Fêter Noël oui, mais en mode mineur

Pour le sociologue de la santé (UCL), Vincent Lorent, ce sont aussi nos relations sociales qui "nous aident à traverser cette crise". ©Photo News

Les membres du corps médical appellent à la plus grande prudence pendant les fêtes, tandis que sociologues, économistes et philosophes invitent à ne pas perdre de vue la santé mentale de la population.

Qu’adviendra-t-il des fêtes en cette fin d’année un peu particulière ? Pourra-t-on réveillonner à Noël et au Nouvel-An ? Et quand bien même, est-ce vraiment sage ? Ces questions ont fait l’objet d’une table ronde organisée (en ligne) jeudi par l’UC Louvain. Membres du corps médical, psychologues, sociologues et économistes de l’université ont pu confronter des points de vue qui ne vont pas nécessairement dans le même sens. Les voici résumés en quelques questions-clé.

Faut-il "zapper" les fêtes ?

L’infectiologue Leïla Belkhir estime que la question n’est pas tellement de savoir s’il faut fêter Noël ou pas, mais plutôt de voir comment fêter Noël sans prendre de risques inconsidérés, en mode mineur donc. «Organiser une fête à 15 personnes dans un lieu fermé, avec trois générations, je suis désolée mais ce n’est pas raisonnable.»

«Organiser une fête à 15 personnes dans un lieu fermé, avec trois générations, ce n’est pas raisonnable."
Leïla Belkhir
Infectiologue à l'UCL

L’épidémiologue Niko Speybroeck se veut plus alarmiste encore : «Un ou deux jours de relâchement peuvent détruire les efforts de plusieurs mois.»

"Nos relations sociales nous aident aussi à traverser cette crise."
Vincent Lorant
Sociologue de la santé à l'UCL

De son côté, Vincent Lorant, sociologue de la santé, estime qu’il faut élargir le spectre au-delà de l’aspect strictement sanitaire. Il insiste sur le fait que nous sommes des êtres sociaux. «Nos relations sociales nous aident aussi à traverser cette crise. Par jour de confinement, la détresse psychologique augmente et induit pour la société des coûts dont on parle hélas trop peu.»

Privilégier Noël ou le Nouvel-An ?

Le philosophe Michel Dupuis renvoie la balle: «Nous ne sommes pas des directeurs de conscience, chaque groupe a ses propres valeurs. Il faut aussi se demander de quoi on a vraiment envie, un peu comme quand on est tenté d’acheter plein de choses alors qu’on ne peut pas tout s’offrir.»

Pour Niko Speybroeck, chacune des deux fêtes comporte des risques qui varieront selon la taille de la bulle (les plus grosses bulles donnent plus de problèmes) et selon la composition de la bulle (plus on mélange les générations, plus c’est risqué). En outre, les deux fêtes se suivent à une semaine d’intervalle, soit à peu près la période d’incubation du virus. «Les personnes infectées à Noël pourront contaminer autour d’elles au Nouvel-An», prévient l’épidémiologue.

Avec ou sans les aînés ?

En France, le professeur de médecine Rémi Salomon a provoqué de vives réactions en conseillant de «couper la bûche en deux et papy et mamy mangent dans la cuisine». Isabelle Gilard, gériatre aux cliniques Saint-Luc, n’est pas opposée à l’idée de convier les aînés au repas de Noël, moyennant le respect des gestes barrières. «Les espaces confinés font le lit du virus. Il faut être très prudent avec les aînés, surtout à l’égard de ceux qui résident en maison de repos, car ce sont les plus fragiles.»

Messe de Noël ou pas ?

La messe de Noël réunit traditionnellement plus de monde que d’ordinaire. «C’est une forme de manifestation civile au-delà de l’enjeu strictement spirituel ou religieux », note le philosophe Michel Dupuis. Et pourtant, l’idée de faire des messes à Noël n’emballe pas l’épidémiologue Niko Speybroeck. «Réunir dans un même lieu beaucoup de personnes qui, de surcroît, chantent, c’est vraiment prendre des risques.»

Quelle communication politique autour des fêtes ?

Une récente étude de l’Université d’Anvers indique qu’un Belge sur trois ne compte pas fêter Noël en cercle restreint. Jacinthe Mazzochetti, sociologue et spécialiste des traditions, pense qu’il faut une communication politique claire, qui évite d’être «infantilisante». «Surtout compte tenu du sentiment de défiance qui s’est installé auprès d’une partie de la population. Beaucoup se sentent oubliés ou jugés. C’est le cas des jeunes et des personnes précarisées notamment.»

"La prohibition, ça ne fonctionne pas. Il faut que la population s’approprie les restrictions."
Mikael Petitjean
Professeur à la Louvain Management School

L’économiste Mikael Petitjean, professeur à la Louvain Management School, estime pour sa part que «la prohibition, ça ne fonctionne pas». «Il faut que la population s’approprie les restrictions, ce qui n’est possible que moyennant une communication basée sur la confiance.» Or certaines mesures ne vont pas dans cette direction, selon lui: «J’attends toujours qu’on prouve que les petits commerces sont des lieux plus à risque que les grandes surfaces.»

Faut-il redouter une troisième vague?

Leïla Belkhir estime que prédire une prochaine vague est un exercice très aléatoire. «Nous avons tous été surpris par l’ampleur de la deuxième vague qui a dépassé la première vague.»

Beaucoup dépendra aussi, selon Niko Speybroeck, de ce que les gens feront au lendemain des fêtes. «Il ne faut pas sous-estimer l’effet d’incubation entre Noël et Nouvel-An. Que feront les gens après ? Vont-ils se remettre en mode confinement ou vont-ils continuer à voir des gens ?»

Certains prônent une auto-quarantaine sur base volontaire après les fêtes. Leïla Belkhir estime que «c’est une idée qui, en théorie, tient la route mais qui, en pratique, sera très difficile à mettre en œuvre».

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