interview

Erika Vlieghe: "J'étais sur le point de demander que tous les 'experts' se taisent"

Erika Vlieghe comprend que tout le monde en ait marre, mais assouplir les mesures aujourd'hui serait une erreur. ©BELGAIMAGE

Erika Vlieghe, chef de service des maladies infectieuses de l'Université d’Anvers, est depuis plus d'un an à la pointe de la lutte contre le coronavirus. Rencontre avec une scientifique qui n'est pas du genre à mâcher ses mots.

"Pour une infectiologue, une telle pandémie est bien entendu fascinante à étudier, mais lorsque vous vous trouvez en plein milieu de la crise, vous avez surtout envie qu'elle s’arrête", explique la chef de service des maladies infectieuses de l'Université d’Anvers, désormais un visage connu en Belgique parmi les virologues.

Avec Pedro Facon, à l'époque haut fonctionnaire du SPF Santé publique et aujourd'hui commissaire Covid, Erika Vlieghe a essayé pendant la première vague d'éviter que les hôpitaux ne se retrouvent surchargés. "Nous étions débordés et nous avions le sentiment d'être seuls pour écoper l'eau d'un gigantesque tanker au milieu d'une tempête." Erika Vlieghe a ensuite pris la tête du groupe d'experts GEES, chargé d'élaborer la stratégie de déconfinement pour l'été. Sophie Wilmès (MR) – alors encore Première Ministre – lui a demandé après l'été de reprendre les rênes du GEMS, aujourd'hui le plus important organe consultatif du gouvernement en matière de lutte contre le coronavirus. Elle est également attachée au comité Covid de Pedro Facon.

"Nous donnons des conseils scientifiques. Les politiciens ne sont pas obligés de les suivre. Ils décident. C'est pour cela qu'ils ont été élus."

Assise derrière son ordinateur dans une petite pièce de sa maison, Erika Vlieghe souhaite mettre les points sur les i concernant les tensions entre le monde politique et les experts. Lors de l'entrée en fonction du gouvernement De Croo, ces difficultés semblaient faire partie du passé. Mais ces dernières semaines, d'autres tensions sont apparues. Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a déterré la hache de guerre lorsque le virologue Marc Van Ranst a rejeté les perspectives de réouverture données aux coiffeurs. "Si vous voulez faire de la politique, vous devez vous lancer en politique", a rétorqué le libéral. Même le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) s'est énervé, à cause de ses mises en garde permanentes contre l'arrivée probable d'une troisième vague.

Erika Vlieghe: "Je comprends l'agacement, car tout le monde est au bout du rouleau et commence à se plaindre des autres. Mais j'aimerais brosser un tableau plus large. Avec le GEMS, nous donnons des conseils scientifiques. Ils sont élaborés par des experts de différents domaines et des représentants des différents pouvoirs. Ce n'est que lorsqu'il y a consensus que ces conseils sont rendus publics. Mais cela reste des conseils. Les politiciens ne sont pas obligés de les suivre. Ils décident. C'est pour cela qu'ils ont été élus."

"Les experts n'ont aucune intention de prendre le contrôle du pays et ils ne le pourraient pas. Nous ne sommes pas des élus."

Lorsque le gouvernement ne suit pas les experts, il y a généralement une offensive médiatique jusqu'à ce que les politiciens changent d'avis. Certains estiment que les virologues ont pris le contrôle du pays. Car les politiciens ont-ils un autre choix que de suivre les conseils des experts?

Les experts n'ont aucune intention de prendre le contrôle du pays et ils ne le pourraient pas. Nous ne sommes pas des élus. Les politiciens ont le droit de prendre d'autres décisions, mais nous sommes aussi des citoyens libres et nous avons le droit de ne pas être d’accord. Par ailleurs, si nous ne sommes pas obligés de défendre leurs décisions, nous ne devons pas non plus systématiquement les dénoncer. La presse a cependant pris l'habitude, lorsque le monde politique prend une décision, de s'adresser immédiatement aux experts pour connaître leur avis. J'entends souvent les journalistes poser la question: est-ce une sage décision? En tant qu'experts, nous devons apprendre à répondre avec prudence. Ce n'est pas parce que la stratégie décidée ne correspond pas à nos conseils qu'elle est nécessairement mauvaise. Peut-être devrions-nous plus souvent refuser de répondre aux questions lorsqu'elles portent sur des décisions politiques.

Bouchez s'est mis en colère parce que Marc Van Ranst a déclaré qu’il n'y avait aucune perspective pour les coiffeurs. Faut-il conclure qu'un expert ne devrait jamais faire ce genre de déclaration?

