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interview

François Bellot: "Je demande à la SNCB d'utiliser les marges pour accélérer des travaux"

©Dieter Telemans

François Bellot, le ministre fédéral de la Mobilité, salue les performances 2017 de la SNCB et du gestionnaire de réseau Infrabel.

Pour le ministre fédéral de la Mobilité François Bellot, les performances réalisées en 2017 par la SNCB et le gestionnaire de réseau Infrabel ont de quoi être saluées. Mais il leur fixe de nouveaux objectifs. "L’amélioration des indicateurs financiers est la traduction des décisions prises, mais ce n’est pas une fin en soi."

Comment accueillez-vous les résultats 2017 de la SNCB et d’Infrabel?
Ils sont en amélioration et c’est une bonne chose. Ce sont les premiers résultats des décisions prises en 2016. On a réduit les dotations, on a amélioré la productivité, on est en train de préparer la SNCB à l’ouverture à la concurrence pour le trafic intérieur en 2023 avec une étape intermédiaire en 2020. Les résultats de 2017 traduisent une augmentation du nombre de voyageurs (+3,6%) et à tous les niveaux (abonnements, nombre de voyageurs en heures creuses, vers Brussels Airport, etc.).

Ces bons résultats permettent aux deux entreprises d’avoir aujourd’hui un meilleur profil d’évolution de la dette que celui qui avait été envisagé et décidé par le gouvernement fédéral en mars 2017. Pour la SNCB, on est à 57 millions au-dessus de l’objectif fixé au niveau du budget (la SNCB a une dette de 2,43 milliards à fin 2017) et pour Infrabel, on est à 92 millions (2,026 milliards).

©BELGA

Que sous-entendez-vous en relevant ces éléments positifs?
L’amélioration des indicateurs financiers est la traduction des décisions prises, mais ce n’est pas une fin en soi. J’ai demandé à la SNCB et à Infrabel d’utiliser la marge positive qu’elles dégagent pour réduire leurs dettes respectives, mais aussi pour accroître la qualité du service aux voyageurs. J’ai demandé à la SNCB d’utiliser donc une partie de la marge pour accélérer et anticiper déjà en 2018 certains investissements prévus pour 2020-2021 (meilleure accessibilité des PMR, peinture, etc.).

Que répondez-vous à Infrabel qui demande une augmentation de la dotation d’investissement après 2021?
J’ai entendu cet appel, mais je dis aux dirigeants qu’ils ont déjà des moyens en interne. Au niveau de la dette, ils l’ont réduite de 92 millions de plus que l’objectif qui était budgétairement fixé. Ils ont donc les moyens pour répondre à la demande d’entretien de l’infrastructure.

On ne leur demande pas d’utiliser les 92 millions pour anticiper des travaux de maintien de capacité ou de rénovation, mais d’utiliser une partie cette marge pour entretenir et maintenir le réseau dans un état acceptable. C’est bien de venir tenir un discours en commission d’Infrastructure en disant qu’il faudra de l’argent à partir de 2022. S’ils arrivent à dégager 90 millions chaque année au-dessus du profil de la dette, ils auront 360 millions au bout de 4 ans, ce n’est pas rien.

"J’espère que le prochain ministre de la Mobilité aura la même perspicacité, la même ténacité que moi."
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Que se passera-t-il après les élections de 2019?
Pour l’instant, j’ai réussi à dégager un budget d’un milliard pour finaliser le RER. J’espère que le prochain ministre de la Mobilité aura la même perspicacité, la même ténacité que moi pour aller chercher les moyens et montrer que c’est peut-être intéressant d’encore emprunter 1 milliard à l’avenir. Il reste à consolider le milliard dans des accords de coopération. J’espère qu’ils seront signés avant les grandes vacances.

Quid des contrats de gestion?
C’est l’autre priorité maintenant que les travaux du RER sont relancés. Il y en a deux, un pour la SNCB et un autre chez Infrabel. On essaie de faire un effet miroir entre les deux entreprises, même si le plus important est celui de la SNCB à cause de l’échéance de 2023. Les discussions en interne sont terminées. On espère boucler les contrats de gestion pour juin. Il y a aussi l’étape intermédiaire de 2020 où tout opérateur peut déjà entrer sur les marchés nationaux.

N’avez-vous pas peur que la SNCB soit bousculée?
Je ne pense pas que les opérateurs étrangers sont prêts à venir capter la clientèle belge au prix belge. Il faudrait qu’ils offrent autre chose que le prix. Le prix du ticket en Belgique est très bon marché par rapport à l’Allemagne, au Grand-duché de Luxembourg et à la France. Ils se posent plutôt la question de savoir si les Belges ne vont pas aller chez eux. Mon objectif est qu’à partir de 2023, on puisse, par un simple protocole, confier la mission de service public à la SNCB pour une période de 10 ans.

Tout cela demande que l’entreprise soit efficace, notamment en termes de ponctualité. Cela reste son point faible. Je ne désespère pas que les mesures prises en 2017 (manager de ligne, etc.) permettent une amélioration. J’ai déjà indiqué aux deux entreprises que la ponctualité doit être améliorée en 2018. Il y a aussi les causes externes qui ont un impact sur la ponctualité.

