Pour les salles d’op’, on s’est donné un peu plus d’un jour, parce qu’on débute et qu’on n’est pas des professionnels du déménagement. Mais cela devrait aller", poursuit le technicien.

Dans un coin, le robot opératoire Da Vinci, les bras repliés, attend sagement que les techniciens de son fabricant viennent l’emballer pour le transporter dans un camion spécifique. "Celui-là, il vaut une grosse villa avec piscine dans la banlieue de Bruxelles, alors il mérite quelques égards particuliers", note une responsable en passant.

Dans les couloirs encombrés, les infirmières et secrétaires s’activent tout autant, rangeant classeurs et boîtes de compresses dans de volumineux bacs de plastique. "Cette table doit partir, il faut la vider." Chacun a sa tâche bien définie, mais cela s’interpelle d’un bout à l’autre du couloir. "Et la banque d’os, elle part aussi?" "Surtout, n’oubliez pas la machine à café!"

Le nouvel hôpital Delta en 5 chiffres

Le Chirec (Centre hospitalier interrégional Edith Cavell), c’est l’un des gros acteurs du paysage médical bruxellois avec 5 sites et plus de 1.000 lits (Edith Cavell, Parc Léopold, Ste.-Anne St.-Remi, Basilique et Braine-l’Alleud-Waterloo). Progressivement agrandis, parfois de manière alambiquée, les sites de Cavell et du Parc Léopold avaient atteint le maximum de leur capacité. D’où la construction d’un tout nouvel hôpital sur le site de Delta à Auderghem, lancée en 2014. Le déménagement qui débute ce week-end pose le point final à un projet de plus de 10 ans.

Outre près de 800 m3 de matériel et d’installations médicales à déplacer, il s’agit surtout de transférer près de 250 patients, certains dans un état grave, provenant notamment des soins intensifs ou de néonatalogie. Et à aucun moment, l’activité hospitalière ne peut être interrompue par le déménagement.

Le docteur Philippe El Haddad, directeur général médical du Chirec, a une formation de médecin urgentiste et une expérience d’intervention sur des fronts en crise. La gestion des situations logistiques complexes, il connaît. "Dans des situations de crise, il faut prendre des décisions face à des événements totalement imprévus. Dans le cas du déménagement, c’est plus facile puisque tout est prévu et prévisible. Mais il faut anticiper tout ce qui peut poser des problèmes sur le trajet des patients."

"Il fallait faire un ‘big bang’, c’est-à-dire déplacer tout le monde en un week-end. Dans tous les autres modèles, un déplacement progressif par unités de soins ou un basculement progressif en fonction des sorties d’un côté et des entrées de l’autre, nous aurait obligés à dédoubler complètement les équipes. Sans compter que l’intégration des différents services hospitaliers oblige à disposer de toutes les ressources ou presque sur le même site", fait remarquer El Haddad.

Réduire l’activité

"L’objectif est de minimiser le nombre de patients à déplacer", avertit Philippe El Haddad. "Les deux sites de Cavell et du Parc Léopold ont une activité hospitalière largement programmée, avec des services d’urgence relativement limités." L’activité médicale programmable a donc été interrompue depuis le 1er décembre, et jusqu’au 12 décembre, de manière à éviter de nouvelles admissions et hospitalisations durant la phase de transition.

"La durée de séjour des patients est de trois à cinq jours en moyenne. En arrêtant les admissions le 1er décembre, on réduira le nombre de patients à 250 environ sur une capacité totale de plus de 400 lits pour les deux sites. Mais nous devons évidemment tenir compte des impondérables et du surcroît d’hospitalisation saisonnier", poursuit El Haddad.

"Même si nous préparons cette opération depuis 2 ans, nous devons offrir le meilleur service possible à la population jusqu’au dernier moment", fait remarquer Véronique Timmerman, project manager en charge des opérations de déménagement. "Et il y a des choses qui sont complètement impondérables", poursuit El Haddad. Réputée pour son service de maternité, la clinique Edith Cavell effectue une dizaine d’accouchements par jour. "Il y a donc de fortes chances qu’il y ait des accouchements entre le 8 et le 10 décembre. Nous devons évidemment les accueillir quoi qu’il arrive."

Ascenseur!

Dès le 1er décembre, l’essentiel du déménagement portera sur le matériel opératoire, avec notamment le démontage d’un robot d’assistance opératoire, plutôt délicat… Au total, le déménagement matériel représente plus de 4.000 articles pour un volume global de 800 m3. Compte tenu des impératifs budgétaires, le Chirec a intégré du matériel ancien dans le nouvel hôpital. Robots et microscopes opératoires, stations d’anesthésie, scanners, échographes… Mais aussi, plus prosaïquement, des lits, des chaises roulantes, des pieds à perfusions…

Tout le matériel à déménager sera rassemblé par unité et étiqueté vers son lieu de destination. "Le plus près possible des ascenseurs", fait remarque Philippe El Haddad. "Ce sera le premier point d’engorgement sur le parcours. Et vu la vétusté des lieux, nous avons quelques craintes que les monte-charges ne tombent en panne. Pour le matériel, ce n’est pas trop grave, mais imaginez un malade coincé dans un ascenseur… Notre fournisseur nous a promis un technicien sur place et des pièces de rechange à disposition immédiate."

