En 2018, il y aura deux fois plus de diplômés en médecine

En 2018, les étudiants en médecine seront deux fois plus nombreux à sortir du 1er cycle des études. Et les perspectives s’annoncent bouchées. Le problème est double: l’incertitude pesant sur l’octroi des numéros Inami, et le manque de places de stage dans les hôpitaux.

En juin 2018, 1.861 étudiants francophones auront terminé leur premier cycle de formation en médecine (pré-spécialisation). C’est deux fois plus que les autres années, en raison de l’arrivée sur le "marché" d’une double promotion d’étudiants: ceux qui terminent leurs études en 7 ans, et ceux qui ont démarré le nouveau cursus en 6 ans suite au décret Bologne (c’était en 2011).

Cela va poser un sérieux problème dans les hôpitaux. Comment offrir une place de stage à tous ces jeunes qui pour beaucoup - voudront se lancer dans une spécialisation? La Commission de planification médicale évalue à 26% le nombre d’étudiants qui se destineront à la médecine générale: 490 étudiants devront trouver un maître de stage parmi les généralistes, 1.401 se destineront à une spécialisation, il leur faudra donc un stage en hôpital. Et ce n’est pas gagné.

1.061
Il devrait manquer 1.061 places de stages pour les étudiants francophones pour 2018.

D’après le rapport de la Commission de planification médicale, il manquera 1.061 places de stages pour les étudiants francophones pour 2018. "Les facultés de médecine ne peuvent accepter ce constat. Elles ont la volonté d’offrir une opportunité de formation à tous les étudiants en mobilisant tous les acteurs nécessaires", ont écrit les doyens des facultés de médecine de Louvain, Liège et Bruxelles dans une lettre ouverte aux ministres en charge de la santé. De leur côté, les étudiants en médecine ont manifesté hier devant le cabinet de Maggie De Block, la ministre fédérale de la Santé. 

Manque de vision?

Les doyens critiquent le manque d’anticipation de la part des politiques alors que ce problème est connu depuis 2011. Un manque d’anticipation qui s’est aussi ressenti, jugent-ils, dans l’absence de vision claire sur le filtre qui fallait imposer à l’entrée des études. Jusqu’à aujourd’hui, il y a eu des tentatives multiples pour limiter le nombre d’étudiants arrivant au bout du parcours. Filtre à la fin de la troisième année, puis à la fin de la première, tous invalidés suite à des recours déposés par les étudiants au Conseil d’état. Résultat, le véritable filtre se fait via le jury interuniversitaire qui délivre les attestations donnant accès aux numéros Inami. "C’est un gâchis inacceptable pour les étudiants qui ont investi en faisant de lourds sacrifices et qui sont arrêtés à mi-chemin dans leurs études", dit Dominique Vanpee, doyen de la fac de médecine de l’UCL.

300 millions €
Le coût estimé pour l’Inami de la gestion de cette double promotion d’étudiants en médecine qui entreront en stage est évalué à 300 millions d’euros.

Le nœud du problème, c’est le financement des places de stage. Le coût de la gestion de cette double cohorte pour l’Inami est estimé à 300 millions d’euros (sans les effets retour). "On aurait dû prévoir ce financement du côté de l’Inami, mais cela n’a pas été fait", déplore Dominique Vanpee.

Les économies de 900 millions d’euros imposées au secteur des soins de santé par le gouvernement fédéral pèsent aussi sur les finances des hôpitaux. Or, les médecins en stage sont payés, comme tout travailleur. Pour les généralistes, c’est pour moitié par l’Inami, le reste du salaire étant payé par le maître de stage. Pour les spécialistes, le coût est entièrement à charge de l’hôpital. Or, le coût patronal d’un médecin interne est évalué à 50.000 euros par an. Résultat, compte tenu du manque de moyens de beaucoup d’hôpitaux, les promesses d’ouverture de places de stage pour les candidats médecins sont gelées, nous rapporte-t-on…

Et les numéros Inami?

"C’est un gâchis inacceptable pour les étudiants qui ont investi en faisant de lourds sacrifices et qui sont arrêtés à mi-chemin dans leurs études."
dominique Vanpee
doyen de la faculté de médecine de l’ucl

Ce problème vient se coupler à l’absence de perspectives claires sur l’octroi des numéros Inami pour ces étudiants. En effet, la ministre de la Santé, Maggie De Block, n’a pas encore apporté sa réponse dans ce dossier, alors que le Parlement de la FWB a voté mercredi le décret instaurant un examen d’entrée en médecine. Au cabinet De Block, on sait le problème urgent, mais les blocages politiques dans ce dossier devenu communautaire restent nombreux. La N-VA estime qu’il n’y a pas de raison d’ouvrir les vannes des numéros Inami pour les francophones, alors qu’ils n’ont pas régulé, comme en Flandre, l’entrée des étudiants en médecine.

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