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Egbert Lachaert: "On ne peut pas parler investissements sans parler réduction des dépenses"

Egbert Lachaert ©JONAS LAMPENS

Vaccination, pensions, budgets, investissements, énergie, relations avec le PS et la N-VA... Petit tour de l'actualité avec Egbert Lachaert, président de l'Open Vld.

Le calme après la tempête sur les pensions et avant celle du débat budgétaire? Egbert Lachaert est plutôt détendu en ce vendredi matin. Cette semaine, le président de l'Open Vld a déjeuné de façon remarquée avec Paul Magnette pour resserrer les liens après des débats droite/gauche parfois houleux sur une réforme que le PS a mis à l'agenda via la presse. "C'était le match attendu", sourit-il. "Tout le monde s'attendait à ce que le projet sur les pensions vienne un peu plus tard, car on savait que la conférence sur l'emploi de M. Dermagne serait organisée en septembre et que cet enjeu est important en vue de la discussion budgétaire. L'Europe demande des réformes sur le marché du travail pour libérer les montants alloués pour les investissements. On savait que ce serait difficile entre socialistes et libéraux, car nos recettes et nos idées sont très différentes sur ce thème. On savait que ce match allait venir, on s'est préparé tant sur le travail que sur les pensions."

Vous avez mis le feu aux poudres en avançant sur les 20 ans de travail effectif pour une pension complète.

Ce qui m'a étonné, c'est que cela s'est enflammé dès cette première proposition qui pour moi est logique. Cela a lancé le match attendu. C'est normal que socialistes et libéraux ne soient pas d'accord au début sur ce thème, cela touche le cœur de nos idéologies. Mais il faut maintenir des lignes de contact entre les familles politiques pour trouver des solutions en bout de course. Ces dernières semaines, les citoyens ont pu avoir l'impression que le gouvernement n'allait pas tenir, mais on est tous d'accord pour trouver un compromis où tout le monde se retrouve à la fin.

Il a fallu un lunch avec Paul Magnette pour calmer le jeu?

Il est important que les présidents de parti se parlent, sinon on reste sur beaucoup de tweets et de com'. La crise Covid n'est pas définitivement finie, il y a eu les inondations, l'exercice budgétaire est très lourd et nous avons l'opportunité de créer quelque chose de positif. L'économie connait une croissance énorme, beaucoup de gens veulent consommer et les entreprises ne sont pas en mesure d'offrir tous les services demandés. Il faut faire quelque chose pour le taux d'emploi et c'est vrai, nos recettes ne sont pas celles des socialistes.

"Si un parti ou une famille politique veut montrer qu'il est le chef, on n'aboutira à rien..."

Fallait-il aussi qu'Alexander De Croo affirme son leadership sur un gouvernement qui paraît parfois dirigé par le PS?

Cette image m'a dérangé à un moment, il fallait qu'on se parle avec M. Magnette. Si un parti ou une famille veut montrer qu'il est le chef, on n'aboutira à rien. Ce gouvernement a été créé lorsque socialistes et libéraux se sont retrouvés sur le thème du budget. Sans cela, il n'y aurait pas eu de gouvernement. Nous sommes à nouveau dans un moment comme celui-là, on doit se retrouver sur le thème socioéconomique. Les autres partis ont d'autres thèmes importants pour eux, mais le socioéconomique pour un socialiste ou un libéral, c'est "core business". Si on ne se retrouve pas là-dessus ce sera un problème pour tout le gouvernement.

Qu'avez-vous convenu avec Paul Magnette?

Ce n'est pas pour la presse (rires) mais le signal était important. Il faut maintenant travailler en profondeur. Alexander De Croo va prendre des initiatives, mais entre PS et Open Vld, il faut se parler pour trouver un terrain d'entente.

Un climat de guerre permanente semble s'installer au sein de la Vivaldi...

On savait très bien que ce serait compliqué. Côté néerlandophone, tout le monde est conscient qu'il faut aller au bout, l'opposition N-VA et Belang est très violente. Côté francophone, c'est le miroir de la suédoise. La plupart des partis démocratiques sont dans le gouvernement et doivent se différencier. Pour moi, à la fin, ce sera un match nul pour tout le monde.