Les flux de sortie ont été définis à l’avance sur les fiches d’accompagnement de chaque matériel déplacé. "Tous ces flux sont tracés sur plan", insiste Véronique Timmerman. "Pour éviter les engorgements et une trop grande utilisation des ascenseurs, les 5 étages les plus haut ne prendront pas les mêmes cabines que les 5 premiers étages", souligne encore Timmerman. Et certains éléments trop volumineux devront descendre jusqu’au 1er étage d’un côté avant de traverser tout le bâtiment de Cavell pour descendre par une autre sortie qui offre un meilleur dégagement…

"Dans des situations de crise, il faut gérer l’imprévu. Dans un déménagement, tout est prévu et prévisible. Mais il faut anticiper tout ce qui peut poser des problèmes sur le trajet des patients."

Et pendant cette grosse semaine de déménagement, l’activité hospitalière doit continuer dans les meilleures conditions médicales et de confort. La sortie du matériel et des caisses de déménagement ne doit évidemment pas gêner le personnel hospitalier ni le déplacement des malades qui doivent par exemple se rendre en salle de soins ou de traitement.

"Nous avons reçu du matériel spécifique en prêt, comme des couveuses pour les grands prématurés par exemple", précise Maurizio Scalzo. "Cela nous permet de libérer celles qui doivent partir vers Delta de sorte qu’elles seront nettoyées, désinfectées et reconditionnées là-bas pour acueillir les bébés le week-end prochain." Tout le matériel transféré subit naturellement la même "remise à neuf".

Des patients… très patients

Le vendredi 8 décembre, à la veille du week-end de transfert, c’est de début du branle-bas de combat pour les patients encore hospitalisés. Tout le personnel des différents hôpitaux sera sur le pont, soit sur les sites de départ pour accompagner les patients, soit à Delta pour assurer l’accueil et la répartition. Mais tout est mis en œuvre pour faciliter les opérations sous la houlette de postes de commandement et d’un "référent déménagement" par service.

"Nous demandons aux familles de limiter au maximum les effets personnels des patients dans leur chambre", note Timmerman. Samedi 9 décembre, dès la "première" heure, les patients encore présents à la clinique Edith Cavell seront progressivement transférés selon deux flux. Les patients les plus sévèrement atteints, qui ne peuvent pas se déplacer seuls, descendront par un ascenseur spécifique directement aux urgences où une grosse vingtaine d’ambulances feront les navettes avec le site de Delta. C’est le cas notamment des malades des soins intensifs, des bébés hospitalisés en néonatalogie ou des patients suivies pour des grossesses à haut risque. Soit une trentaine de patients à Cavell, moins d’une dizaine au Parc Léopold, qui nécessitent l’accompagnement d’une équipe médicale sur tout le trajet. Ces ambulances rouleront toutes sirènes allumées pour bénéficier de leur priorité.

Les patients qui peuvent se mouvoir, avec ou sans accompagnement, prendront place dans d’autres ambulances, véhicules médicalisés ou des navettes. Ces véhicules rouleront en convoi sous escorte policière jusqu’au nouveau site de Delta. Un véritable ballet roulant. Pour l’occasion, les rues avoisinantes des deux sites, à Uccle et à Etterbeek, seront complètement interdites à la circulation et au stationnement durant toute la journée du déménagement.

Traçabilité du patient

Durant la dernière semaine, les postes de commandement de chaque unité de soins, qui entrent en fonction le 4 décembre, détermineront le type de véhicule utilisé par chaque patient en fonction de son état clinique et son degré de mobilité.

Lors de toute hospitalisation, tous les patients sont identifiés à l’aide d’un bracelet nominatif et d’un code-barres. Lors du déménagement, ce bracelet sera scanné dès que le patient sort de son unité. Lorsque le malade monte dans un véhicule, il est scanné une nouvelle fois, de même que le véhicule lui-même. Tous les véhicules sont géolocalisés en permanence. Les postes de commandements des différentes unités peuvent donc à tout moment suivre le déplacement de chaque malade, qui sera scanné une nouvelle fois lors de son arrivée à Delta, ce qui indiquera son numéro de chambre. "En plus du système automatique, des appels physiques se feront dans les unités, pour être sûr qu’il ne reste plus personne dans les anciennes unités de soins avant leur fermeture", fait remarquer Véronique Timmerman.

