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Décès de Jozef Chovanec: Jan Jambon plaide la bonne foi

Jan Jambon était ministre de l'Intérieur lorsque Jozef Chovanec est décédé dans la foulée d'une intervention de la police, il y a deux ans. Il avait nié être au courant du dossier mais selon son successeur, il savait. ©REUTERS

Les ministres De Crem et Geens, auditionnés ce mercredi en Commission des Affaires Intérieures et de la Justice sur le dossier Chovanec, disent ne pas avoir été mis au courant. Mais visiblement, Jan Jambon savait, ce qu'il a pourtant nié, plaidant la bonne foi.

Jozef Chovanec a été déclaré mort au CHU de Charleroi, en février 2018. Ce Slovaque de 38 ans avait posé des difficultés lors de son embarquement à l'aéroport hennuyer, en direction de Bratislava. Placé en cellule dans les locaux de la police fédérale, il s'était porté des coups violents et des policiers étaient intervenus pour le maîtriser.

"Comment se fait-il qu'en deux ans, l'enquête n'ait pu être finalisée?"
Bercy Slegers
Parlementaire CD&V

Comme l'ont montré des images diffusées la semaine dernière par plusieurs médias, une policière avait alors fait un salut hitlérien. Lors de cette opération, Jozef Chovanec avait fait un arrêt cardiaque et était décédé quelques jours plus tard.

"La dignité humaine a été bafouée, les images sont claires."
Ahmed Laaouej
Parlementaire PS

La diffusion de la vidéo a relancé les questions autour de cette affaire qui est en cours d'instruction depuis deux ans. Deux officiers de police de haut rang ont déjà fait un pas de côté : le patron de la direction générale de la police administrative (DGA), André Desenfants, et celui de la police aéronautique, Danny Elst.

"Je n'étais pas au courant" (De Crem)

Ce mercredi, la Commission de la Justice et celle des Affaires intérieures se réunissaient autour de ce dossier. "Je n'étais pas au courant de ce qui s'est passé à Charleroi et je n'étais pas au courant de ces images", a réagi Pieter De Crem. Par contre, selon lui, le cabinet de son prédécesseur, Jan Jambon, savait, dès juillet 2018. L'ex-ministre de l'Intérieur N-VA avait pourtant nié... Plusieurs parlementaires ont demandé à pouvoir l'interroger. Jan Jambon a dit qu'il viendrait "avec plaisir", a signalé la députée N-VA Yngvild Ingels.

Le ministre-président flamand Jan Jambon a plaidé la bonne foi, quelques heures après la commission parlementaire. "Pour autant que nous en sachions aujourd'hui, ni le ministre de l'époque ni son cabinet n'ont commis d'erreur et le dossier a été traité correctement", a affirmé le porte-parole de Jambon dans un communiqué. Jan Jambon "maintient qu'il ne se souvient de rien du drame qui a attiré l'attention la semaine dernière via des images de caméras de surveillance."

"Il est apparu aujourd'hui que le dossier a été traité par son cabinet à l'époque, mais les véritables dimensions de l'incident n'ont pas été portées à son attention, ni à celle de son cabinet."
Porte-parole de Jan Jambon

"Il est apparu aujourd'hui que le dossier a été traité par son cabinet à l'époque, mais les véritables dimensions de l'incident n'ont pas été portées à son attention, ni à celle de son cabinet", selon le communiqué du porte-parole. Un rapport de police a été réclamé par le cabinet de l'époque, dans lequel est relaté "un rapport neutre des faits, sans les détails horribles visibles sur les images vidéos de la semaine dernière". Selon Jambon, le rapport ne permettait "en aucune manière" de conclure à une intervention problématique de la police. "A ce moment, une procédure judiciaire était déjà lancée et il revenait au parquet d'enquêter sur les faits."

La police fédérale était au courant de l'affaire mais pas des images filmées, a complété le ministre actuel. Ni le directeur de la police aéronautique ni celui de la police administrative n'auraient eu connaissance du salut hitlérien et de l'ambiance dans la cellule.

"Je n'étais pas au courant de ce qui s'est passé à Charleroi et je n'étais pas au courant de ces images."
Pieter De Crem
Ministre de l'Intérieur

"Il convient d'examiner si l'utilisation de la contrainte de la police est nécessaire pour protéger le détenu contre lui-même ou contre autrui. (...) Il est certain que le détenu présentait des caractéristiques du "syndrome du délire agité", qui se caractérise par un comportement extrêmement agité et le non-respect des injonctions de secouristes et de la police", a exposé le ministre.

Pourquoi Geens ne savait pas

Koen Geens était, lui, déjà en poste au moment de l'affaire. "Cette affaire pénale fait l'objet d'une enquête judiciaire en cours sous la direction d'un juge indépendant, je ne peux rien partager vu le secret de l'enquête." Le ministre de la Justice a rappelé que des devoirs d'enquête supplémentaires avaient été demandés par les parties civiles. Une contre-expertise a aussi été ajoutée. "Les parties civiles ont demandé à sept reprises d'avoir accès au dossier, ça leur a été accordé. L'instruction judiciaire est toujours en cours."

"Le parquet ne doit pas nécessairement m'informer."
Koen Geens
Ministre de la Justice

Mais Koen Geens était-il au courant? Il avait sans doute lu le communiqué de presse diffusé à l'époque par le parquet... "On avait l'impression que c'était un communiqué assez innocent", s'excuse le ministre. Il a pointé les rapports entre les différents aspects du dossier, rappelant que lorsqu'une affaire est transmise à un juge d'instruction, le parquet n'est plus nécessairement informé. "Et le parquet ne doit pas nécessairement m'informer."

Les commissaires ne comptent pas s'arrêter à cette première séance. Outre Jan Jambon, ils souhaitent interroger le commissaire général de la police fédérale et, surtout, son prédécesseur en poste en juillet 2018. Lundi aura lieu, autour de ce dossier mais à huis clos, une séance de la commission spéciale chargée de l'accompagnement parlementaire du Comité P et du Comité R.

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