"En 2024, la N-VA veut reprendre l'exercice avec le PS. Je crois qu'elle rêve."

On parle de contacts maintenus entre PS et N-VA en vue de 2024?

Ces rumeurs sont souvent lancées par la N-VA. En 2024, elle veut reprendre l'exercice avec le PS. Je crois qu'elle rêve. Cet accord N-VA/PS n'était pas complet, et dans un esprit où la N-VA donne 16 milliards de dépenses supplémentaires. S'ils avaient dû faire un budget, il n'y aurait jamais eu un accord. Et je ne sais pas si les socialistes sont d'accord pour démanteler la Belgique comme le veut la N-VA. C'est un rêve de De Wever. Avec les socialistes, on a confirmé cette semaine qu'on travaillera jusqu'au bout ensemble. Mais il y aura encore des clashs bien sûr.

C'est plus facile de gouverner avec le PS ou les écologistes?

On sait très bien que dans la discussion énergétique, on était d'abord sur des lignes différentes avec les verts, mais l'accord gouvernemental va dans le bon sens. J'ai été très content de l'ouverture de Jean-Marc Nollet et de Tinne Van der Straeten pour gérer ce dossier avec objectivité. Pour les libéraux flamands, la discussion doit l'être. On veut des prix corrects pour les consommateurs et l'industrie.

La position du gouvernement ne risque-t-elle pas d'être inconfortable si on doit prolonger certaines centrales?

Je ne le crois pas. Il y a assez de dossiers à introduire dans le CRM, pour du gaz, mais aussi des batteries, du renouvelable. On fera le bilan dans quelques semaines. Si c'est suffisant, il faudra voir si cet approvisionnement est garanti. S'il s'avère nécessaire de discuter avec Engie sur une prolongation courte ou longue, être certains d'avoir une bonne capacité nous mettra dans une bonne position. J'espère que le gouvernement flamand et Zuhal Demir ne vont pas jouer un jeu avec des projets qui sont prêts. On verra. Mais on ne va pas éteindre la lumière en 2025.

Vos relations ont l'air exécrables avec la N-VA, comment cela se passe au gouvernement flamand?

C'est surtout une hostilité de la N-VA envers nous. Je suis prêt à discuter avec tout le monde, mais avec M. De Wever, c'est très compliqué.

Il n'y a pas de contacts entre les deux présidents?

Non. Quelqu'un de mon parti lui a proposé une rencontre avant l'été, et j'ai pris contact avec des personnalités N-VA. Cela a été refusé catégoriquement. Pour eux, c'est la guerre jusque 2024. Je ne comprends pas, il est normal de réagir quand on a été mis dans l'opposition. De Wever n'a pas bien lu la situation de notre parti à un certain moment. Il a cru qu'il était impossible pour l'Open Vld de faire autre chose que de monter avec la N-VA. Il a fait des erreurs, nous en avons sans doute fait aussi, mais au bout d'un moment il faut se parler surtout si on travaille ensemble à la Région et à la Ville d'Anvers. D'autant qu'on est d'accord sur beaucoup de choses sur le plan socioéconomique. Jan Jambon fait tout ce qu'il peut pour que le gouvernement flamand fonctionne bien, mais c'est un peu bizarre qu'on ne puisse pas s'appeler entre présidents.

"Ce que l'on va économiser en réformant l'exemption de cotisation sociale pour le premier emploi pourra alimenter le budget pour des primes défiscalisées sur le travail de nuit."

Qu'attendez-vous au niveau du marché du travail? Cette conférence ne nous dit pas vraiment vers où on va...

