Faut-il avoir peur du coronavirus?

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En Belgique, les services sanitaires sont en alerte. Moins virulent que le Sras, le nouveau coronavirus semble posséder un plus haut taux de transmission entre humains. Cela étant, le risque de voir le coronavirus arriver chez nous ne s'élèverait qu'à 1,7%.

Deux chiffres pour fixer les idées. Ils proviennent du département des maladies infectieuses de Sciensano (Institut fédéral belge de santé publique). En début de semaine, l’alerte au coronavirus originaire de Wuhan (province du Hubei), en Chine, portait sur 2.820 cas d’infections confirmées en laboratoire. Des infections principalement localisées en Chine. Le nombre total de décès parmi ces cas confirmés en laboratoire s’élevait à 81.

1,7%
de risque
"Au niveau européen, la Belgique n’est pas le pays le plus menacé (1,7% de risque). À la différence de la France (12,8%) et du Royaume-Uni (24,6%)", indique le Dr Marius Gilbert, du service d’épidémiologie spatiale de l’ULB.

Aucun cas n’a à ce jour été décelé en Belgique. "Une dizaine d’échantillons suspects ont bien été analysés en Belgique depuis le début de l’épidémie, par le laboratoire de référence, situé à l’hôpital universitaire de Louvain, indique le Dr Marc Van Ranst, virologue à la KULeuven. Tous ces échantillons se sont avérés négatifs."

Depuis le début de l’épidémie, la Chine a pris des mesures importantes pour limiter au maximum la circulation du virus. Jusqu’à la mise en quarantaine de millions de personnes à Wuhan et dans sa région. Ou encore en construisant en dix jours un tout nouvel hôpital dans la ville pour accueillir des centaines de patients.

Un virus qui voyage à la vitesse de l’avion

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"En Europe, notre pays n’est pas le plus susceptible de voir arriver des personnes souffrant de ce virus", indique le Dr Marius Gilbert, du service d’épidémiologie spatiale de l’Université libre de Bruxelles. Le chercheur, qui participe au nouveau programme de recherche européen MOOD (Monitoring outbreak events for disease surveillance in a data science context), cite à ce propos un rapport du 26 janvier, rédigé par l’Inserm (France). Ce rapport évalue le risque de voir arriver un malade souffrant de ce coronavirus dans les différents pays européens sur base des données de déplacement de population à l’intérieur de la Chine, mais aussi des données globales de flux de passagers voyageant par avion.

"En faisant des hypothèses sur le nombre de personnes infectées dans certaines zones, il est possible d’estimer quels sont les aéroports qui ont le plus de passagers en provenance des zones touchées", explique le chercheur. "Il ressort de cette évaluation qu’au niveau européen, la Belgique n’est pas le pays le plus menacé (1,7% de risque). À la différence de la France (12,8%) et du Royaume-Uni (24,6%). Ces travaux permettent de se donner des priorités et d’informer les pays concernés des risques d’introduction", précise-t-il.

Contrairement au Sras, il semble que le nouveau coronavirus soit moins virulent. Par contre, il semble posséder un plus haut taux de transmission d’un être humain à l’autre.
Dr Marc Van Ranst
Virologue à la KULeuven

Origine: la chauve-souris

Le coronavirus trouve sans doute son réservoir naturel dans la chauve-souris (un mammifère), comme ce fut déjà le cas pour les dernières épidémies à coronavirus: le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003 et le Mers (middle east respiratory syndrome) en 2012, qui ont ensuite transité par d’autres animaux pour finalement infecter l’être humain.

épidémies | Ces virus qui menacent la planète

Depuis le tournant du siècle, plusieurs grandes épidémies virales ont submergé la planète. Exemples.

2003: Le Sras, induit par un coronavirus venu de Chine, fait quelque 800 morts dans le monde.

2003: Virus H5N1, d’origine aviaire (virus influenza).

2012: Le Mers, coronavirus dont le réservoir naturel était également la chauve-souris, se déploie à l’échelle de la planète.

2014: Le virus de Lassa, endémique en Afrique, est détecté pour la première fois au Bénin.

2015: Le virus Zika, véhiculé par le moustique tigre, se déploie en Amérique du Sud et en Martinique.