J’ai aussi demandé des moyens supplémentaires au gouvernement pour étendre le dispositif d’alerte (une sirène) avec contrôle par caméra sur les passages à niveau (trespassing) à un maximum de passages à niveau: 1,1 million en 2018 et 2 millions par an les années suivantes. Les tests réalisés ont montré l’utilité du dispositif.

La baisse de la dotation va-t-elle se poursuivre?
Au-delà de 2019, je n’ai pas de pouvoir pour dire ce qu’il faut faire.

"Si le travail que j’ai accompli est apprécié et si on me demande de continuer ma mission après les élections de 2019, je le ferai."
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Si la même majorité est reconduite après les élections de 2019, serez-vous candidat à rempiler?
Vous savez comment je suis arrivé à ce poste. Ce n’est pas moi qui désigne les personnes à nommer. Ce choix relève du président de parti et du formateur. Si le travail que j’ai effectué est apprécié et si on me dit de continuer après 2019, je le ferai.

Jusqu’à présent, je suis en bonne santé. Une chose est certaine, je n’ai jamais fait de la politique à court terme en attendant les élections suivantes. Je suis un rural, j’aime bien planter la graine. Je ne sais pas si c’est moi qui récolterai les fruits, mais la graine sera déjà là.

Pensez-vous que la réforme ferroviaire en France puisse contaminer la Belgique?
Non. La situation de la France et de la SNCF résulte de la conjonction de l’investissement massif en TGV au détriment du réseau intérieur, l’absence de rationalisation de leur réseau au moment où les autres entreprises ferroviaires l’ont fait et enfin, ils se sont souvenu de la libéralisation qui arrive en 2023, comme tout le monde.

À titre d’exemple, la SNCB avait supprimé plus de 1.000 km de voies, surtout les petites lignes, et fermé beaucoup de gares au début des années 80. La France n’a pas encore fait ce travail.

"L’accord de gouvernement ne prévoit pas la révision du statut des cheminots de la SNCB."
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Et le débat sur les statuts?
En Belgique, il y a toute la problématique des pensions. C’est toujours en cours. Nous avons obtenu pour le personnel roulant une période de transition de 20 ans, pour le départ anticipé à la retraite. Après cela, vient la pénibilité, qui concerne bien plus que le personnel roulant, il y a le personnel de voie etc. Tout cela en France n’est pas encore fait.

Ce n’est pas le statut qui empêche des agents de la SNCB ou d’Infrabel de partir. Dans l’accord de gouvernement, aucune révision du statut des cheminots n’est prévue. Il faut trouver la voie pour continuer à rendre attractive la fonction à la SNCB en matière de personnel. Il y a des métiers sur lesquels on investit beaucoup et qui sont tellement spécialisés que le statut doit rester la règle.

"Les Flamands fuient le dossier du survol"

Également compétent pour le dossier du survol de la capitale par les avions de Brussels Airport, le ministre Bellot déplore l’attitude des responsables politiques flamands sur le sujet. "Je suis en charge d’un dossier où il y a des division à tous les étages. Les syndicats sont incapables de rédiger un texte de 10 lignes pour dire s’ils sont d’accord avec telle ou telle solution. Le patronat non plus n’arrive pas à dégager un consensus. Bruxelles et la Flandre sont aussi incapables de s’entendre, alors qu’il y a deux partis qui sont dans les deux majorités gouvernementales. Quand je demande au CD&V et à l’Open Vld, à leurs présidents respectifs, de me désigner un interlocuteur dans le dossier, ils me laissent en plan en prétextant un coup de fil à donner", déplore Bellot.

Il dit avoir présenté une solution depuis des mois et attend qu’elle soit examinée sur le fond, mais rien ne bouge. Il sent que "les gens ont peur d’entrer dans le dossier". Son texte sur la "vliegwet" est prêt. Il intègre divers éléments comme une autorité indépendante de contrôle et un comité d’accompagnement. Il rappelle qu’il faut une solution globale. "Ce n’est pas dans l’affrontement qu’on résoudra le problème, ni devant les tribunaux", résume-t-il.

©BELGA

Il partage la solution avancée par Arnaud Feist, le patron de BAC, la société de gestion de l’aéroport national, en matière de mesures d’accompagnement aussi au profit des riverains. Celui-ci préconise une concentration des vols dans des couloirs étroits afin de pouvoir proposer des travaux d’isolation acoustique des immeubles, voire des mesures d’expropriations aux riverains.

"Qui dit plus grande concentration dit possibilité de travailler plus finement. Tous les grands aéroports qui ont réglé le problème sont allés à la fois vers des règles de survol, de routes et de procédures. Ils ont aussi opté pour des programmes d’isolation et des mesures d’aménagement du territoire interdisant la construction de maisons dans des zones proches des aéroports. C’est ce qui fait d’ailleurs le succès de Liège et de Charleroi. Mais ce sont des compétences régionales", dit-il.

La piste des isolations figure même dans son texte déposé au kern en janvier 2017. Il redoute que l’étude d’incidences ne prenne du temps pour garantir la qualité de l’analyse. Il fustige les solutions avancées par la ministre bruxelloise de l’Environnement Céline Fremault (cdH) qui, d’après lui, s’apparentent plus à un simple déplacement des nuisances d’une zone à une autre.

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