C'est évident qu'on ne se mettra pas d'accord à l'occasion d'une conférence. On le fera dans la sérénité, la confiance et en discrétion. En Wallonie, il y a beaucoup d'offres d'emploi qui ne trouvent pas preneurs; en Flandre, c'est encore pire. Il y a tant de statuts en Belgique qui permettent d'être inactif alors qu'on peut encore travailler. Et pas toujours pour des jobs qui nécessitent un haut niveau de formation. En Flandre, il y a beaucoup de gens en incapacité de travail pour des raisons psychologiques avec des burn-out, etc. mais qui ne sont pas forcément exclus de toute possibilité de travailler. Beaucoup de gens ont tout à perdre en changeant de job car tout est basé sur l'ancienneté en Belgique. Il faut des systèmes qui permettent d'essayer autre chose. Voilà sur quoi nous souhaitons travailler.

Il y a aussi l'enjeu de la mobilité qui est surtout le problème de Bruxelles et de Wallonie avec des demandeurs d'emploi concentrés dans certaines zones. Les chômeurs de longue durée ont besoin d'un accompagnement plus individuel. Ce groupe est comparable aux gens qui sont dépendants du CPAS: il y a parfois des raisons psychologiques qui expliquent qu'ils restent inactifs si longtemps. Le Fédéral doit donner ses informations aux Régions plus vite pour éviter que ces gens restent inactifs trop longtemps et deviennent très difficiles à activer par la suite. On ne va pas non plus éviter un débat sur la flexibilité. Je suis étonné qu'on ne trouve pas une solution pour le travail de nuit. On ne peut pas le demander sans compensation, il faut des primes convenables qui soient défiscalisées pour attirer les centres logistiques en Belgique. Pour nous, ce que l'on va économiser en réformant l'exemption de cotisation sociale pour le premier emploi (le fameux zéro-coti instauré sous Michel, NDLR) pourra alimenter le budget pour des primes défiscalisées sur le travail de nuit.

Dans la construction, comment trouver de la main-d'œuvre dans des délais imposés par les plans de relance?

Je suis assez pessimiste sur l'idée de trouver suffisamment de main-d'œuvre en Belgique. C'est un chantier pour le futur.

Que pensez-vous de la proposition MR de sanctionner les chômeurs qui refuseraient un emploi ou une formation dans des métiers en pénurie?

Je trouve normal que des chômeurs soient guidés vers des jobs en pénurie et s'ils refusent vraiment, qu'il y ait sanction.

Que sont les enjeux chers à l'Open Vld dans le débat sur le budget 2022?

Le tableau budgétaire est inclus dans l'accord gouvernemental. Avec le covid, il faut voir si on le garde comme tel à 100%. Il y a un paramètre fixe et variable sur les économies à réaliser. Notre objectif est d'arriver à un déficit de 3% environ en fin de la législature. Aujourd'hui, on tourne autour de 5% et il y a des aides covid qui vont disparaître. Il faut une trajectoire sur trois ans, le gouvernement suivant devra chercher l'équilibre. Il ne faut pas tuer l'économie, mais si des solutions sont trouvées sur le marché du travail, on aura un impact sur la réduction des déficits.

Pouvez-vous être plus précis sur les économies à réaliser?

Tout le monde doit chercher encore où il est possible d'en faire, mais ce n'est pas évident pour le Fédéral qui est responsable des fonctions importantes de l'État comme la sécurité, la police, la Justice, la Sécu, etc. Si on veut couper dans les dépenses, il faut voir cela en globalité avec les Régions et Communautés. On n'arrivera pas à l'équilibre avec le Fédéral seul. Mais sur l'administration, dans la santé, il y a des choses à faire. Dans le cadre de la réforme de l'État, il y a à faire au niveau de l'efficacité de notre système. Sans baser la discussion sur un conflit entre francophones et Flamands. La complexité de nos structures n'est plus tenable.

L'échec de la campagne de vaccination à Bruxelles est-elle liée à cette organisation, selon vous?

Non, ce serait trop facile. Il y a à Bruxelles un problème d'intégration de beaucoup de communautés dans un mode de vie commun. On n'est pas arrivé à cette intégration à Bruxelles. C'est le bilan de dizaines d'années. Il nous manque une identité bruxelloise ou belge pour dire qu'on fait tous partie d'une même communauté. Il y a un problème de ségrégation à Bruxelles, les quartiers vivent sur eux-mêmes avec leurs magasins, leurs réseaux sociaux, leur religion et on ne parvient pas à les toucher quand on veut faire passer un message au nom de l'État.

