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Le casse-tête de Charles Michel pour les postes européens

Dans son nœud, la Belgique n’est pas seule. La France, l’Italie, le Portugal et la Croatie n’ont, eux non plus, pas encore fourni leur candidat commissaire. ©Photo News

La Belgique doit donner son ou ses candidats pour le 26 août à la présidente de la prochaine commission européenne. Une date théorique mais qui met Charles Michel sous pression. Le Premier ministre multiplie les contacts alors que la N-VA lorgne un poste à la Banque européenne d’investissement.

Pour le 26 août, la Belgique devra théoriquement proposer son ou ses candidats(s) commissaire européen. Aussi importante soit-elle pour l’image du pays sur le continent, l’affaire est loin d’être simple. C’est inédit, cette désignation doit intervenir alors que le gouvernement belge est à la fois en affaires courantes et largement minoritaire au Parlement. Cette situation lui fait prêter le flanc à un procès en légitimité avec des appels du pied pour associer la Chambre au processus alors que ce poste constitue l’une des pièces principales du deal qui suit tout accord de majorité. Le fauteuil de commissaire européen, ça vaut autant que celui de Premier ministre. Rien de moins.

"Je suppose que le Premier ministre poursuit ses consultations, mais il est encore un peu tôt."

On va rappeler ici que le processus d’information royale en cours ne laisse pas présager la formation à court terme d’un gouvernement issu des élections du 26 mai. Le risque de ne toujours pas avoir de gouvernement de plein exercice au 1er novembre, lorsque la commission européenne doit prendre ses fonctions, est toujours là.

Alors qu’approche à grand pas cette date du 26 août, à partir de laquelle la présidente de la future commission, l’Allemande Ursula Von der Leyen, constituera son équipe, le gouvernement Michel semble encore au milieu du gué. "Aucune réunion n’a encore été prévue à ce sujet", confie un proche de l’exécutif fédéral. "Je suppose que le Premier ministre poursuit ses consultations, mais il est encore un peu tôt", entend-on également, même si Charles Michel doit accélérer le tempo. Un autre: "La date du 26 août est très théorique." En d’autres termes, il n’y a pas encore tout à fait le feu au lac même si c’est au mois de septembre que sont programmées les auditions des candidats commissaires au Parlement européen.

Le PS temporise

La semaine dernière, le constitutionnaliste Marc Uyttendaele se faisait remarquer en affirmant que la situation politique exigeait un vote à la Chambre sur la candidature Belge. Il était recadré ce lundi dans La Libre par son confrère Christian Behrendt. Loin de cette querelle académique, il ne semble pas dans les intentions du gouvernement de faire appel au Parlement, "mais Charles va chercher un large consensus", assure un ministre fédéral. En clair: un consensus qui dépasse les trois partis (MR, Open Vld, CD&V) qui restent de la suédoise.

"C’est une question qui doit se régler entre présidents de partis."
Ahmed Laaouej
chef de groupe PS à la Chambre

"C’est une question qui doit se régler entre présidents de partis", estime d’ailleurs Ahmed Laaouej, chef de groupe PS à La Chambre, qui n’est pas plus enclin à impliquer son Parlement à ce stade. Le monde politique attend notamment l’évolution des formations des gouvernements flamand (la N-VA a entamé des négociations avec Open Vld et CD&V) et wallon (MR et Ecolo attendent un projet de note d’Elio Di Rupo). Avec l’espoir qu’elle éclaircisse le ciel des informateurs royaux Didier Reynders et Johan Vande Lanotte.

Ce qui n’empêche pas l’opposition Ecolo au Fédéral de s’impatienter. "Le Parlement doit être impliqué, estime Georges Gilkinet, chef de groupe Ecolo. Il est souhaitable qu’on organise un débat sur le fond, à savoir le projet européen de la Belgique, mais également sur la question du genre puisqu’Ursula Von der Leyen souhaite une commission paritaire. Pourquoi la Belgique ne présenterait pas deux candidats?" Sous-entendu un homme et une femme. Dans l’opposition, on n’exclut pas qu’un candidat commissaire soit désigné dans ses rangs. Chez Ecolo comme au PS, où l’on affirme que le fait que le groupe socialiste au Parlement européen ait voté contre Ursula Von der Leyen n’hypothèque nullement ses chances de fournir un commissaire.

Reynders or not Reynders?

La Belgique met d’autant plus de temps à se prononcer que la question politique se double d’un enjeu de personnes. Elle est même intimement liée à la question de savoir qui va remplacer Charles Michel – président du Conseil européen à partir du 1er décembre – au 16 rue de la Loi. Un Didier Reynders peut revendiquer et le poste de commissaire et le poste de Premier ministre. S’il part à la commission, qui comme Premier ministre, alors que CD&V et Open Vld sont un peu trop affaiblis par l’électeur? Et inversement.

La N-VA ne serait pas intéressée par la Commission européenne mais lorgnerait le poste laissé vacant par la Belgique à la Banque européenne d’investissement (BEI).

On dit Gwendolyn Rutten, présidente de l’Open Vld, candidate commissaire, ce qui est démenti au Vld. La N-VA ne serait pas intéressée par la Commission européenne mais lorgnerait le poste laissé vacant par la Belgique à la Banque européenne d’investissement (BEI). Un deal est évoqué et un flamand nommé à la BEI renforcerait les chances d’avoir un commissaire européen francophone. Ce lundi, Kris Peeters, nouveau député CD&V au Parlement européen, éliminait la piste d’une reconduction de Marianne Thyssen dans l’exécutif européen, sans exclure sa propre candidature.

Dans son nœud, la Belgique n’est pas seule. La France, l’Italie, le Portugal et la Croatie n’ont, eux non plus, pas encore fourni leur candidat commissaire. Sachant que les derniers arrivés sont les moins bien servis en termes de compétences, l’affaire ne devrait plus traîner.

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