interview

François De Smet et Christophe Magdalijns (DéFI): "Il faut sortir de nos zones de confort, sinon on est mort dans cinq à dix ans"

©Dieter Telemans

Candidats à la présidence de DéFI en lieu et place d’Olivier Maingain, François De Smet et Christophe Magdalijns seront départagés dimanche par les militants. Christophe Magdalijns se dit plus ouvert au fait d’accorder une forme d’autonomie aux amarantes wallons au sein du parti que son adversaire. Les candidats se distinguent aussi sur leur attachement à la Fédération Wallonie-Bruxelles ainsi que sur la place qui doit encore être consacrée à la défense du droit des francophones.

François De Smet et Christophe Magdalijns attablés autour d’une boisson chaude, citant Spinoza puis Bergson, voilà comment le dessinateur de presse Vadot illustrait, il y a deux semaines, la campagne visant à désigner le successeur d’Olivier Maingain. Une caricature qui n’est pas si éloignée de la réalité. L’Echo a réuni les deux aspirants bruxellois au poste de président de DéFI pour un débat d’une très bonne tenue, dépourvu de toute animosité personnelle et portant uniquement sur le fond, ce qui est suffisamment rare que pour être souligné. Seules les références philosophiques manquaient finalement au tableau. Qui convaincra le plus de militants amarantes entre le néo-parlementaire fédéraliste et le député bruxellois plus régionaliste? Verdict ce dimanche!

1. Le défi wallon

En ce qui concerne l’implantation du parti en Wallonie, les deux candidats refusent de se fixer des objectifs chiffrés mais citent tout de même le fameux seuil d’éligibilité. "On a fait la moitié du chemin mais il faut structurer encore mieux les sections locales. Il faut d’abord une implantation forte aux communales, première échéance stratégique. Les sièges régionaux ou dans les circonscriptions fédérales viendront ensuite naturellement", estime Christophe Magdalijns, qui plaide pour que la vice-présidence du parti revienne à un Wallon.

"Le président du parti devra faire un pas de côté quand c’est nécessaire pour permettre à une ou plusieurs figures wallonnes d’émerger plutôt que d’imaginer que la notoriété des Bruxellois sera suffisante pour faire exister DéFI en Wallonie."
Christophe Magdalijns

"Le président du parti devra faire un pas de côté quand c’est nécessaire pour permettre à une ou plusieurs figures wallonnes d’émerger plutôt que d’imaginer que la notoriété des Bruxellois sera suffisante pour faire exister DéFI en Wallonie." La vice-présidence est une piste, mais cela ne suffira pas, selon François De Smet.

"Pour la prochaine élection, il faut que l’on puisse réfléchir à un système de ticket pour avoir un président d’une Région et un vice-président de l’autre. On doit aussi creuser certaines thématiques et écouter un peu plus nos militants wallons qui se plaignent que leurs idées ne percolent pas. Nous n’avons pas été assez bons sur des enjeux spécifiquement wallons et parfois ruraux", constate le député fédéral, qui se méfie toutefois des sous-régionalismes. "Il doit y avoir un seul DéFI, une enseigne unique, mais un président qui ne décide pas seul pour que le parti ne soit pas perçu comme juste bruxellois." À l’inverse, Christophe Madgalijns est plus ouvert à l’idée d’accorder de l’autonomie aux Wallons via un comité permanent pour "leur permettre de configurer le message correspondant le mieux à la situation."

2. La Fédération Wallonie-Bruxelles

©Dieter Telemans

Pour François De Smet, la Fédération Wallonie-Bruxelles est capitale: "La fameuse mission d’agent de liaison d’Olivier Maingain visait à répondre au manque de connexion dans les mondes économiques wallon et bruxellois. La Fédération n’a pas de compétences économiques mais il manque en tout cas quelque chose qui plaide plutôt pour la réunion des structures que pour la dissolution de la Fédération. Si on pouvait terminer le processus belgo-belge avec quatre Régions, ce serait fait depuis longtemps."

Se définissant davantage comme un régionaliste, Christophe Magdalijns voit la consécration du fait régional comme une opportunité visant à éviter la cogestion de Bruxelles. "Je vois l’approche communautaire comme un risque en la matière. Je suis partisan d’une Belgique à quatre. Ce qui n’empêche pas une solidarité forte entre francophones. C’est d’ailleurs l’occasion de mettre les Wallons et les Bruxellois devant leurs responsabilités et de revoir le financement de la Fédération. Imaginer un pacte d’excellence alors qu’il y a un sous-financement structurel de la Fédération est un leurre."

3. Survivre au départ des ténors

Comment faire en sorte que le parti amarante survive à ses ténors bruxellois? "Il faut avouer que la marque DéFI est moins connue que les noms de nos ténors: Maingain, Gosuin, Clerfayt", reconnaît François De Smet, qui estime que le parti devra sortir de ses bastions, eux-mêmes en danger.

