En Belgique, le niveau global de corruption a doublé en six ans

Les pratiques de corruption et de fraude continuent à se perpétuer dans le monde entrepreneurial. ©Photo News

Les pratiques corruptives et frauduleuses, un mal endémique dans le monde des entreprises ? La dernière enquête menée par le cabinet d’audit Ernst & Young (EY) semble le prouver. Le constat s’avère même sévère pour la Belgique.

En dépit des mesures et réglementations destinées à les freiner, la corruption et la fraude demeurent un problème persistant dans le secteur entrepreneurial à l’échelle mondiale. Un constat qui se vérifie aussi en Belgique où le niveau global de corruption aurait doublé en l’espace de six ans.

Les pots-de-vin, une pratique justifiable?

20%. C’est la proportion de cadres belges qui estime que les pratiques contraires à l’éthique sont particulièrement tenaces et présentes à grande échelle dans le monde des affaires. Sur ce point, la Belgique et l’Europe occidentale font mieux que la moyenne mondiale établie à 38%, minée par le niveau de corruption plus élevé dans les marchés émergents.

20%
Proportion de sondés belges confrontés à une situation de fraude ces deux dernières années.
Selon les résultats rapportés par l'enquête EY, 20% des cadres belges interrogés ont été confrontés à une situation de fraude au sein de leur entreprise. Le chiffre pour les cadres dans le monde est de 11%.

Selon Frederik Verhasselt, responsable du département Fraude chez Ernst & Young, "quand on regarde les chiffres globaux, la Belgique se trouve au même niveau que les autres pays européens."

En revanche, les résultats de l’EY Global Fraud Survey attestent qu’un cadre belge sur cinq a été confronté ces deux dernières années à des pratiques frauduleuses au sein de son entreprise. Sur les 55 pays étudiés, seuls l’Ukraine (36%) et le Kenya (26%) font moins bien que la Belgique. "Il y a une grande différence avec les pays développés, la Belgique se retrouve à la troisième place."

Un indicateur qui montre que les pratiques entrepreneuriales non-éthiques ont la peau dure sur notre sol. "Avec 20%, la Belgique se situe effectivement loin au-dessus de la moyenne (11%). Les pays développés et de l’Europe occidentale obtiennent un score moyen de 10%, soit la moitié de celui de notre pays."

"C'est assez choquant de voir que des cadres se disent prêts à donner de l'argent en cash pour gagner du business"
Frederik Verhasselt
Responsable du département Fraude chez Ernst & Young

Le tableau n’est pas plus rassurant si l’on se penche sur les propositions d’argent liquide. 12% des cadres belges estiment qu’il est possible de justifier le recours à ces pratiques si elles permettent d’aider leur entreprise à sortir d’un éventuel marasme économique.

"Ici également, ce chiffre est deux fois supérieur à celui de leurs collègues dans d’autres pays développés et d’Europe occidentale. C’est très étonnant, parce que le législateur belge met tout en œuvre pour éviter des paiements importants en liquide, afin de paralyser l’économie souterraine ", a commenté Frederik Verhasselt.

A l'échelle mondiale, 20% des moins de 35 ans n'exclut pas le versement de pots-de-vin pour remporter ou conserver des marchés. Tout âge confondu, le chiffre moyen est de 13%. Ce positionnement de la part des cadres est "assez choquant" puisqu'elle implique de "donner de l'argent en cash pour gagner du business."

Démontrer l’intégrité

Pouvoir montrer patte blanche et faire preuve d’intégrité demeure néanmoins important pour les entreprises. Les soupçons de fraude et de corruption sont à même de perturber leurs activités et d’avoir un impact négatif sur leurs résultats économiques.

"De plus en plus d'entreprises considèrent que faire un exemple clair peut doper la prévention des fraudes"
Frederik Verhasselt
Responsable du département Fraude chez Ernst & Young

Aussi, 96% des sondés en Belgique estiment-ils que les entreprises doivent être en mesure de prouver leur intégrité dans les affaires. "Les cadres belges considèrent la fraude et la corruption comme un risque considérable pour leurs activités, au même titre que les cyberattaques, une modification de la réglementation et des évolutions macro-économiques ", a avancé Frederik Verhasselt.

"Les Belges interrogés se situent dès lors au même niveau que les cadres des pays développés. Notons toutefois une différence de taille: le risque lié au terrorisme a été estimé par les cadres belges comme étant deux fois plus important que la moyenne de toutes les personnes interrogées. Ce résultat est sans doute lié au fait que les attentats de Bruxelles sont encore bien présents dans les mémoires."

Par ailleurs, 70% des cadres belges considèrent que la prévention des fraudes au sein de leur entreprise est garantie par des sanctions claires pour toute infraction à la politique en matière de fraude.

"Il y a une tendance globale vers beaucoup plus de lois (...) mais elles n'ont pas d'impact sur l'amplitude de la corruption"
Frederik Verhasselt
Responsable du département Fraude chez Ernst & Young

Mais est-ce efficace ? Selon l’enquête, seuls 54% sont effectivement sanctionnés. " Ce chiffre plus faible n’est pas illogique. Les entreprises préfèrent taire des cas de fraude, même si l’on constate un revirement à ce niveau. De plus en plus d’entreprises sont persuadées que faire un exemple clair peut doper la prévention des fraudes "

Au-delà de ces chiffres, il est nécessaire de s'interroger sur l'efficacité des dispositifs mis en place pour lutter contre la corruption et les fraudes. En dépit d'amendes exorbitantes infligées aux entreprises, les pratiques contraires à l'éthique se perpétuent. "Il y a une tendance globale vers beaucoup plus de lois (...) mais elles n'ont pas d'impact sur l'amplitude de la corruption", a expliqué Frederik Verhasselt.


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