2018: Le virus Ebola fait 1.800 morts au Congo.

 

"Contrairement au Sras, il semble que le nouveau coronavirus soit moins virulent, commente le Dr Van Ranst. Par contre, il semble posséder un plus haut taux de transmission d’un être humain à l’autre." A-t-il muté? "Tous les virus mutent", indique encore le virologue. "En règle générale, cela diminue leur virulence, mais augmente leur taux de transmission." Les symptômes les plus fréquents sont la fièvre, la toux et les difficultés respiratoires.

Recommandations en Belgique

En Belgique, des règles strictes sont recommandées aux professionnels de la santé prenant en charge des personnes qui ont voyagé au cours des 15 derniers jours en Chine, ou dans les pays où des cas liés à ce virus ont été signalés, et qui présentent ces symptômes. Les médecins généralistes sont en première ligne. "Nous avons reçu, en effet, une série de recommandations, confirme le Dr Nys, généraliste à Bruxelles. Si, lors de nos consultations ou à l’occasion d’une visite à domicile, nous rencontrons un cas suspect, nous devons isoler le patient et alerter les autorités sanitaires. Le diagnostic définitif est réalisé par le Centre national de référence pathogènes respiratoires (UZ Leuven)."

Les hôpitaux de référence pour accueillir ces patients sont l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles et l’hôpital universitaire d’Anvers. Comme d’autres virus affectant les voies respiratoires, les mesures les plus simples pour tenter d’éviter la contagion sont simples. Garder ses distances avec les personnes malades. Et après un contact avec elles, se laver soigneusement les mains.

Journée noire sur les marchés

Inquiets de la propagation de l’épidémie de coronavirus, les indices boursiers mondiaux ont chuté ce lundi, les titres des sociétés exposées à la Chine étant particulièrement touchés. "Les marchés boursiers mondiaux sont sous pression en ce début de semaine alors que les craintes grandissent quant à la propagation de l’épidémie de coronavirus en Chine", résume Neil Wilson, analyste chez Markets.com.

L’indice Nikkei japonais a lâché 2,03% tandis que l’indice élargi Topix a cédé 1,61%. Les Bourses de Chine continentale et de Hong Kong étaient fermées lundi en raison des congés du Nouvel An chinois. En Europe, la Bourse de Paris a lâché 2,68%, celle de Francfort 2,74% et celle de Londres 2,29%. Le Bel 20 a perdu 2,48%. "Les marchés étaient exposés à un risque de correction au vu de signes d’exubérance comme une dynamique de cours soutenue, des valorisations élevées et un positionnement de surpondération, mais une pandémie fait rarement partie des catalyseurs négatifs a priori", ont commenté les stratèges de JPMorgan dans leur note hebdomadaire, évoquant un risque de "choc régional plus que mondial".

Principal secteur attaqué, le secteur minier dégringole de 4,27%. Ces valeurs sont parmi les plus sensibles de la cote à la conjoncture mondiale et sont très dépendantes de la Chine, premier importateur au monde de métaux.

Le voyage et le tourisme ne sont pas en reste, avec un compartiment en chute de 2,47%. Ces titres ont fait les frais des inquiétudes sur le virus chinois et de ses conséquences sur les déplacements de voyageurs. Le groupe aérien IAG (British Airways) a perdu 5,48%, la compagnie aérienne EasyJet 4,92% et le voyagiste TUI 2,08%.

D’une manière plus générale, les valeurs exposées à l’Asie ont reculé. De nombreuses entreprises qui réalisent une bonne part de leur activité en Chine ou à Hong Kong sont pénalisées, comme le groupe de luxe Burberry (-4,79%) ou l’assureur Prudential (-5,04%).

Les cours du pétrole ont continué de baisser après avoir connu leur pire chute hebdomadaire depuis 2018 la semaine dernière. Le baril de Brent est tombé sous 60 dollars. "Malgré l’annonce d’une baisse surprise des stocks de brut américain (jeudi dernier), ainsi que la perte d’exportations de pétrole libyen, la Chine continue de dominer les échanges à court terme", remarque Robbie Fraser de Schneider Electric, soulignant que le pays est le premier importateur mondial de brut. J.N.

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