Environ 10.000 lits vides dans les maisons de repos francophones

©RV DOC

Le secteur des maisons de repos s'inquiète de la baisse tangible du taux d'occupation de ses lits. Dans la partie francophone du pays, au moins 9.000 d'entre eux seraient aujourd'hui inoccupés.

Près de 5.000 décès, c'est à ce jour le triste bilan de l'épidémie de Covid-19 dans les maisons de repos du Royaume. Rappelons-le: ces chiffres reprennent les cas confirmés, mais aussi les cas suspects. La hausse de la mortalité dans ces établissements est toutefois indéniable. Conjuguée à des arrivées de nouveaux résidents en chute libre, elle pèse lourdement sur les finances de certaines maisons.

Une baisse de 5 à 10% du taux d'occupation

"Nous n'avons pas de statistiques précises pour l'instant, mais la baisse du taux d'occupation des lits, tous secteurs confondus, se situe probablement entre 5 et 10% à Bruxelles et en Wallonie, avec certains établissements particulièrement touchés", nous explique Vincent Fredericq, secrétaire général de Femarbel, la plus importante fédération sectorielle des acteurs commerciaux francophones.

Conseiller expert à la Fédération des CPAS, Jean-Marc Rombeaux évalue, pour sa part, une chute du taux d'occupation de l'ordre de 10%.

"La baisse du taux d'occupation des lits, tous secteurs confondus, se situe probablement entre 5 et 10% à Bruxelles et en Wallonie."
Vincent Fredericq
Secrétaire général de Femarbel

Sortons notre calculatrice et tentons d'objectiver ces pourcentages. Au total, la Wallonie compte un peu plus de 50.000 lits disponibles en maison de repos. En juin 2019, pas moins de 46.600 d'entre eux étaient occupés, soit environ 94%. À Bruxelles, quasi 13.000 lits sur 15.600 avaient trouvé preneurs, ce qui représente un taux d'occupation avoisinant 84%.  

En se fiant à l'estimation de Fermarbel, on peut considérer que 3.000 à 6.000 lits de moins sont aujourd'hui occupés. Sur les quelque 65.600 lits disponibles dans la partie francophone du pays, entre 9.000 et 12.000 seraient donc vacants

Les décès dus au Covid-19, des refus d'hospitalisation au pic de la crise, les décès "habituels" et les entrées extrêmement réduites expliquent principalement cette baisse, selon Vincent Fredericq.

Bien que certaines personnes aient aussi choisi de retirer volontairement leurs proches des maisons de repos, ce phénomène serait resté très limité, nous assure-t-on.

Entrées en berne

Interrogés par nos soins quant à leur taux d'occupation, les grands acteurs du secteur privé préfèrent rester discrets, environnement concurrentiel oblige. Pour autant, on ne nie pas l'évidence. "Il est clair qu'il y a eu plus de décès de résidents et qu'en trouver de nouveaux est plus complexe. Des personnes veulent évidemment encore entrer en maison de repos, mais elles se posent beaucoup plus de questions", reconnaît par exemple Jannes Verheyen, responsable communication du groupe Armonea, qui dispose de 85 établissements en Belgique.

"Des personnes veulent évidemment encore entrer en maison de repos, mais elles se posent beaucoup plus de questions."
Jannes Verheyen
Responsable communication du groupe Armonea

"Dans les circonstances actuelles, ça ne se presse vraiment pas au portillon", résume Vincent Fredericq. Or, de nouvelles entrées seraient plus que nécessaires, sans quoi la stabilité financière de certains établissements en pâtira.

Schématisons: le chiffre d'affaires des maisons de repos repose sur deux volets. D'une part, le financement public des soins, autrement dit les forfaits par lit occupé, et de l'autre, les rentrées liées au prix de l'hébergement, à la charge des résidents.

Si des aides régionales ont été prévues pour limiter la perte en matière de financement des soins et couvrir les coûts exceptionnels liés à l'épidémie, aucune mesure n'est aujourd'hui d'application pour compenser la chute des revenus d'hébergement. Par ailleurs, les aides, tant wallonnes que bruxelloises, ne vont pour l'instant pas au-delà du troisième trimestre 2020. Si la sous-occupation persiste, il faudra envisager de les prolonger ou d'en élaborer d'autres, estiment la plupart de nos interlocuteurs.

Faillites et licenciements

Et si ces aides ne suffisent pas? Augmenter les prix de l'hébergement n'étant pas possible sans un accord de l'autorité de tutelle, les maisons de repos les plus touchées, "avec jusqu'à 25 à 30% de lits vides", risquent de devoir compenser leurs pertes en limitant leurs frais. Dans ces conditions, des licenciements de personnel ne sont pas exclus, ce que "personne ne souhaite", assure le secrétaire général de Femarbel. Autre menace: des faillites. "J'ignore s'il y en aura, mais il est clair que les marges de manoeuvre sont fort limitées", ajoute notre interlocuteur.

Pour Jean-Marc Rombeaux, ce sont surtout de petites structures, déjà en difficulté avant la crise, qui risquent de ne pas parvenir à garder la tête hors de l'eau. "Je pense, par contre, que les grands groupes disposent de la trésorerie pour faire face."

Quoi qu'il en soit, le tableau global reste assez sombre pour ce secteur, aujourd'hui aux prises avec un rebond de l'épidémie. "Les mois à venir seront déterminants", conclut Vincent Fredericq.

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