La Région bruxelloise devait susciter ce sentiment d'appartenance...

Pour l'instant, ce n'est pas réussi. Il y a beaucoup d'hommes et de femmes politiques au cours des dernières années qui ont dit que dans ces quartiers, les gens ont leur culture et qu'il fallait les laisser tranquilles...

Que faut-il faire à Bruxelles, instaurer le pass sanitaire?

Comme libéral, je suis contre le pass. En Flandre, ce n'est pas nécessaire, j'espère aussi en Wallonie. Mais à Bruxelles, il faut un effet-choc sinon tout le pays va en subir les conséquences, notamment au niveau des hospitalisations. Le pass est une option pour créer ce choc. Mais il doit rester temporaire.

Comment l'imposer dans ces mêmes quartiers que vous évoquez?

Il faut contrôler.

Quid de l'obligation vaccinale?

Je ne comprends pas comment l'appliquer. Que faire? Embarquer les gens pour les vacciner de force?

Le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, dit qu'il faut rendre la vie plus dure pour les non-vaccinés? D'accord avec lui?

J'espère que le pass sanitaire à Bruxelles sera un signal très clair. Il faut faire quelque chose donc l'Open Vld ne va pas bloquer ce pass tout en espérant qu'il soit supprimé le plus vite possible.

"C'est à Maron de faire quelque chose de radical pour que la campagne de vaccination se passe mieux."

Le ministre bruxellois de la Santé Alain Maron semble hésitant...

Il doit être clair sur ce qu'il veut faire. Il doit avoir un plan d'action. On a essayé la vaccination dans les magasins, mais ce n'est pas assez. Et à mon avis, les problèmes sont déjà là dans les hôpitaux. Les experts, surtout côté flamand, parlent de drame à venir. Je n'y crois pas mais j'espère vraiment qu'il y a un plan à Bruxelles. C'est à Maron de faire quelque chose de radical pour que cela se passe mieux. Mais au départ, c'est un problème de vivre ensemble et d'intégration.

Et de précarité?

Non, ce n'est pas la pauvreté en soi, mais un problème de ne pas avoir des principes communs dans une société. Ces quartiers vivent avec leur mode de vie, leur religion et on dit "OK, c'est comme cela". De l'autre côté, il y a des voix très à droite qui frappent très dur sur ces communautés qui sont tentées de se replier. Beaucoup de gens veulent une société plus intégrée, avec des principes communs entre les communautés et une séparation entre religion et État. Sans violence, il faut chercher le dialogue. On ne va pas faire des compromis sur certains principes parce que l'un veut vivre dans une société conservatrice issue d'un autre pays. À Bruxelles, il y a un grand chantier d'intégration. L'État n'arrive pas à atteindre ces communautés.

"Grâce à la digitalisation des administrations, on peut faire des économies sur le nombre de fonctionnaires."

Le PS veut aller au-delà du milliard annoncé en matière d'investissements publics fédéraux. D'accord?

Les investissements dans les infrastructures peuvent rapporter, je suis d'accord avec Thomas Dermine là-dessus. Mais il faut bien choisir les projets. Grâce à la digitalisation des administrations par exemple, on peut faire des économies sur le nombre de fonctionnaires. Je ne parle pas de licencier, mais voir si on doit remplacer tous les départs à la retraite. On ne peut pas dire qu'on va investir sans rien faire sur les dépenses structurelles. Parfois, les socialistes parlent de l'un mais pas de l'autre.

Les phrases clés

  • "Avec les socialistes, on a confirmé qu'on travaillera jusqu'au bout ensemble. Mais il y aura encore des clashs."
  • "Quelqu'un de mon parti a proposé une rencontre à De Wever avant l'été, et j'ai pris contact avec des personnalités N-VA. Cela a été refusé catégoriquement."
  • "Notre objectif est d'arriver à un déficit de 3% environ en fin de la législature."
  • "À Bruxelles, il faut un effet-choc sinon tout le pays va en subir les conséquences."

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