tribune

Démocratie, stop ou encore ?

Bourgmestre DéFI

Limiter l’analyse des causes du désamour démocratique au seul besoin citoyen de redéfinir la place du politique relève du sommaire. Le malaise est plus profond.

Bye bye démocratie? Une opération médiatique qui aborde une vraie question, mais qui dans son traitement n’effleure, hélas, que l’écume du sujet. Le désamour démocratique est devenu une évidence dans nos sociétés occidentales au profit d’une montée constante des populismes, extrémismes et autres autoritarismes, antichambres des pires régimes politiques totalitaires.

Didier Gosuin. ©BELGA

Mais, limiter l’analyse des causes de cette défection démocratique au seul besoin citoyen de redéfinition du rôle et de la place du politique dans les processus décisionnels — même si je ne nie pas la nécessité de moderniser la démocratie représentative — me paraît relever du sommaire, voire du cosmétique et n’empêchera en rien une dégradation continue de la confiance des citoyens dans les instances décisionnelles quelle que soit leur organisation.

En réalité, le malaise est plus profond et traverse toutes les sociétés, tous régimes politiques confondus. La vérité est que ce malaise s’exprime plus aisément et plus librement en démocratie.

Toutes nos sociétés entrent dans des zones de fortes turbulences politiques, économiques, financières, climatiques, migratoires, technologiques, mais aussi sociales. Ces turbulences affectent évidemment — et affecteront encore davantage — les pays les plus fragilisés et parmi les pays les plus développés, les classes sociales les plus précarisées.

L’inquiétude dans l’avenir, l’anxiété de l’avenir occupent les esprits et les débats. Notre système économique mondialisé, d’inspiration néolibérale est à bout souffle, en fin de cycle. Il montre son incapacité à intégrer les nouveaux enjeux environnementaux, à créer de la prospérité pour tous par la réduction des inégalités sociales et à encourager par un financement constant les politiques publiques dans leur rôle de régulation et de dynamisation du capital humain.

Le 21ᵉ siècle sera le siècle du sursaut des démocraties ou celui de la plongée dans l’inconnu sombre.

Les interrogations sont dès lors angoissantes. Comment sans changer radicalement de paradigme économique pourrons-nous répondre aux objectifs climatiques ambitieux, mais nécessaires? Comment pourrons-nous effectuer la transition énergétique sans augmenter les inégalités et comment avec des États exsangues financièrement, à la merci de toute hausse des taux d’intérêt, pourrons-nous protéger les pays et les catégories sociales les plus fragilisées? Comment pourrons-nous assumer la transition technologique sans investir davantage dans les politiques d’enseignement et de formation et éviter ainsi une généralisation du chômage de masse pour les moins qualifiés?

Ces questions et bien d’autres tourmentent les populations lorsqu’elles se projettent dans l’avenir. Le risque est alors grand d’une dérive accélérée vers des régimes non démocratiques, flatteurs de la face noire de nos consciences.

Si l’on veut sauver la démocratie, c’est à ces urgences sociétales qu’il convient de s’atteler en priorité. Ma conviction est que seules les démocraties pourront y répondre, mais comme l’a écrit Raymond Aron «à condition que nous le voulions».

C’est la tâche prioritaire à laquelle des citoyens de tous bords, hors intérêts partisans, devraient s’assigner dans un groupe de réflexion et de propositions s’ils partagent le constat de changement nécessaire de notre modèle économique dominant. Pour ma part, je suis preneur d’un tel débat.

Le 21ᵉ siècle sera le siècle du sursaut des démocraties ou celui de la plongée dans l’inconnu sombre.

Didier Gosuin
Bourgmestre DéFI

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