David Clarinval dans son jardin ardennais

Qui ne connaît pas David Clarinval en Ardenne namuroise? "Je suis l'enfant du pays."

Crise ou pas, le vice-Premier ministre libéral rentre tous les soirs chez lui, à Bièvre. Son berceau, son fief, sa fierté.

Quand David Clarinval est "out of office", c’est à coup sûr à Bièvre, dans son fief de l’Ardenne namuroise, que vous le trouverez. Vice-Premier ministre ou pas, crise ou pas, le libéral y rentre tous les soirs, ce qui lui vaut pas loin de 4 heures de route quotidiennes.

"J’aime revenir ici. C’est important pour ma famille, pour moi aussi", explique-t-il, attablé à l’immense table en chêne de son bureau-bibliothèque. Les épais murs de schiste gardent le frais. "C’était la ferme de mes grands-parents. Ici, c’était l’étable."

"C’était la ferme de mes grands-parents. Ici, c’était l’étable."

David Clarinval a 44 ans mais cela fait déjà 20 ans qu’il est bourgmestre de Bièvre, ses douze hameaux et ses 3.300 habitants. À l’époque, il était le plus jeune maïeur de Belgique. Avec sa sœur, il a longtemps codirigé l’entreprise familiale (constructions métalliques pour le monde agricole) mais sa carrière politique a connu un coup d’accélérateur en octobre dernier lorsque le député et chef de groupe MR à la Chambre a repris les compétences fédérales de Sophie Wilmès (Budget, Fonction publique, Loterie nationale, Politique scientifique) devenue Première ministre.

Un mois plus tard, au départ de Didier Reynders pour la Commission européenne, David Clarinval est désigné vice-Premier ministre par Georges-Louis Bouchez. L’Ardennais a été le premier à le soutenir dans sa course à la présidence du MR.

Il est donc de toutes les décisions depuis que la crise du coronavirus a éclaté. "Depuis mars, c’est dantesque. Mais c’est très intéressant, super instructif."

"Dès que j'ai un moment, je lis"

Derrière lui, la bibliothèque est éclectique, mais traduit un net penchant pour l’histoire. Hors politique, son truc c'est la lecture. "Dès que j'ai un moment, je lis. C'est ce qui me détend."

Sportif? "Non. J’aime faire un tour dans les hameaux de ma commune, en vélo ou à pied, souvent en famille. Mais le sport, c’est du passé. J’ai joué au foot en provinciale pendant vingt ans. Toujours à l'attaque."

"Je suis l'enfant du pays. Les gens du coin votent pour moi même s'ils ne sont pas libéraux."

L’Ardennais revendique un côté "fonceur". "Je me suis toujours dit: n'attends pas que le système te donne ta chance, c'est à toi de la prendre. Un jour, un vieux du village m'a dit: tu ne perceras pas, car on est mal placé. C'est vrai que, géographiquement, notre petit canton de Gedinne, coincé entre la France et la province de Luxembourg, ce n'est pas le terrain idéal pour se forger une carrière nationale. Mais pour avoir été très actif dans la vie sociale (l'école où j’étais délégué de classe, les mouvements de jeunesse, le foot, l’unif où j’étais délégué bar à la Namuroise), j'ai multiplié les contacts et ça m’a valu de bons scores électoraux. Petit à petit, j’ai grappillé des places sur l'échiquier politique. Finalement, ce qui était une faiblesse - venir d'une petite région peu peuplée - est devenu un atout. Parce que je suis l'enfant du pays. Les gens du coin votent pour moi même s'ils ne sont pas libéraux."

La cloche de l’église voisine rappelle que l’heure avance. On monte dans la voiture car le vice-Premier veut nous montrer sa commune, vaste morceau de campagne partagé entre plateau et vallée de la Semois

Petit arrêt dans le zoning. Important, le zoning. "Je suis en train de le développer pour attirer des entreprises du coin, pas des Chinois hein! Mon but, c’est de développer de l'emploi qualifié ici, à Bièvre. Le zoning, c’est le moyen d’y arriver."

Un peu plus loin, arrêt à Gros-Fays. "Magnifique, n’est-ce pas? Ce n’est pas pour rien un des plus beaux villages de Wallonie. Mais ce n’est pas un musée, ça vit ici!"

On pousse jusqu’à la Semois quand midi sonne. L'apéro. On s'arrête chez Jean, "un copain", qui tient l’Epicerie du Serpolet, à Laforêt. David Clarinval vante les mérites de l’Invictus, une bière brassée dans le coin. Allez, on tente.

Tiens au fond, serait-il régionaliste, l’enfant du pays devenu vice-Premier? "Je n'irais pas jusque-là, même si j'ai fait mon mémoire de sciences po sur l'identité wallonne. À l’époque, ma conclusion était qu'elle n'existait pas dans le sens où, en Wallonie, on a d'abord une culture belge et une culture locale, un attachement à son village ou sa ville. »

"Peut-être les Wallons se réveilleront-ils un jour... On n'est pas assez fiers de nous-mêmes."

Et aujourd'hui? "La Région est devenue un fait et je trouve qu'elle doit prendre sa place, être forte pour répondre aux attentes socio-économiques. Je ne serais pas contre l'idée de transférer certaines matières aux Régions, pour plus de cohérence. Je ne suis pas fermé non plus à ce qu'on refédéralise des compétences. Ce qui importe, c'est que l'organisation en Belgique soit plus claire, plus efficace."

OK, mais la pression flamande pour plus d'autonomie est là, non? "C'est clair et il ne faut pas la subir comme c'est le cas jusqu'à présent. Peut-être les Wallons se réveilleront-ils un jour... On n'est pas assez fiers de nous-mêmes." 

David Clarinval finit son Orval. "Merci d’être venu jusqu’ici", conclut-il. "Vous m'aurez vu dans mon jus."

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