En théorie, il est facile de déterminer ce que l'on peut ou ne peut pas dire, mais dans la pratique, les choses sont différentes. Il s'agira toujours d'un exercice d'équilibre, car en tant qu'experts, nous souhaitons surtout signaler les dangers et donner une vue d'ensemble de la situation. C'est aussi le cas lorsque nous élaborons nos conseils et c'est pourquoi je trouve important qu'ils soient publiés en toute transparence. Mais au final, c'est au monde politique de trancher, et lorsqu'il prend une décision, nous devons la respecter. Que ça nous plaise ou non.

Dans le passé, nous avons rencontré des cas où les politiciens ne défendaient ni n'expliquaient clairement leurs décisions. L'été dernier, en tant que présidente du GEES, j'étais régulièrement impliquée dans les décisions politiques. Mais ensuite, personne n'était disponible pour donner des explications. J'ai alors clairement fait savoir que je ne serai pas seule à parler et que je me limiterai à commenter nos recommandations. Mais je remarque aujourd’hui que la répartition des tâches s'est améliorée.

"Cela fait maintenant plus d'un an que je travaille à temps plein pour le gouvernement, et je n’ai pas reçu un seul euro pour mon travail."

Pour revenir à Bouchez: il estime que les virologues qui sont payés comme conseillers devraient également défendre la stratégie choisie.

Cela fait maintenant plus d'un an que je travaille à temps plein pour le gouvernement, et je n’ai pas reçu un seul euro pour mon travail. Je n'ai pas dû me serrer la ceinture, car mon employeur continue à payer mon salaire. Mais il ne me paie pas pour travailler pour le gouvernement. Bien entendu, en période de crise, tout est possible. Et c'est aussi un honneur de pouvoir le faire. Mais je dois aussi continuer à voir mes patients, faire des consultations, enseigner, faire passer des examens et faire de la recherche. Et il n'y a que 24 heures dans une journée. Pour que tout soit correctement organisé, il faudrait que d'autres personnes remplacent temporairement les experts auprès de leur employeur habituel. Sinon, il faudrait prévoir une compensation.

Nous avons évoqué cette éventuelle compensation avec Sophie Wilmès, lorsqu'elle était Première ministre. Les montants envisagés n'étaient pas gigantesques – moins élevés que la facture d'un plombier pour une réparation. Au final, rien n'a été décidé. Et honnêtement, si cela crée autant d'agitation, je préfère m'en passer. En tant que scientifiques, nous avons un cadre déontologique: evidence-based, avec du respect pour la contribution de chaque spécialiste autour de la table. Nous n'allons pas jeter ce cadre par-dessus bord. S'il y avait le moindre doute que cet argent puisse influencer notre attitude en tant qu'experts, alors il vaut mieux ne pas nous dédommager.

"Nous partageons sur 'virologues-Whatsapp' les nouveaux articles et les dernières découvertes scientifiques et nous en discutons. Ce sont des discussions utiles qui nous préparent au débat scientifique. Elles nous aident à suivre une certaine ligne."

Pouvons-nous parler des célèbres "virologues-Whatsapp", dont Marc Van Ranst et vous-même faites partie, et sur lesquels les histoires les plus folles circulent? Le pays est-il dirigé à partir de ce groupe?

Je remarque que les idées à propos de ce groupe ont pris des formes assez mythiques. Ne vous inquiétez pas, nous ne préparons pas un coup d'État. Nous y partageons les nouveaux articles et les dernières découvertes scientifiques et nous en discutons. Ce sont des discussions utiles qui nous préparent au débat scientifique. Elles nous aident à suivre une certaine ligne. Chacun a son opinion, mais nous cherchons avant tout un consensus et ce n'est pas toujours possible. Par exemple, certains pensent que nous devrions mettre davantage en garde contre le variant britannique.

Si je comprends bien, il s’agit d'un instrument pour parler d'une seule voix dans les médias? Cela n'a pas vraiment réussi ces dernières semaines, au vu de tous les messages contradictoires sur le renforcement des mesures.

Puis-je vous parler franchement? (silence) J’espère que février sera un mois plus serein que janvier. J'ai été très agacée par de nombreux messages et opinions venant de tous les côtés. À un moment donné, j'étais sur le point de demander publiquement que tout le monde se taise. J'ai même envisagé de le faire imprimer sur mon pull.

Finalement, tout le monde obtient le label d'expert et chaque jour, on voit un autre "expert" donner son avis. Pour l'un, il faut fermer les écoles, pour un autre, elles auraient dû être fermées depuis longtemps, et ils utilisent en permanence des termes dramatiques et péjoratifs. Il y a peu de nuances, car certains de ces ‘experts’ ne s'embarrassent pas des connaissances de base. Le débat fuse dans toutes les directions, ce qui provoque beaucoup d'inquiétude au sein de la population.

