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La gestion des inondations soulève de lourdes interrogations

Le Service public de Wallonie reste silencieux face aux questions sur sa direction des voies hydrauliques. ©Photo News

Gestion du barrage d'Eupen, alertes européennes restées lettre morte, réaction tardive du centre de crise régional wallon: les interrogations se multiplient.

À la suite des inondations qui ont frappé l'est de la Belgique les 14 et 15 juillet, il y a d'abord eu la polémique sur la gestion du barrage d'Eupen. La direction des voies hydrauliques du Service public de Wallonie (SPW) n'aurait-elle pas dû procéder, en début de semaine dernière, à des lâchers préventifs, comme l'a fait Engie sur ses barrages? Non, répondait mardi le ministre wallon de la Mobilité et des Infrastructures Philippe Henry (Ecolo) à nos collègues de La Meuse, parce que cela aurait noyé Eupen-bas et que les quantités de pluies alors prévues par l'IRM pouvaient être absorbées.

Sauf qu'il a plu beaucoup plus qu'annoncé et que le barrage est arrivé à saturation, ce qui l'a obligée, dans la nuit de mercredi à jeudi, à relâcher jusqu'à 150 mètres cubes par seconde, aggravant la catastrophe. La gestion du risque par le SPW a-t-elle été adéquate? Le doute demeure.

La Wallonie alertée par l'Europe le 12

Deuxième interrogation majeure: les avertissements envoyés par l'Efas, le système européen mis sur pied pour sonner l'alerte en cas de risque d'inondations, ont-ils été suffisamment pris au sérieux? Contrairement à ce que d'aucuns affirment, les premiers avertissements, datés du 9 et du 10 juillet, ne portaient pas sur la Belgique, mais bien sur le Rhin, avec des inondations extrêmes susceptibles d'affecter la Suisse et l'Allemagne. Mais les prévisions suivantes, datées du 11 juillet, indiquent aussi un haut risque d'inondations sur le bassin de la Meuse, touchant la Belgique.

Depuis plusieurs jours, L'Echo cherche à interroger le Centre régional de crise. En vain. Silence complet aussi au SPW.

Les autorités nationales concernées ont reçu les premières notifications concernant le bassin de la Meuse le lundi 12 juillet, indique une source officielle de la Commission européenne à L'Echo. Au total, pas moins de 25 avertissements concernant le Rhin et la Meuse ont été envoyés entre le 10 et le 14 juillet. Des informations qui sont notamment parvenues au SPW, qui en tant que partenaire de l'Efas reçoit également des informations beaucoup plus détaillées sur les prévisions d'inondations. Qu'en a-t-il fait? C'est le brouillard.

Alerte rouge le 14 à 06h04

Troisième interrogation lourde de conséquences: le Centre régional de crise de la Wallonie a-t-il été suffisamment réactif? L'Echo apprend que le mercredi 14 juillet à 06h04 du matin, le SPW lui a envoyé un message d'alerte. Le SPW était passé d'autorité en alerte rouge, sans passer par le stade de pré-alerte, vu l'intensité des précipitations observées. Des précipitations qui entraînent des risques de débordement sur de nombreux cours d'eau, indique-t-il dans son message. Que fait alors le Centre régional de crise? On l'ignore. Il faut attendre 14h16 pour que via un message sur les réseaux sociaux, la commune de Limbourg ordonne l'évacuation préventive de 11 rues, suite à un arrêté de police du gouverneur de la province de Liège. D'autres communes suivront.

"Les bonnes décisions ont-elles été prises et avions-nous les informations nécessaires pour les prendre? Les sinistrés ont le droit d'obtenir des réponses."
Philippe Henry
Ministre wallon de la Mobilité et des Infrastructures

Mais à ce moment, les fortes pluies de la nuit ont déjà causé d'énormes dégâts. Dès la nuit de mardi à mercredi, les eaux ont envahi le centre de Thimister. Mercredi matin, le centre de Theux et celui de Spa se sont retrouvés inondés. Pepinster a été submergé. En cours de journée, les problèmes vont s'étendre notamment à Verviers.

Ce 22 juillet, le bilan officiel des inondations se montait à 37 morts et 6 disparus. Si l'information avait mieux circulé, si d'autres décisions avaient été prises, cette macabre comptabilité aurait-elle pu être allégée? Il est encore trop tôt pour l'affirmer. Mais trop de questions restent pour l'instant sans réponse.

Depuis plusieurs jours, L'Echo cherche à interroger le Centre régional de crise pour reconstituer la ligne du temps des événements. En vain. Silence complet aussi au SPW, sur instruction du cabinet du ministre Henry. Un ministre qui a envoyé, ce jeudi en fin d'après-midi, un communiqué où il affirme vouloir faire la clarté complète sur le déroulé précis des événements et des actions menées.

Une enquête sur le SPW

"Les bonnes décisions ont-elles été prises et avions-nous toutes les informations nécessaires pour les prendre? Les sinistrés, les familles des victimes et les autorités locales ont le droit d'obtenir des réponses à ces questions légitimes", déclare le ministre dans son communiqué.

Concrètement, il demande au SPW de publier, dans les 24 heures, toutes les informations relatives aux données Efas. Il annonce aussi qu'il va commander, à très brève échéance, une analyse indépendante sur la gestion des voies hydrauliques. Un bureau d'études devrait être mandaté dans les prochains jours, afin de disposer des conclusions dès la fin de l'été, promet le cabinet Henry. Une démarche dont on espère qu'elle apportera la transparence nécessaire dans ce dossier majeur.

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