Deux ex-agents de la Stasi condamnés à Bruxelles

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Deux ex-agents de la Stasi est-allemande et un pseudo-journaliste allemand ont été condamnés à deux ans de prison pour avoir espionné une avocate kazakhe inscrite au barreau de Bruxelles. Les barbouzes oeuvraient sur fond de lutte de pouvoir au Kazakhstan.

Deux ex-agents de la Stasi est-allemande et un pseudo-journaliste allemand ont été condamnés, ce vendredi matin par le tribunal correctionnel de Bruxelles, à des peines de deux ans de prison pour association de malfaiteurs, harcèlement et tentative de corruption privée. Absents à l’audience, ils devront également payer chacun une amende de 9.600 euros, assortie, pour certains, d’un sursis pour moitié. Ils auront, enfin, à verser 1.000 euros à la partie civile, l’avocate kazakhe réfugiée en Belgique et inscrite au barreau de Bruxelles Botagoz Jardemalie.

Le tribunal correctionnel a requalifié les faits d’organisation criminelle, soulevés par le parquet fédéral, en association de malfaiteurs.

C’est une étonnante affaire de barbouzerie qui s'est s’est dénouée ce vendredi. La condamnation clôture une enquête sur des faits qui se sont déroulés au cœur de la capitale de l’Europe sur fond de lutte de pouvoir au Kazakhstan, un pays bien éloigné de chez nous, mais dont nombre de ses riches ressortissants sont profondément liés à la Belgique. 

Qu'ont fait les ex-agents de la Stasi?

À l’origine, en 2014, Vitaly Volkov, un Russe travaillant en Allemagne comme journaliste, recrute deux ex-membres des services secrets allemands, Hans-Jochen Timmermann et Jorg-Uwe Niklaus, afin de recueillir des informations sur Me Botagoz Jardemalie. Il faut savoir que celle-ci défend à l'époque en Belgique les intérêts de l’homme d’affaires Mukhtar Ablyazov, opposant au pouvoir central kazakh et cerné par des procédures judiciaires à travers le monde.

D'entrée de jeu, Timmermann et Niklaus, se présentant comme détectives privés, ont cherché à contacter Botagoz Jardemalie. Mais, ils se sont vus repoussés. Ils ont également tenté de corrompre un avocat bruxellois, lui proposant 5.000 euros contre des informations sur Me Jardemalie. Ils ont aussi piégé l’ordinateur de l’avocate via des logiciels espions, interceptant ses communications.

C’est l’avocate qui a dénoncé les faits, entraînant l’ouverture d’une enquête aux ramifications internationales qui aboutira à l’interpellation des suspects en Allemagne, le 24 septembre 2015, après toute une série d’écoutes judiciaires les confondant.

Nom de code "Boris"

C'est un message très fort envoyé au gouvernement kazakh.
Botagoz Jardemalie
avocate kazakhe

À leur arrestation, les deux ex-agents ont affirmé qu’ils ne cherchaient qu’à "localiser" Me Jardemalie afin d’aider Vitaly Volkov dans ses recherches journalistiques. Des considérations qui ont été balayées ce vendredi par le juge. La perquisition menée au domicile de Timmermann a démontré, en effet, qu’il détenait un classeur au nom de "Boris", surnom donné à Botagoz Jardemalie, contenant de nombreuses informations sur elle et Mukhtar Ablyazov.

Selon le parquet fédéral et la partie civile, les trois hommes auraient eu pour mission d’exfiltrer Me Jardemalie de Belgique. Cependant, cette hypothèse a été rejetée par le tribunal par manque d’éléments.

Le juge dénonce un "sentiment d’insécurité publique"

Le juge a considéré que les faits ont "créé un sentiment d’insécurité publique" en Belgique. Pour lui, il est "inadmissible que des individus agissant dans un contexte international" commettent de tels faits, qui "portent atteinte à la Belgique". Me Christiaan Luycks, l'avocat des deux Allemands, a salué "une analyse profonde" de la part d’un juge "qui a très bien fait son travail".

À l’issue de l’audience, Botagoz Jardemalie s’est réjouie d’un "message très fort envoyé au gouvernement kazakh". Cette dernière, réfugiée politique, avait vu son cabinet perquisitionné par des policiers belges et kazakhs dans le cadre d’une demande d’entraide judiciaire validée par le ministère belge de la Justice, en octobre dernier, entraînant d’importantes réactions politiques.

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