N'est-il pas logique que les médias posent des questions, par exemple sur le lent démarrage de la campagne de vaccination?

Bien entendu, c'est le rôle des médias de tout passer au crible. J'ai travaillé au Cambodge pendant tout un temps, et je sais à quel point la liberté de la presse et la liberté d'expression sont importantes. Mais cela va parfois trop loin. Prenez les chamailleries à propos de la campagne de vaccination. On entend dire que ce sont des empotés qui s'en occupent. J'ai même lu dans un éditorial que Dirk Ramaekers (le président de la task force vaccination, NDLR) ‘aurait lui-même besoin d'une solide piqûre pour qu'il comprenne qu'il y a urgence’. Personnellement, j’ai trouvé cela très dur. Nous avons bien entendu envie que les choses avancent aussi vite que possible. Ce sont des mois difficiles, et il est permis de se plaindre. Mais la presse pourrait parfois aussi se remettre en question. Je suppose tout de même que votre objectif n'est pas de rendre les choses encore plus difficiles?

"La majeure partie de la population a respecté les règles. Deux mille trois cents infections par jour, c'est encore trop, mais les efforts ont porté leurs fruits."

Le problème est que la Belgique ne s'en sort pas bien et ce, dans de nombreux domaines.

Prenons les faits: alors que de nombreux pays européens ont été confrontés à une résurgence du virus après les fêtes de fin d’année, le nombre de contaminations est resté relativement faible dans notre pays. La majeure partie de la population a respecté les règles. Deux mille trois cents infections par jour, c'est encore trop, mais les efforts ont porté leurs fruits. Et il n'est pas interdit de le dire. Les choses sont-elles parfaites? Non. Pouvons-nous faire mieux? Certainement. Mais nous en sommes là grâce à des mesures strictes et au bon respect de ces mesures. Si vous ne faites qu'insister sur ce qui va mal, et vous plaindre que le gouvernement ne fait rien, vous ne faites qu'attiser les frustrations de la population et alimenter le sentiment antipolitique. C'est pourquoi je vous dis: soyez durs et critiques lorsqu'il le faut, mais parlez aussi de ce qui fonctionne bien.

La stratégie actuelle est-elle meilleure que celle qui fut adoptée pendant la première vague et pendant l'été?

En ce moment, nous contrôlons un peu mieux la situation. Mais cela fait déjà un an que nous luttons contre ce virus. Nous profitons des structures mises en place et des enseignements que nous avons tirés. Toute cette pandémie se caractérise par des avancées progressives. Tout le monde, y compris les experts, a été surpris. Lors de la première vague, nous avons souvent dû improviser et tout le monde n'était pas doué pour faire face à une telle situation, ce qui a provoqué quelques irritations.

Je trouve que c'est un euphémisme de parler d'irritation. En juillet, après une prise de bec avec le Ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) – qui a déclaré que vous défendiez le maintien de la bulle de 15 personnes – vous avez failli démissionner.

Il y a eu bien d'autres moments où j'ai pensé: fuck, j’arrête tout. Mais jusqu'à présent, j’ai tenu bon. Après cet incident, je suis allée me promener en forêt pendant une semaine et cela m'a fait du bien. La situation actuelle est totalement différente. Les structures sont meilleures, même si tout est encore loin d’être parfait. Mais nous pouvons dire que le dialogue avec les décideurs politiques a changé.

Pouvez-vous expliquer pourquoi la Belgique a été deux fois plus touchée que les autres, y compris par comparaison avec les pays voisins?

Je continue à douter que la situation en Belgique ait été plus grave que chez nos voisins. En particulier si nous nous comparons avec les Pays-Bas où la différence, selon moi, se situe surtout au niveau de l'enregistrement des données. Si l'on compare la surmortalité aux Pays-Bas avec celle de notre pays, les chiffres sont étonnamment similaires.

Même alors, pratiquement aucun autre pays n'a enregistré autant de morts qu'en Belgique. Comment l'expliquez-vous?

Pendant la première vague, nous n'avons compris qu'à moitié ce qui se passait, et tout le monde était sur le pont. Lorsque la situation a semblé sous contrôle dans les hôpitaux, nous avons été confrontés à un taux élevé de mortalité dans les établissements de repos et de soins. Cela me laisse un goût amer, parce que j'ai souvent – ainsi que d’autres – demandé comment les choses se passaient dans ces maisons de repos et si nous pouvions faire plus. Que cela n'ait pas été fait n'était pas de la mauvaise volonté, mais la conséquence du chaos et du manque de personnel. J'ai dit en commission parlementaire ce que j'avais à dire à ce propos.

