Et si l'État-providence s'effondrait?

L’Occident est pris dans le piège de l’endettement. Il n’en sortira que par des mesures radicales, défend le BCG dans un rapport. Et si l'État-providence s'effondrait comme Madoff et sa chaîne de Ponzi?

Qui a créé la plus grande chaîne de Ponzi de l’histoire? Si la question était posée à un examen, les étudiants répondraient à n’en pas douter Bernard Madoff, auteur d’un montage à 20 milliards de dollars. A condition bien sûr qu’ils sachent ce qu’est cette escroquerie qui consiste à rémunérer les investissements des clients par les fonds apportés par les nouveaux entrants.

Mais si leur professeur était Daniel Stelter, managing director du cabinet de conseil Boston Consulting group (BCG), ils décrocheraient tous un zéro pointé. Pour cet Allemand, les plus grands maîtres de la chaîne de Ponzi sont les pays occidentaux: nous vivons dans un monde régi par ce montage, dénonce-t-il à la suite de l’américain Hyman Minsky.

De fait, les systèmes de retraites, notamment, forment une version légale et assez transparente de la chaîne de Ponzi. Or, une des caractéristiques du système Ponzi est qu’il s’effondre lorsque les sommes procurées par les nouveaux entrants ne suffisent plus à couvrir les rémunérations des clients…

Le système des retraites menace de s’effondrer selon le même schéma. "Non seulement le monde ‘développé’ a emprunté la richesse future pour financer sa consommation actuelle, mais il a aussi réduit le potentiel de croissance futur", souligne Daniel Stelter dans une étude qu’il est venu présenter à Bruxelles, ce mercredi (1).

En 2010, les grands États de l’OCDE étaient quatre fois plus endettés qu’en 1980, les ménages plus de six fois et les entreprises (hors finance) plus de trois fois. "Et il ne faut pas avoir étudié les maths pour savoir que l’endettement ne peut éternellement dépasser le revenu…"

Le danger est exacerbé par les engagements cachés des gouvernements et des entreprises, souligne Stelter, "singulièrement lorsqu’il s’agit de dépenses liées à l’âge ou aux soins de santé".

L’État-providence est au bord du gouffre. À supposer que les grands pays de l’OCDE décident tout à coup de prendre une mesure aussi radicale que geler les dépenses des retraites à leur niveau relatif actuel (en % du PIB, donc) ce qui reviendrait à réduire drastiquement le cachet par tête , la plupart ne parviendraient quand même pas à stabiliser leur dette.

Et les entreprises ne sont pas dans une situation plus enviable: les engagements de pension non capitalisés des entreprises de l’Euro Stoxx 600 atteignaient 300 milliards d’euros en 2011.

Électrochoc

Fort de ce constat, Stelter appelle les pays occidentaux à se ressaisir. La précondition est de réduire l’endettement: "Il faut accepter le fait qu’une grande partie des dettes actuelles ne seront jamais remboursées et s’atteler à leur restructuration."

Un haircut généralisé et ordonné serait notamment nécessaire en Europe, estime-t-il. Le directeur du BCG préconise aussi une taxe sur la richesse, sans laquelle les politiciens "n’auront pas la crédibilité nécessaire à la mise en place d’autres mesures douloureuses".

Il faut ensuite s’attaquer aux milliers de milliards d’euros d’engagements non capitalisés qui déstabilisent les budgets: augmenter l’âge de la retraite, réformer les systèmes de soins de santé, etc.

Tout le monde devrait se préparer activement à la raréfaction de la force de travail, en aidant les plus âgés à rester dans les entreprises, en encourageant la participation des femmes dans la vie active, en se montrant "beaucoup plus attractif pour les immigrants". Les révolutions qu’il préconise ne peuvent être l’apanage des seuls politiciens: "toute la société doit se redresser, partager le fardeau et définir la marche à suivre", conclut-il.

(1) Ending the Era of Ponzi Finance, Daniel Stelter, BCG 2013.

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