Faible concurrence et fortes marges pour les avocats, les comptables et les architectes

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Réglementation élevée ne rime pas forcément avec qualité. Mais pèse sur les performances. C’est l’Observatoire des prix qui le dit.

Monitoring de l’inflation, suivi du niveau des prix: tel est le terrain de jeu habituel de l’Observatoire des prix, hébergé par le SPF Economie. Ce qui ne l’empêche pas pour autant d’aller voir ailleurs – en témoigne l’étude que nous vous dévoilons ici.

C’est une première. L’Observatoire s’est penché sur quatre catégories de services professionnels:
→ les activités juridiques (avocats, notaires et huissiers)
→ les comptables (comptables, experts-comptables et réviseurs d’entreprises)
→ les architectes
→ les ingénieurs.

Pourquoi elles? "Ces services pèsent 3,7% de la valeur ajoutée de l’économie belge, chiffre le conseiller général Peter Van Herreweghe. Et présentent de fortes connexions avec le reste de l’économie pensez à l’impact du travail d’un architecte sur le secteur de la construction."

Quel est le niveau de réglementation?

L’étude s’interroge sur le degré de régulation encadrant ces professions, et les performances qu’elles affichent, en termes de dynamisme de marché, de rentabilité ou d’efficacité d’allocation des ressources. Sachant qu’une étude menée par la Commission européenne posait, en 2014, que plus la réglementation était légère, plus le marché se montrait dynamique, menant à une meilleure allocation des ressources et exerçant une pression baissière sur les prix et la rentabilité des entreprises.

N’empêche, précise le conseiller Mathias Ingelbrecht. Même si elle crée des barrières, par exemple via un accès à la profession, une certaine régulation est nécessaire. Pour le bien des consommateurs, confrontés à une "information asymétrique". "Comment en effet estimer la qualité des services rendus? La protection d’un titre permet de garantir un certain niveau de qualité." Ou de la société en général – un bâtiment qui s’écroule parce que mal conçu, cela fait désordre.

Réglementation, donc. Afin d’en mesurer l’ampleur, l’OCDE a mis au point l’indicateur PMR, pour "product market regulation", mariage de variables relatives aux conditions d’entrée et de conduite sur les marchés concernés. Eh bien, foi de dernière mesure en 2013, la régulation belge pour les quatre secteurs concernés est supérieure (légèrement) à la moyenne européenne et à ce qui se fait en France, mais aussi (et plus franchement) aux Pays-Bas. L’Allemagne, par contre, a établi davantage de règles. Côté régulation, en Belgique, ce sont clairement les services juridiques qui remportent la palme, portés par la réglementation encadrant la profession de notaire. Pour les ingénieurs, par contre, c’est l’inverse: le score PMR est nul en Belgique, tout comme en France et aux Pays-Bas.

Ces marchés sont-ils dynamiques ou figés?

Afin de mesurer la compétitivité de ces marchés, l’Observatoire s’est penché sur leur "churn rate", ou taux d’attrition, rapportant le nombre d’entreprises entrant ou mises à la porte à celui des entreprises actives.

Déjà, les services belges en général ne brillent guère par leur dynamisme, affichant un "churn" pas loin de deux fois inférieur à celui des pays voisins (9,8% sur la période 2013-2015, tandis qu’Allemagne, France et Pays-Bas oscillent entre 15,4% et 17,7%). Ensuite, les quatre secteurs étudiés ne figurent pas parmi les plus dynamiques en Belgique: seules les activités d’architecture dépassent d’un fifrelin la moyenne belge. Autant dire qu’ils soutiennent difficilement la comparaison internationale, se trouvant systématiquement en deçà des résultats allemands, français, néerlandais ou de la moyenne européenne. Pour le dynamisme, on repassera.

Les ressources sont-elles allouées de façon efficace?

Les moyens sont-ils justement alloués? Afin d’en avoir le cœur net, l’Observatoire a comparé l’efficacité des quatre secteurs de 2013 à 2015. Calculée en rapportant la valeur ajoutée brute produite par personne employée à la part de marché, en termes d’emploi. Qu’en ressort-il? Que, tout comme l’Allemagne, la Belgique n’est pas la reine de l’allocation efficace.

Démonstration avec la comptabilité. Plus de 50% des entreprises actives dans ce secteur emploient entre 2 et 9 personnes, or ce sont elles qui affichent la plus faible productivité apparente du travail. "Les classes de taille ayant les plus grandes parts de marché enregistrent des scores de productivité relativement faibles", résume Mathias Ingelbrecht.

Quelle est la rentabilité des services professionnels?

Si les services professionnels en question figurent parmi les moins dynamiques en Belgique, côté rentabilité, ils n’ont pas trop de soucis à se faire. Avec, en moyenne, une marge brute d’exploitation de respectivement 34,7%, 28,5% et 22,5%, les activités juridiques, les architectes et les comptables figurent parmi les services les plus rémunérateurs. C’est moins le cas des activités d’ingénierie (12,6%).

Tournons-nous à présent vers les pays limitrophes. Et schématisons un brin. De 2013 à 2015, les activités juridiques, comptables et d’architecture se sont montrées plus rentables en Belgique qu’en France et aux Pays-Bas. Mais moins qu’en Allemagne. Côté ingénierie, la Belgique est derrière l’Allemagne et les Pays-Bas.

Quelles conclusions tirer de tout cela?

En agrégeant le tout, l’Observatoire dessine deux grands cas de figure. D’un côté, les activités juridiques, comptables et d’architecture. "Le niveau élevé de réglementation belge peut être lié à une dynamique sectorielle relativement faible" ainsi qu’à une efficacité d’allocation faiblarde. Ajoutez à cela une rentabilité élevée au rayon juridique et architectural. De l’autre, pour les ingénieurs, aucun lien clair ne peut être établi entre réglementation et performances économiques.

Enfin, en mettant en relation taux de réglementation et indice de confiance – mesuré par la Commission et censé approcher la notion de qualité –, l’étude relève que le lien entre les deux variables est incertain.

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