La deuxième vague est différente, car nous l'avons vue venir de loin, et nous avons mis le gouvernement en garde à plusieurs reprises. Si nous avions pris des mesures fin septembre et non pas fin octobre, nous aurions pu éviter le pire. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire, ne fût-ce que parce qu'à ce moment-là, un nouveau gouvernement a été mis en place. Je me garderai bien de critiquer telle ou telle personne, mais il est clair que nous avons laissé cette vague aller trop loin.

"La particularité de cette épidémie est précisément qu'il faut tirer la sonnette d'alarme lorsque les chiffres sont encore bas."

Pendant tout l'été, il y a eu des mises en garde contre la deuxième vague, comme c'est le cas aujourd'hui pour la troisième vague. Á la longue, les gens n'y croient plus…

Cette discussion sur la troisième vague m'agace. L'un dit qu'elle arrive, un autre prétend qu'elle est inévitable, et un troisième clame que nous sommes au milieu de cette vague. Les scientifiques doivent signaler les dangers. Pendant l'été, nous avons dit que nous étions inquiets de la situation à Anvers, parce que le nombre de contaminations commençait à augmenter sensiblement. On nous a ensuite reproché d'avoir paniqué, parce que la situation est restée relativement calme dans les hôpitaux. Mais la particularité de cette épidémie est précisément qu'il faut tirer la sonnette d'alarme lorsque les chiffres sont encore bas. Si vous ne faites rien, vous risquez d'arriver trop tard, et c'est ce qui s'est finalement passé.

"En tant que médecin, je dis qu'il existe un risque de troisième vague et qu'il vaut donc mieux ne pas relâcher les mesures. Continuons nos efforts."

C’est pour les mêmes raisons que les chiffres nous préoccupent aujourd'hui. Mais cela n'a aucun sens de paniquer à propos d'une troisième vague, sans dire ce que nous pouvons faire pour l'éviter. En tant que médecin, je dis qu'il existe un risque de troisième vague et qu'il vaut donc mieux ne pas relâcher les mesures. Continuons nos efforts: pas de fêtes, pas de voyages à l'étranger, respect des règles en matière de télétravail, etc. Si nous suivons ces règles, nous pourrons éviter une troisième vague. Ces messages ont beaucoup plus d'impact que de crier que la fin du monde est proche.

Devons-nous, pour l'instant, oublier toute forme d’assouplissement?

L'enregistrement actuel de plus de 2.000 contaminations par jour est en partie dû au fait que les écoles sont toujours ouvertes, et que les activités extrascolaires ont continué – ce que nous avons voulu –, au retour de voyageurs de l'étranger, aux contaminations sur le lieu de travail et aux contacts au sein de la famille. Mais le plateau où nous nous trouvons aujourd'hui ne doit pas rester un plateau. Même avec le variant britannique, qui est plus contagieux. Si nous sommes plus nombreux à mieux respecter les règles, avec des mesures encore plus ciblées et un meilleur suivi des contacts, nous pourrions obtenir de bons résultats. En particulier parce que de plus en plus de personnes seront vaccinées et que les conditions climatiques devraient s'améliorer à partir de mars. Pour toutes ces raisons, il est difficile de prédire ce qui sera possible et quand.

Faut-il conclure que vous ne pouvez donner aucune perspective?

Il est clair que les mois à venir ne seront pas faciles. Peut-être la situation va-t-elle encore légèrement empirer avant de s'améliorer, mais espérons que ce ne sera pas le cas. Au lieu de donner une date, je préfère travailler par étapes. Lorsque tous les résidents des maisons de repos auront reçu deux doses de vaccin d'ici mi-février, nous pourrons être fiers. Idem lorsque tous les travailleurs des soins de santé seront vaccinés. Cela ne nous permettra peut-être pas d'éviter une troisième vague, mais cela pourra nous aider à éviter que notre système de soins de santé ne se retrouve à nouveau sous pression. Un troisième jalon sera le moment où tous les citoyens de plus de 65 ans auront été vaccinés, parce qu'à ce moment-là, nous aurons davantage de possibilités d'assouplissement des mesures.

"Lorsque les plus de 65 ans seront vaccinés, le système sera moins sous pression. Mais nous devrons continuer à rouler avec le pied sur le frein."

Est-ce vraiment le cas? Le célèbre virologue allemand Christian Drosten craint, entre autres, que lorsque les plus de 65 ans auront été vaccinés, tous les freins soient relâchés et que le virus puisse massivement circuler parmi les jeunes et fasse beaucoup de malades et de morts.