Toutes ces opérations n’auront été précédées d’aucune répétition… "Tous les jours, on déplace des malades au sein de nos bâtiments, on en accueille ou on en transfère. Ceci ne sera pas beaucoup plus compliqué si ce n’est par la distance et l’ampleur", assure El Haddad. "On a validé toutes les opérations, les véhicules, le matériel… L’adéquation des brancards avec les ambulances par exemple. Durant la dernière semaine, nous referons encore tous les trajets internes pour bien dégager les passages, pour démonter ce qui doit l’être, pour voir quelles portes doivent rester ouvertes ou fermées, etc. Tout ce qui peut être vérifié à l’avance, l’a été ou le sera."

"Le transfert des derniers patients est prévu à 18h30. On est large", estime Timmerman. "Je l’espère", tempère El Haddad. "Si aucun ascenseur ne tombe en panne, si le trafic n’est pas trop compliqué, s’il ne gèle pas…"

Un hôpital conçu autour du patient

120 m2 par lit au lieu d’une norme de 80 m2 par lit en moyenne. Plus de 500 lits au lieu de 400 dans les anciennes installations de Edith Cavell et du Parc Léopold. 28 salles d’opérations. 400 à 450 médecins. 110.000 m2 au total… Le site Delta du Chirec, qui ouvrira ses portes au public lundi 11 décembre, a vu grand.

Issu de la fusion progressive de plusieurs entités médicales de Bruxelles et du Brabant wallon, le Chirec (Centre hospitalier interrégional Edith Cavell) pèse lourd dans l’offre médicale du grand Bruxelles: plus de 1.000 lits, 110.000 admissions par an en hospitalisation de jour ou de longue durée et près de 100.000 passages dans ses services d’urgence. De par son histoire, le Chirec était réparti sur 4 sites hospitaliers, cinq polycliniques et un centre médico-chirurgical de jour. Il ne restera plus que 3 sites après les déménagements de Edith Cavell et du Parc Léopold vers Delta.

Le projet de la construction d’un nouvel hôpital remonte à 2006. Il faudra près de trois ans pour identifier et acquérir le site de Delta et trois années supplémentaires pour boucler le dossier urbanistique. Le budget de 314 millions d’euros a été financé notamment par la Banque européenne d’investissement accompagnée d’un consortium bancaire. De quoi lancer les travaux en 2014.

Partant d’une feuille blanche, les architectes ont pu intégrer les demandes et les attentes du corps médical. Ou au moins la plupart. "Les médecins ne sont pas des clients faciles. L’assemblée générale du Chrirec compte 1.200 médecins et tous ont leur mot à dire… Il faut du temps pour les mettre d’accord et les convaincre. Mais ils nous ont bien aidés", estime le docteur Philippe El Haddad, directeur général médical du Chirec.

Le projet initial a été maintes fois adapté en fonction de l’évolution de l’organisation médicale mais aussi en tenant compte de la réforme hospitalière du gouvernement. Mais in fine le projet se veut centré sur le patient. "Que ce soit pour les consultations ou pour les unités de soins, l’objectif est de regrouper les activités par pôle et de déplacer le patient le moins possible", explique El Haddad.

Au-dessus du hall d’entrée regroupant les admissions et une galerie commerçante, le plateau des consultations (10.000 m2) rassemble toutes les ressources par "pôle" dans une centaine de cabinets de consultations: tête et cou, locomoteur, thoracique, neurosciences… Par exemple, le département oncologie englobe la Clinique du sein et toutes les compétences ad hoc (mammographie, échographie…) pour proposer des bilans sénologiques.

Au sein du bâtiment et particulièrement vers les unités de soins, les flux de personnes ont été organisés pour que les visiteurs n’empruntent pas les mêmes parcours que les malades et le personnel, chaque groupe d’utilisateurs disposant de leur propre réseau d’ascenseurs.

Sur 7 niveaux, le bâtiment a été organisé par plateau: les trois étages supérieurs sont affectés aux unités de soins et d’hospitalisation, regroupées par pôle d’activité comme le plateau de consultations. Toutes les unités ont un accès direct via les ascenseurs aux 28 salles d’opération situées au 1er sous-sol, comme les urgences et les soins intensifs.

Côté confort, bâti sous la forme d’un hashtag, l’hôpital propose de la lumière directe partout, et jusque dans les sous-sols grâce à des puits de lumière.

Enfin, situé à l’extrémité de la E411 à Auderghem, le site dispose d’un accès direct à l’autoroute et au ring de Bruxelles, de même que des liaisons avec les transports en commun, bus, métro et train.

Visite à 360°

Découvrez le nouvel hôpital Delta à 360° sur lecho.be/chirec.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés