Envol de l'investissement US en Belgique

Le nouveau centre de distribution Dow Corning à Feluy ©RV DOC

Les investissements directs américains en Belgique ont bondi de 1307% au premier semestre. Mais notre pays reste à la traîne de ses voisins.

Les nouvelles sont bonnes: les investissements directs américains en Belgique ont bondi de 1.307% au premier semestre par rapport aux premiers six mois de 2009 pour passer à 7,2 milliards d’USD, soit plus que les 5 milliards d’USD enregistrés sur l’ensemble de l’année dernière. Si ces chiffres ne sont qu’une première estimation, la tendance est là. "Sauf grosse correction, l’année 2010 s’annonce d’ores et déjà bien meilleure que 2009", s'est félicité Scott Beardsley, président de la Chambre américaine de commerce en Belgique (AmCham) lors de la présentation de son rapport annuel sur les investissements directs US dans notre pays.

L’excellente performance du premier semestre fait suite à de très mauvais chiffres en 2009. Les investissements US avaient alors chuté de 84% en Belgique, contre une baisse de 51% en Europe. La hausse du premier semestre 2010 est par ailleurs le fait d’entreprises déjà présentes chez nous. Et qui continuent à élargir leur assise belge comme l’indiquent les annonces faites par Johnson & Johnson (49 millions d’euros investis dans un centre de distribution à La Louvière) et Dow Corning (45 millions d’USD investis dans un centre de distribution à Feluy et 13 millions d’USD dans un bâtiment de R&D à Seneffe).

On peut faire mieux

Même si ces nouveaux projets ont été annoncés par des entreprises pharmaceutiques et chimiques, c’est dans le secteur tertiaire que les investissements américains se concentrent en Belgique. En 2009, le stocks d’investissements américains (soit la valeur totale des avoirs des entreprises US) s’élevait à 43 milliards d’USD dans les services et à 26 milliards dans le secteur manufacturier. Notre pays pourrait faire mieux toutefois. On voit ainsi que si l’emploi a bondi de 81% dans les filiales d’entreprises de services américaines au niveau mondial entre 1998 et 2008, il n’a en effet augmenté que de 45% en Belgique.

Et la Belgique continue à attirer globalement moins d’investissements américains que ses voisins. Pour Leo Sleuwaegen, professeur d’économie à la Vlerick Management School et responsable de la réalisation du rapport de l’AmCham sur les investissements US, cela s’explique par un climat d’affaires peu concurrentiel dans notre pays. "Le niveau des impôts est trop élevé et le marché du travail pas assez flexible", explique le professeur.

"Nous devrions augmenter nos compétences dans les services et changer la culture de nos entreprises qui continuent à vouloir faire tout elles-même au lieu de faire appel à des services externes comme le font nos voisins néerlandais", estime de son côté Marcel Claes, Chief Executif d’AmCham. Puis, en Belgique les investissements dans les services sont largement financiers, et donc peu producteurs d’emplois.

Blocages politiques

Autre facteur freinant les investissements US et la création d’emplois en Belgique: les blocages politiques des dernières années. "Ces incertitudes politiques rendent les décisions d’investissements plus difficiles, surtout pour les entreprises qui ne sont pas encore ici et ne connaissent donc pas notre pays", juge en effet Marcel Claes. Pour lui, c’est clair, les blocages politiques empêchent la Belgique de travailler à sa compétitivité. Ludo Deklerk, membre du directoire de l’AmCham, relativise. "La stabilité politique est importante, mais ce qui compte le plus pour les investisseurs, c’est la stabilité des législations nationales, notamment en matière fiscale, et le coût du travail", estime cet avocat. "Les entreprises font des plans d’investissements à 5 ou 10 ans. Si les règles nationales changent en cours de route, elles n’ont plus un dossier solide", ajoute Beardsley. Or, la Belgique serait championne en matière de "stop and go", lançant un jour des mesures incitatives pour les abandonner le lendemain, au motif qu’elles coûtent trop cher à la collectivité, regrette l’AmCham, les yeux braqués sur les intérêts notionnels dont l’avenir reste incertain.

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