Lorsque les plus de 65 ans seront vaccinés, le système sera moins sous pression. Mais nous devrons continuer à rouler avec le pied sur le frein. La tranche d'âge entre 30 et 65 ans est également vulnérable au virus. Beaucoup ne s'en rendent pas compte. Un homme de 55 ans en surpoids et souffrant de prédiabète ne sera pas étiqueté comme personne vulnérable, et n'obtiendra pas le droit de se faire vacciner en priorité. Mais cet homme court cependant le risque d'être gravement touché. Si vous levez trop tôt trop de règles, vous risquez de causer des problèmes. C'est pourquoi nous devrons bien expliquer pourquoi nous allègerons les règles par étapes, sans tout jeter immédiatement par-dessus bord.

Chacun veut bien entendu savoir où il en est. Les cafés et les restaurants souhaitent rouvrir et les festivals veulent savoir s'ils pourront avoir lieu cet été.

La demande des organisateurs de festivals est compréhensible. Mais nous devrons penser davantage en nuance et par étapes intermédiaires. Commençons par expliquer clairement à quoi ressembleront les prochains mois, et dans quelle phase ce sera possible. Concrètement, je ne peux pas encore le dire, car nous sommes en train d'en discuter. Je pense que les gens sont conscients que nous ne pouvons pas tout rouvrir en même temps. Mais ces modèles intermédiaires peuvent aussi être intéressants. Ce n'est pas parce que Tomorrowland pourrait ne pas avoir lieu que cela ne peut pas être amusant.

En dehors des festivaliers et des personnes qui aiment les évènements, l'été dernier fut plutôt normal…

Je suis contente de vous l'entendre dire, car j'ai lu la semaine dernière que si l'été prochain est une aussi grande prison que l'an dernier, il y aura des accidents. Ce n'est tout simplement pas correct. L'horeca était ouvert, les gens pouvaient voyager et les petits évènements ont pu être organisés. Non, ce ne fut pas un été normal et l'été prochain ne sera pas non plus tout à fait normal, mais j'espère qu'il sera au moins comme celui de l'an dernier. Grâce aux vaccins, nous voyons le bout du tunnel. Nous devons nous entraider pour y arriver. Il est possible que nous trébuchions en cours de route, mais nous y arriverons.

"Il n’y aura pas vraiment de moment où nous dirons: ça y est, nous y sommes. Cela se fera progressivement."

Quand retrouverons-nous notre liberté?

Il n’y aura pas vraiment de moment où nous dirons: ça y est, nous y sommes. Cela se fera progressivement. En 2014, l'épidémie d’Ebola en Afrique de l'Ouest a duré très longtemps. La queue du dragon – comme nous l'appelons – donnait l’impression que l’épidémie ne disparaîtrait pas. Pourtant, en coulisses, tout le monde s'est occupé d'autres choses et en juillet 2016, l’OMS a déclaré que l'épidémie était terminée. Ce fut presque un non-événement. Le coronavirus ne disparaîtra pas, mais son impact sur la société sera complètement différent. Espérons qu'il devienne une sorte de grippe, qui continuera hélas à faire des victimes, mais en nombre plus limité.

"Cette crise a pris le dessus sur ma vie. Tout ce qui ne concerne pas le coronavirus s'est retrouvé au second plan."

Comment peut-on résister à une année de gestion de crise?

Cette crise a pris le dessus sur ma vie. Tout ce qui ne concerne pas le coronavirus s'est retrouvé au second plan, mais pour l'instant, ça va. J’ai beaucoup de soutien à la maison, et cela aide. Je suis en règle générale plutôt du genre "chaos", mais à un moment pareil, vous avez besoin d'une routine. Aller dormir suffisamment tôt, regarder la télévision, cuisiner le samedi soir et aller se promener le dimanche. Cela semble terriblement ennuyeux, je le sais. Avancer pas à pas, si possible jusqu'à ce que cela se termine. Mais je comprends qu’il n'est pas difficile de trébucher dans des moments pareils. Je comprends parfaitement ceux qui ont besoin de faire une pause, car cela pourrait tout aussi bien m'arriver.

Le commissariat Covid et le GEMS sont de bons amortisseurs. Quand un de nous s'emporte un peu, un autre plaisante et nous continuons. Une équipe très solide peut vous aider à résister, tout comme les rêves d'avenir. Voir des amis, prendre un verre sur une terrasse, aller à un concert. Auparavant, ces choses-là allaient de soi. Aujourd'hui, je les attends avec impatience. Pouvoir retourner en Zélande avec tout le clan Vlieghe. Ce serait magnifique.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés