"DéFI casse l'union des francophones? Non!"

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À Linkebeek et à Crainhem, les francophones ne présenteront pas une liste commune, comme c’était devenu une tradition en périphérie. Le MR accuse DéFI de casser le front francophone. Piquée au vif, Sophie Rohonyi, la présidente de DéFI en périphérie, réagit.

Quand elle a lu la presse en début de semaine, Sophie Rohonyi, présidente de DéFI en périphérie, s’est étranglée. Sophie Wilmès, sa (future) partenaire de liste dans la commune de Rhode-Saint-Genèse (on en attend toujours la finalisation), y pousse un coup de gueule contre le parti amarante, l’accusant d’avoir "cassé l’union des francophones en périphérie". "Ils pratiquent la politique de la terre brûlée, à Linkebeek, à Crainhem, je ne comprends pas à quoi ils jouent", nous disait Sophie Wilmès dans L’Echo du week-end dernier.

Sophie Rohonyi, présidente de DéFI en périphérie. ©Belgaimage

La présidente de DéFI en périphérie (et également candidate à Rhode) reste perplexe face à cette sortie de la ministre fédérale du Budget. Perplexe est un faible mot. "Je ne comprends pas, c’est un coup de poignard", nous dit la candidate qui tient à remettre l’église au milieu des villages de Crainhem et Linkebeek, les deux communes à facilités dans lesquelles DéFI s’est détaché de ses anciens partenaires francophones.

"Il faut comprendre ce qui s’est passé. On ne cherche pas à casser l’union des francophones, mais il y a des situations particulières qui ont mené à cela", explique Sophie Rohonyi, pas loin de sous-entendre que les casseurs d’union, ce serait plutôt les élus MR…

Linkebeek

Premier zoom, et première explication: Linkebeek. L’une des communes de la périphérie bruxelloise à l’histoire communautaire la plus chahutée. Avec sa figure emblématique, Damien Thiéry, ex-DéFI devenu MR, ex-bourgmestre non nommé de la commune, et actuel député fédéral.

L’actuelle bourgmestre Valérie Geeurickx, ainsi que l’échevin Yves Ghequière (DéFI), ont décidé de monter une liste dissidente de celle de Damien Thiéry lors des élections communales du 14 octobre prochain. L’union communale, qui a fait le ciment des francophones dans la commune pendant des années, n’existe plus. "13 mandataires sur 20 ne font plus confiance à Damien Thiéry, qui préside encore le conseil communal", explique Sophie Rohonyi, qui pointe le manque de démocratie interne dû au transfuge MR, tiraillé entre la position de son parti, en cheville avec la N-VA au sein du gouvernement fédéral, et celui de défenseur absolu des droits des francophones en périphérie.

Damien Thiéry, défenseur des droits des francophones? Un rôle que l’intéressé, aux yeux de Sophie Rohonyi, aurait carrément laissé tomber. "Sur la question des visites domiciliaires par exemple, il n’a jamais mis le point à l’ordre du jour alors qu’on le réclamait." Vous voulez un autre exemple? Sophie Rohonyi se fait un plaisir de vous le servir, made in Parlement fédéral: "DéFI avait déposé une proposition de loi au Fédéral pour mettre en place d’urgence un organe vers lequel les victimes de discriminations linguistiques pourraient se tourner pour être soutenues en justice, comme cela existe pour les discriminations liées au genre ou à la nationalité. Ni Damien Thiéry ni Sophie Wilmès n’ont accepté de cosigner. Quand il y a des dossiers où ils peuvent bouger pour défendre les francophones, ils ne le font pas."

"Quand il y a des dossiers où ils peuvent bouger pour défendre les francophones, ils ne le font pas."
Sophie Rohonyi
Présidente de DéFI en périphérie

On signalera au passage que la ministre du Budget l’a rappelé: grâce au MR, et n’en déplaise à la N-VA, le communautaire a été mis au frigo pour cette législature. "Mais le communautaire, il est dans tous les dossiers, en matière de protection civile, de survol de Bruxelles, de numéros Inami pour les médecins… sans compter la flamandisation de l’Etat, qui est indéniable. Sans compter aussi les intérêts économiques de la Flandre, systématiquement préservés."

Mais Sophie Rohonyi doit bien admettre qu’en s’écartant de Damien Thiéry, DéFI a rompu l’union francophone sacrée… "Mais nous avons une liste d’union francophone, avec Yves Ghequière et Valérie Geeurickx! Notre liste comprend des composantes DéFI, mais aussi PS, Ecolo, cdH, et même quelques MR. C’est bien la preuve que le malaise, il est au sein du MR de Linkebeek, et pas au sein des francophones…" La jeune femme n’en démord pas, et rappelle que toutes les actions en justice menée pour défendre les francophones dans la périphérie ont été lancées par DéFI. "Je ne peux donc pas entendre ce discours. C’est de la désinformation, je la mets au défi de prouver qu’on n’a pas été constants dans la défense des francophones."

Crainhem

"L'union des francophones ne peut pas se faire à n'importe quel prix."
Sophie Rohonyi
Présidente de DéFI en périphérie

Et à Crainhem, là aussi l’union francophone a été brisée, c’est un fait. Par qui? "Tout est parti d’un choix du cdH, celui de s’allier avec le CD&V, un parti qui, dans la périphérie, réclame la scission totale de l’arrondissement judiciaire de BHV", dit Sophie Rohonyi. Mais là n’est pas le seul problème pour DéFI. "On a voulu faire une liste francophone avec le MR. Mais ils ont voulu mettre sur leur liste un échevin qui a été exclu du cdH pour avoir tenu des propos négationnistes sur Facebook. Nous avons dit, si c’est avec lui ce sera sans nous? L’union des francophones ne peut se faire à n’importe quel prix."

Aux yeux de Sophie Rohonyi, tout n’est pas perdu. "Les listes ne sont pas encore déposées, il n’est pas trop tard." Après les piques, la représentante de DéFI conclut en tendant la main. "Il faut privilégier l’union des francophones à Crainhem plutôt que le choix d’un candidat, c’est important, car sinon, les voix risquent de se diluer au profit d’un bourgmestre qui ne représente pas les francophones…"

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