analyse

Face au regain du virus, la Belgique temporise

La pression en faveur d'assouplissements était forte. Venant tant d'une (grande) partie de la classe politique que de la volonté de la population de respirer, comme en témoigne la ruée sur les parcs bruxellois ce week-end. La dégradation de la situation épidémiologique l'a toutefois emporté. ©Photo News

Face à la crainte d'une troisième vague, le Comité de concertation a décrété un "temps mort" d'une semaine. Seul le couvre-feu wallon s'adoucit.

La posture était périlleuse. D'un côté, des demandes d'assouplissement émanant tant des secteurs encore sous cloche que du monde politique – jusque dans les rangs de la majorité fédérale –, sans oublier la pression des beaux jours, visible jusque dans les parcs.

400
lits de soins intensifs
Les admissions à l'hôpital sont reparties à la hausse. Vendredi, on en annonçait 204 durant les dernières 24 heures, tandis que le seuil des 400 lits de soins intensifs occupés par des patients Covid était dépassé.

De l'autre, plus froidement, la situation épidémiologique, qui s'est progressivement dégradée au fil de la semaine. Du plateau, élevé certes, où nous nous trouvions depuis des semaines, nous sommes passés à une nouvelle phase d'incertitude. "Durant les dernières 24 heures, nous avons enregistré 204 admissions à l'hôpital", situe le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (sp.a). Le cap des 400 lits de soins intensifs dédiés à l'épidémie a aussi été franchi, déclenchant le passage, dès le lundi 8 mars, de tous les hôpitaux du pays en phase "1b", laquelle prévoit que la moitié des lits de soins intensifs doivent être dédiés à l'épidémie.

La voilà l'incertitude. Admissions et taux de positivité des tests en hausse, montée en puissance du variant britannique qui est de la partie dans 53% des contaminations: ce regain de l'épidémie est-il passager, ou s'inscrit-il dans la durée? Impossible à dire à l'heure actuelle.

"Avec des chiffres comme cela, nous ne pouvions pas assouplir. Pas question de jeter à la poubelle les efforts du passé. Cela aurait été insensé, inefficace et irresponsable."
Alexander De Croo
Premier ministre

"Insensé, inefficace et irresponsable"

Ce qui explique la grise mine affichée ce vendredi par Alexander De Croo (Open Vld), à la sortie d'un Comité de concertation plutôt bref. "Nous n'avons pu prendre la décision que nous pensions prendre. C'est une douche froide." Les assouplissements rêvés ont laissé la place à un "temps mort" d'une semaine, le temps d'y voir plus clair. "Avec des chiffres comme cela, nous ne pouvions pas assouplir", assure le Premier. "Pas question de jeter à la poubelle les efforts du passé. Cela aurait été insensé, inefficace et irresponsable."

"Le printemps des libertés n'est pas si loin", tente de rassurer le Premier ministre Alexander De Croo. ©REUTERS

Pas d'avancée, pas de reculade non plus. Les mesures actées lors du round précédent restent valables, coulées dans leur arrêté royal. Aussi bien l'interdiction des voyages non essentiels, qui fait tiquer la Commission européenne, que la réouverture, dès lundi, des métiers de contact n'ayant pu relancer leur activité à la mi-février.

Malgré cette morosité ambiante, Alexander De Croo a tenté la note d'optimisme. "Le printemps des libertés n'est pas si loin. À une condition toutefois: que nous soyons tous extrêmement prudents dans les semaines qui viennent."

Fini le couvre-feu wallon

Allez, d'assouplissement, il sera tout de même question, finalement. En mode mineur. La Wallonie ayant fini de jouer les mauvais élèves belges sur le plan des contaminations, son couvre-feu plus restrictif ne sera pas renouvelé le 1er mars, laissant les seuls horaires fédéraux en vigueur: tout le monde chez soi entre minuit et 5 heures.

"Cette semaine, le couvre-feu nous a bien aidés."
Rudi Vervoort
Ministre-président bruxellois

Rien de tel dans la capitale, a aussitôt embrayé le ministre-président bruxellois, qui conserve sa plage horaire de 22h à 6h. "Cette semaine, le couvre-feu nous a bien aidés", allusion à peine masquée aux sauteries tenues dans les parcs. Rudi Vervoort (PS) ne s'en cache pas, il garde un souvenir cuisant de la levée (temporaire) du port du masque généralisé en octobre dernier, et préfère éviter les allers-retours dommageables.

Philosophie qui prévaut au sein du gouvernement fédéral, assure-t-on au cabinet du ministre de la Santé. "La jeunesse reste la priorité." Il faut cependant que l'épidémie se stabilise à nouveau. "On ne va pas rouvrir un auditoire pour le fermer juste après."

Rendez-vous vendredi prochain, voire plus tôt si cela s'avère possible. Mais prudence avec les espoirs, que cette épidémie a tendance à malmener.

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