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analyse

Et maintenant, retour à la case départ

Le déclencheur principal de la grève qui a, notamment, bloqué l'aéroport de Bruxelles ce mercredi? La loi de 1996, révisée en 2017, et qui encadre (fortement) les négociations salariales. ©Photo News

Alors que la grève générale touche à sa fin, comment se profile la suite des événements? Pour l'heure, aucune réunion entre patrons et syndicats n'a été programmée. Et chacun continue à camper sur ses positions. Un AIP pour 2019 et 2020? C'est loin d'être gagné.

Voilà. La Belgique a, comme prévu, tourné au ralenti ce mercredi, du fait de la grève générale décrétée par le front commun syndical – la dernière datait du 15 décembre 2014. On peut y voir un symbole: une grève dès les premiers pas du gouvernement Michel, pour protester contre ses premières mesures, et une autre pour tourner la page de cette coalition suédoise jusque-là inédite.

La mobilisation? Les syndicats s’en disent ravis. "Ah oui, c’était bien!", sourit Marie-Hélène Ska, la secrétaire générale de la CSC. "Nous sommes satisfaits, renchérit Robert Vertenueil, président de la FGTB. À deux égards. Tout d’abord, cela montre bien à quel point notre base nous soutient. Et prouve également qu’il existe une attente énorme de la population. Sur laquelle le patronat et le monde politique feraient bien d’ouvrir les yeux."

> Le fil de la journée: toutes les infos sur la grève nationale

Mais qu’attendre, une fois la page de ce mercredi tournée? Que réservent ce jeudi ainsi que la flopée de ses successeurs? Si ce n’est le message syndical envoyé en cette journée de mobilisation dont il est difficile de prédire à quel point il percolera, c’est un retour à la case départ qui se profile. Car pour qu’un accord interprofessionnel (AIP) 2019-2020 advienne, il faudra bien que patrons et syndicats se reparlent, et pas par slogans interposés.

D’où les appels en ce sens qui ont plu d’un peu partout, ce mercredi. Le Premier ministre en personne s’y est mis, lançant un "appel à la reprise du dialogue". Et rappelant que la marge de 0,8% à laquelle aboutit la loi de 1996, revisitée en 2017, s’ajoute aux prévisions d’indexation, qui sont de 3,8%. Et que donc, la hausse salariale effective sera de 4,6%. On notera au passage que l’usage d’une donnée ou l’autre n’a rien d’innocent, 4,6% faisant tout de même plus costaud que 0,8%. Or tous deux disent la même chose: les 3,8% d’indexation serviront à (partiellement) couvrir la hausse du coût de la vie. Si les salaires évoluent de 4,6%, le pouvoir d’achat, lui, ne gagnera que 0,8% dans la bataille. Soit.

"Porte ouverte" et "main tendue"

Du côté de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), le discours n’a pas changé d’un iota. Il y est question de "porte ouverte" et de "main tendue". Reste au président du Groupe des 10, Bernard Gilliot, à prendre l’initiative pour réunir tout ce petit monde – à l’heure actuelle, aucune invitation n’a été lancée. 

"Main tendue" ne signifie pas pour autant amollissement des positions. La FEB entend toujours se tenir à la stricte application de la loi, qui aboutit implacablement à 0,8%. "La loi a déjà été appliquée il y a deux ans, nous glisse-t-on. Et cela n’avait pas posé de problème. On ne va quand même pas jouer à une fois oui, une fois non." Exact: si la révision de la loi de 1996, publiée en mars 2017, n’existait pas encore, ses principes étaient déjà connus et ont été appliqués lors de la conception de l’AIP 2017-2018. De là à prétendre que la marge de 1% dégagée à l’époque satisfaisait les syndicats, il y a sans doute un pas à ne pas franchir. 

Et la sortie, mardi, du président de l’Union des classes moyennes (UCM), esquissant un compromis, via une norme salariale de 1,1%? Elle n’était en tout cas pas concertée, la FEB se disant "surprise". Son argumentaire à elle consiste plutôt à mettre en avant la hausse de l’emploi et du pouvoir d’achat enregistrée sous Michel, et à inviter les syndicats à passer de "l’émotion" à "la raison". 

Du côté de l’UCM, on explique l’ouverture pratiquée. L’idée étant de se montrer "pragmatique" et de tout faire pour qu’un AIP soit possible, justifie son président, Pierre-Frédéric Nyst.  "Avec notre service d’étude, nous avons relu et tourné dans tous les sens le texte de la loi. Qui ne laisse qu’une marge de manoeuvre excessivement réduite – plus je la relis, moins j’ai d’imagination." Chipoter à la marge de sécurité prévue dans la loi afin d’arriver à 1,1% de norme salariale constituait donc un ballon d’essai, reconnaît l’UCM. "Est-ce possible dans le cadre de la loi, ou faudra-t-il travailler les ‘à-côtés’, comme les avantages extra-légaux ou un budget mobilité? Je n’ai pas la réponse.

"Nous ne reviendrons pas à table si la base de discussion reste une norme de 0,8%."
Marie-Hélène Ska
Secrétaire générale de la CSC

Le hic, c’est que les syndicats se drapent dans une certaine inflexibilité. "Nous ne reviendrons pas à table si la base de discussion reste une norme de 0,8%", assure Marie-Hélène Ska. "On ne peut se déclarer ouvert à la discussion et camper sur 0,8%, assène Robert Vertenueil. Ce serait nous prendre pour des imbéciles."

L’heure n’est pas encore à l’apaisement.

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