En coma artificiel, l'économie belge se porte moins mal que prévu

Pierre Wunsch: "Sans l'intervention massive des autorités, on aurait pris rendez-vous avec une crise comme celle des années 30." ©Photo News

Selon la Banque nationale de Belgique, l’activité économique devrait reculer de 6,7% cette année. C'est énorme, mais moins grave que prévu.

L’incertitude face à la deuxième vague de coronavirus reste élevée, oui, mais "l'impact structurel de la crise est moins lourd que lors du premier confinement", constate Pierre Wunsch, le gouverneur de la Banque nationale. Il commentait ce lundi les prévisions économiques actualisées de la BNB.

La banque centrale estime désormais la baisse du produit intérieur brut (PIB) belge à -6,7% pour l’année 2020. "C’est du jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale, mais c’est moins mauvais que nos prévisions précédentes, qui situaient la baisse d’activité à -9%, voire même -11% dans ces certains scénarios."

"Je ne plaide pas pour un retrait rapide des mesures de soutien, mais on doit aller vers la vérité des chiffres."
Pierre Wunsch
Gouverneur de la Banque nationale

L'évolution trimestrielle est, elle aussi, une histoire de vagues: un premier creux au 1er trimestre (-3,4%) avec le début du premier confinement, le grand plongeon au 2e trimestre (-11,8%), un rebond tout aussi net au 3e trimestre (+11,4%) et enfin un nouveau coup de mou estimé pour le 4e trimestre (-1,5%), marqué par le deuxième confinement. Cette dernière estimation est à confirmer ultérieurement bien sûr, puisque l’on est encore en plein dedans. Dans l'hypothèse d'une sortie crise sanitaire au cours de l'année prochaine, la BNB table sur une croissance de +3,5% en 2021 et +3,1% en 2022. C'est donc un peu plus tôt que prévu, mi-2022, qu'on retrouverait le niveau d'activité d'avant-crise.

Au total donc, moins de casse que prévu. "C’est lié à la très bonne gestion de la part des autorités", insiste Pierre Wunsch. "Sans leurs interventions massives, on aurait pris rendez-vous avec une crise comme celle des années 30. Grâce à elles, cette crise n’est pas pire que des récessions comme celle du choc pétrolier ou celle de la crise financière de 2008."

-100.000
l'impact de la crise sur l'emploi belge
La crise du coronavirus devrait supprimer quelque 100.000 emplois en Belgique entre début 2020 et l'automne 2021, selon les calculs de la BNB.

L’autre motif de satisfaction relative de la part du banquier central est à situer du côté de l’emploi. Certes, la crise devrait entraîner la suppression de quelque 100.000 emplois en Belgique et le chômage se rapprochera des 8% au 3e trimestre 2021, mais il devrait repasser sous les 7% dès l’année suivante, sans toutefois le niveau d'avant-crise (5,4%). "L’emploi diminue fortement à court terme, mais les dégâts restent relativement limités par rapport au choc sur le PIB", retient la BNB.

Attention à la sortie de coma

Encore qu'ici, la prudence s’impose. Avec toutes les mesures de soutien en vigueur, "l’économie belge est en coma artificiel", prévient Geert Langenus, macroéconomiste à la BNB. "On connaîtra les dégâts réels quand le patient sortira du coma."

+22 milliards €
L'épargne supplémentaire
Les ménages belges ont épargné 22 milliards d'euros de plus en 2020, le confinement bridant leurs habitudes de consommation.

Comme depuis le début de la crise, Pierre Wunsch plaide pour des "mesures temporaires et ciblées, limitées aux entreprises saines et aux groupes vulnérables". "Je ne plaide pas pour un retrait rapide des mesures de soutien, mais on doit aller vers la vérité des chiffres". Et d'ajouter, pour tempérer: "mieux vaut en faire un peu trop et un peu trop longtemps, plutôt que trop peu et trop peu longtemps".

La BNB relève aussi que c’est la consommation privée qui tirera la reprise. Elle a été bridée pendant les confinements, gonflant de 22 milliards d’euros supplémentaires l'épargne des Belges cette année. En revanche, les investissements des entreprises reprendront plus lentement, car elles attendront que l'incertitude diminue et que la poussière retombe.

Déficit public "insoutenable"

Le gros point noir, vu depuis la banque centrale, c'est l'état des finances publiques. Les derniers calculs de la BNB situent le déficit public à 10,6% du PIB en 2020 et, "plus important encore, il demeurerait structurellement élevé par la suite, affichant un niveau plus de deux fois supérieur à celui qui aurait été atteint sans la crise". Le solde budgétaire serait encore de -5,7% en 2022, quand le taux d'endettement passerait à 120,4% du PIB en 2023. Avant la crise, on était sous les 100%.

"Ce n'est pas tant une relance keynésienne qu'il faut à l'économie belge qu'un plan de transition intelligent."
Pierre Wunsch

"Intenable", appuie le gouverneur. Or, "ce qui n'est pas tenable ne doit pas durer. La situation budgétaire exigera une trajectoire crédible pour assainir progressivement les finances publiques. Si on ne fait rien et qu'un nouveau choc survient, on sera alors obligés de prendre des mesures brutales comme l'Espagne par exemple a dû le faire" en 2008-2012, avec la crise bancaire puis celle de l'euro.

Vu l'épargne importante des ménages pendant la crise et vu le niveau du déficit public, "ce n'est pas tant une relance keynésienne qu'il faut à l'économie belge qu'un plan de transition intelligent, qui rende notre économie plus résiliente et plus compatible avec les défis climatiques", glisse, en conclusion, le banquier central.

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