Didier Reynders ne dirigera pas le Conseil de l'Europe

Didier Reynders et la Croate Marija Pejcinovic Buric, à l'annonce du résultat du vote. ©BELGA

C'est la Croate Marija Pejcinovic Buric qui a été élue secrétaire générale de l'organisation intergouvernementale. La chrétienne-démocrate deviendra la première femme issue des pays d’Europe centrale à occuper le poste.

Déception pour le vice-Premier ministre et informateur royal: ce mercredi à Strasbourg, l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe lui a préféré Marija Pejcinovic Buric pour prendre la tête de l’organisation. La Croate a obtenu 159 voix sur 268 suffrages; le Belge 105, a annoncé la présidente suisse de l’assemblée.

Marija Pejcinovic Buric sera ainsi à partir du 18 septembre, et pour cinq ans, la première ressortissante d’un pays d’Europe centrale ou orientale à occuper la fonction. Elle est en outre la deuxième femme, après Catherine Lalumière, qui dirigeait le Conseil de l’Europe il y a vingt-cinq ans.

Dans un tweet publié à l’annonce des résultats, Didier Reynders a félicité la nouvelle Secrétaire générale, remercié les parlementaires belges pour leur soutien et les équipes qui l’ont aidé à mener sa campagne. Avant de clore la séquence sur un de ces tweets météo auxquels il a habitué ses 149.000 abonnés: "Semaine très chaude."

À 56 ans, Marija Buric ne s’est inscrite que récemment sur le réseau et ne comptait pas encore 400 followers au moment de l’annonce du résultat. Elle est, comme Didier Reynders, vice-Première ministre en charge des Affaires étrangères et européennes de son pays, même si elle affiche une expérience nettement moins longue aux postes régaliens. Comme lui, elle se prévaut d’une expérience au Conseil de l’Europe, puisqu’elle a présidé son comité des ministres l’an dernier. Elle a notamment fait partie de l’équipe de négociation en vue de l’accord de stabilisation et d’association qui sera passé entre la Croatie et l’Union européenne, avant l’adhésion. Elle est diplômée du Collège d’Europe, qui forme à Bruges l’élite institutionnelle européenne. Selon son CV officiel, elle parle quatre langues, dont le Français.

Victoire chrétienne-démocrate

Quelle dynamique de vote a déterminé la victoire de la Croate? Au Palais de l’Europe de Strasbourg, les parlementaires venus des 47 États membres avaient eu toute la journée pour faire leur choix, à bulletin secret, entre les deux candidats retenus par le comité des ministres, l’instance statutaire de décision du Conseil de l’Europe. Sur les 324 représentants, 264 suffrages ont été exprimés.

"Notre organisation traverse une situation exceptionnelle et nous avons besoin d’avancer d’un pas ferme."
Marija Buric
Nouvelle sec. gén. du Conseil de l'Europe

Cette assemblée non permanente, composée de délégations de Parlements nationaux, répond tant à des logiques nationales et régionales que d’orientation politique. Les élus y sont répartis en groupes, selon l’affiliation européenne de leur parti, ce qui pouvait donner sur le papier un avantage à la rivale du Belge: l’Union démocratique croate (HDZ) à laquelle appartient Marija Buric est affiliée au premier groupe de l’assemblée parlementaire. Cet avantage est cependant relatif, puisque le groupe des chrétiens-démocrates (PPE/CD) est fort en tout de 159 membres sur les 648 représentants et suppléants que compte l’hémicycle. Le MR de Didier Reynders appartient lui au groupe libéral ADLE, troisième de l’hémicycle avec 77 membres, derrière la famille socialiste (SOC) et ses 146 élus.

Le défi russe

"Notre organisation traverse une situation exceptionnelle" et "nous avons besoin d’avancer d’un pas ferme", a souligné la présidente de l’assemblée, Liliane Maury Pasquier, après avoir annoncé le résultat du scrutin. La future Secrétaire générale croate hérite en effet d’une institution profondément polarisée sur la question russe. Pour éviter un "Ruxit", par lequel Moscou se serait retirée du Conseil de l’Europe, l’assemblée parlementaire a décidé cette semaine de rendre à la délégation de la Douma les droits de vote qu’elle lui avait retirés suite à l’annexion de la Crimée, en 2014.

La délégation croate, comme la délégation belge, était de celles qui ont majoritairement soutenu cette décision. Au nom notamment de l’accès du peuple russe à la Cour européenne des Droits de l’homme, et en cohérence avec la doctrine Harmel, qui consiste à entretenir une dissuasion militaire crédible face à la Russie tout en cultivant un dialogue politique pour chercher la détente.

Mais le retour triomphateur de la délégation russe en ulcère plus d’un. "Vous essayez tout simplement de détruire l’Europe", a lancé ce mercredi le député ukrainien Georgii Logvynskyi à ses collègues russes. Huit délégations, dont celles du Royaume-Uni et de la Pologne, ont majoritairement voté contre la levée des sanctions à l’encontre de Moscou. Assurer la cohésion et l’effectivité de l’institution sera l’un des défis de la nouvelle Secrétaire générale du Conseil de l’Europe, qui a pour rôle de prendre les orientations stratégiques pour poursuivre l’objectif de rapprochement des peuples européens.  

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