FMI: compromis et "guerre d'échanges"

Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois et président de l'Eurogroup.

Les ministres des Finances des principales économies de la planète étaient à la recherche vendredi à Washington d'un compromis dans la "guerre des monnaies" qui s'est envenimée ces dernières semaines, et dont ils débattent au sein du G20 et du G7.


Alors que le Fonds monétaire international réunit son assemblée annuelle, les dirigeants des pays riches et émergents du G20 s'accusent les uns les autres soit d'affaiblir délibérément leur monnaie pour favoriser leurs exportateurs, soit d'exercer des pressions indues pour la laisser monter. Les ministres du G20 ont entamé leurs discussions par un "petit déjeuner de travail", avec la participation d'une dizaine d'autres pays représentés au Conseil monétaire et financier international (CMFI), l'instance chargée d'établir les grandes orientations du FMI au nom de ses Etats membres.

Parvenir à un accord "est souhaitable, (...) j'espère que cela se produira mais je ne le crois pas à court terme", a déclaré à la presse le président de la banque centrale brésilienne Henrique Meirelles. Il a affirmé que son pays n'avait pas l'intention d'arrêter d'intervenir pour freiner l'appréciation de sa monnaie. Le ministre brésilien des Finances Guido Mantega avait été le premier à employer le 27 septembre l'expression de "guerre des changes", qui a depuis fait le tour de la planète.

Les Etats-Unis et l'Europe, pour une fois d'accord sur un sujet économique, s'en sont pris aux pays interventionnistes comme le Brésil et à la Chine. Le secrétaire au Trésor américain Timothy Geithner a déploré "l'ampleur des interventions sur les marchés des changes de la part de pays cherchant à entraver l'appréciation de leur devise sous-évaluée".

Insatisfaction européenne


Le niveau de l'euro est trop élevé et les dirigeants européens ne sont pas satisfaits de celui de la monnaie chinoise, a déclaré vendredi à Washington le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, par ailleurs Premier ministre luxembourgeois. Il a rappelé que les Européens n'étaient "pas satisfaits" du niveau actuel de la monnaie chinoise, le yuan.  "Nous avons face aux Chinois le même message que Washington", a-t-il indiqué lors d'une conférence, même si "nous le disons d'une manière différente", moins menaçante.

L'euro a franchi jeudi la barre des 1,40 dollar avant de se replier légèrement vendredi.  "L'euro a prouvé sa force", s'est félicité M. Juncker. "Je ne spéculerai pas contre ma propre monnaie", a-t-il ajouté.

Le directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn a également appelé une nouvelle fois les pays émergents à moins intervenir sur le taux de changes. "Si vous voulez restaurer la confiance, dans un monde incertain, vous devez travailler ensemble. Si vous voulez remettre les gens au travail, vous devez travailler ensemble", a-t-il lancé à l'assemblée des Etats membres du FMI.

La sensibilité des enjeux et la multitude des pays impliqués devraient permettre au mieux l'esquisse d'un de ces compromis non contraignants dont le G20 s'est fait la spécialité. Ce groupe s'est engagé formellement en septembre 2009 à favoriser une "croissance équilibrée" de l'économie mondiale. Mais il est loin du compte, entre des Etats-Unis qui inondent leur système financier de liquidités, des Européens qui resserrent leur politique budgétaire, des Japonais qui interviennent pour faire baisser le yen, et des Chinois qui accumulent les réserves en devises étrangères pour que le yuan reste faible.

Le Japon s'est défendu de vouloir mener une politique de yen faible. L'intervention du 15 septembre avait pour but "corriger les mouvements excessifs, pas de conduire le yen à un certain niveau sur le long terme", a assuré vendredi le ministre japonais des Finances Yoshihiko Noda.

En plus petit comité, le G7 doit se retrouver à l'ambassade du Canada à Washington en soirée (23H45 GMT). Comme le G20, il n'a pas prévu de communiquer.

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