Faible marge de manœuvre pour des hausses salariales

Pieter Timmermans, patron de la FEB ©BELGA

Le Conseil central de l’économie a rendu ce mercredi son rapport: la progression maximale des salaires pour les deux prochaines années est fixée à 0,8%. Les partenaires sociaux vont se mettre au travail.

Ce sera finalement 0,8%. Le Conseil central de l’économie (CCE) a, ce mercredi, rendu son verdict dans un rapport "technique" fort attendu. Pour rester en ligne avec les trois pays qui nous entourent (Allemagne, France et Pays-Bas), les salaires belges ne devraient pas augmenter de plus de 0,8% au cours des deux ans à venir (2019-2020).

La nouvelle norme salariale n’est donc pas négative, comme le redoutaient les syndicats. "C’est mieux que rien", nous a confié hier soir un représentant syndical, visiblement disposé à s’asseoir à la table des négociations.

"C’est mieux que rien."
Représentant syndical

Ce jeudi en effet, les partenaires sociaux, réunis au sein du "groupe des 10", vont entamer un premier round de discussions. Car une fois que les experts du CCE ont fixé la marge salariale - autrement dit, la progression maximale qu’il est possible d’envisager sans engendrer un nouveau dérapage de compétitivité vis-à-vis de nos principaux voisins que sont l’Allemagne, la France et les Pays-Bas - l’affaire atterrit entre les mains des partenaires sociaux. À eux de déterminer quelle sera la norme salariale réellement applicable, en dehors de la traditionnelle indexation des salaires et des augmentations barémiques. Ensuite, les secteurs négocieront une norme minimale. Après quoi, chaque entreprise examinera quelles augmentations elle souhaite accorder à son personnel à l’intérieur de ces deux limites (inférieure et supérieure).

L’effet du tax shift

Ceci étant, d’autres facteurs doivent aussi être pris en considération pour avoir une vue correcte et complète de la manière dont les salaires évolueront au cours de la période 2019-2020.

Ainsi, le gouvernement Michel a mis en œuvre, de manière phasée, son fameux tax shift. Objectif: déplacer une partie des charges sur le travail vers d’autres sources de revenus afin de favoriser l’embauche et de rendre le travail plus attractif.

Pour ce faire, le gouvernement opère de deux façons, d’une part par le biais de l’impôt des personnes physiques et, d’autre part, par le biais des charges patronales.

Lorsque le gouvernement diminue l’impôt des personnes physiques (IPP), par exemple en augmentant la quotité forfaitaire exonérée d’impôt, cela n’influence pas le coût salarial. C’est donc un bonus net pour le travailleur.

Par contre, lorsqu’il diminue les charges patronales (de 33% à 25% avec une série de mesures compensatoires), cela réduit le coût du travail pour les employeurs, ce qui peut avoir un effet positif sur la marge salariale. Autrement dit, en réduisant les charges patronales, on retrouve en théorie une certaine marge salariale.

En théorie seulement, car pour éviter de donner d’une main et de reprendre de l’autre, le gouvernement a revu en 2017 la loi de compétitivité de 1996 (qui vise à encadrer l’évolution des salaires par rapport à nos trois voisins). Les nouvelles règles imposent de ne pas se servir des gains du tax shift (sous la forme de baisses de charges) pour offrir de nouvelles hausses de salaire aux travailleurs.

Si les baisses de charges patronales ont surtout eu un effet en 2017, elles devraient encore un peu profiter aux employeurs en 2018 et 2019. Quant aux mesures relatives à l’IPP, c’est surtout en 2019 qu’elles produiront leurs pleins effets. C’est d’ailleurs en grande partie pour cette raison que la Banque nationale, dans ses prévisions de décembre dernier, a annoncé une progression du revenu disponible des ménages de 2,1% en 2019. Un ballon d’oxygène qui sera le bienvenu après des années 2011-2016 marquées par un quasi-gel des salaires.

La balle est à présent dans le camp des partenaires sociaux. Après leur entrevue de ce jeudi, ils se reverront lundi prochain et ensuite encore le mercredi 23 janvier pour une réunion que l’on annonce "au finish".

©Mediafin


Déception syndicale

Les syndicats espéraient sans doute mieux qu’une norme de 0,8%. Fin 2018 déjà, ils avaient fait valoir leurs exigences. Pour la FGTB, il fallait une norme minimale de 1,4%. La CSC avait pour sa part avancé 1,5%. Le secrétaire général de la FGTB, Robert Verteneuil, avait même mis en garde contre l’agitation sociale que risquerait de causer l’annonce d’une marge négative, autrement dit inférieure à zéro. "S’il n’y a pas de marge salariale, ça va exploser", avait-il lancé.

Hier soir, aucun membre du "groupe des 10" ne souhaitait commenter le chiffre du CCE, "histoire de donner toutes ses chances à la négociation à venir", nous glisse-t-on. D’autant que d’autres dossiers seront couplés à la discussion sur la norme salariale. Les conditions de travail, les conditions de rémunération, la formation, la digitalisation notamment sont autant de dossiers qui ont un impact économique et social important, pour lequel les partenaires sociaux seront amenés à plancher.

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