"Il y a des représentants de cette diversité dans nos rangs, mais on ne leur fait pas assez confiance à mon avis."
François De Smet

"Rester fort là où nous sommes forts et aller au-delà du canal pour s’intéresser à un public et une jeunesse qui ne nous connaît pas et la sensibiliser à notre message d’émancipation et de réussite sociale. Nous devons aussi faire un effort en matière de diversité. Il y a des représentants de cette diversité dans nos rangs, mais on ne leur fait pas assez confiance à mon avis. Il ne s’agit pas de faire du racolage mais d’être présent dans cette couronne de l’ouest, de sortir de nos zones de confort sinon on est mort dans cinq à dix ans. Il faut s’occuper des préoccupations de cette population qui sont en fait les mêmes que tout le monde: l’emploi et la formation. Nous n’avons pas assez capitalisé en campagne sur le très bon bilan de Didier Gosuin en matière d’emploi des jeunes", affirme le député fédéral.

Son adversaire auderghemois enchaîne sur un constat d’échec relatif au fonctionnement du parti à Bruxelles. "Le comité permanent n’a pas fonctionné, des sections ont été laissées à l’abandon et on a tourné avec nos locomotives comme si elles allaient naturellement assurer la pérennité du parti. Nous sommes en danger partout mis à part à Woluwe-St-Lambert pour l’instant. À Auderghem, le bastion de Didier Gosuin, on est battu par Ecolo aux législatives et aux européennes. C’est le syndrome boitsfortois. Si la vague verte est structurelle, elle emportera DéFI avec elle à Bruxelles. La structuration du parti est essentielle, il faut appuyer les sections locales, leur permettre d’exister. Lorsqu’on retourne sur le terrain, on est crédible. En accompagnant Didier Gosuin en début de mandat, notamment à Molenbeek, j’ai vu des gens qui sont en demande d’un discours aux tonalités pragmatiques."

4. Convaincre la jeunesse

©Dieter Telemans

On insiste pour savoir de quelle façon les deux aspirants-présidents entendent s’adresser à la jeunesse bruxelloise issue de quartiers moins favorisés. "J’essaierai de les capter avec le message de fond de notre doctrine économique, le libéralisme social, mais surtout la volonté d’être le parti de la réussite sociale. Il y a de la place pour un message centriste qui assume la croyance en l’économie de marché, le fait de vouloir récompenser le travail, et la croyance qu’il est nécessaire de redistribuer les richesses pour faire évoluer les quartiers", répond François De Smet, qui juge aussi utile de contrer le discours Ecolo parfois trop dogmatique.

"Avant d’entrer en politique, je pensais que tous les Ecolo étaient naturellement favorables au métro, ce qui n’est pas le cas. À nous de trouver la bonne recette pour montrer les ambivalences dans le discours des autres." L’ascenseur social est la solution pour Christophe Magdalijns. "Ces jeunes ont conscience d’être au dernier étage, au -1 voire au -2. Comme ceux des quartiers plus aisés, ils attendent des écoles qui tiennent la route, un espace public de qualité, des formations, la perspective de pouvoir acquérir un bien immobilier et d’accéder à la classe moyenne. Il faut pouvoir leur dire qu’en tant que Bruxellois, ils ont accès aux mêmes conditions que les autres à tous les éléments qui font que l’ascenseur social fonctionne, comme la formation."

5. La laïcité comme message clé

On leur demande si la laïcité pourrait représenter un frein à la captation de ce jeune électorat. "Seulement si nous n’expliquons pas avec assez de pédagogie que notre laïcité est inclusive, elle ne vise pas à combattre les religions mais à permettre aux croyants et aux non-croyants de coexister. Notre positionnement sur le port de signes convictionnels dans les administrations publiques et les écoles est clair: il doit y avoir des sanctuaires de laïcité. Mais il y a aussi des mesures positives et créatrices comme le remplacement des cours clivants de morale et de religion par un cours commun de philosophie, d’histoire des religions et de la laïcité", entame François De Smet qui insiste ensuite sur l’importance de faire la synthèse entre laïcité et lutte contre les discriminations.

"Nous ne ferons jamais de communautarisme. Je préfère renoncer à l’électorat sensible à cette démarche plutôt que de se corrompre."
Christophe Magdalijns

"Il faut porter ces deux messages en même temps." Selon Christophe Magdalijns, la laïcité n’effraie qu’une toute petite partie de ces populations. "La majorité ne demande qu’à vivre ses appartenances culturelles diverses mais sans une charge religieuse de plus en plus importante. Nous ne ferons jamais de communautarisme. Je préfère que le parti renonce à l’électorat sensible à cette démarche plutôt que de se corrompre. On veut peser dans le paysage politique mais sans travestir ce que nous sommes. La laïcité est l’élément fondateur d’une société équilibrée qui ne brime pas les religions."

6. La défense des francophones

Quels seront les messages principaux portés à l’avenir par DéFI? Voilà une question qui fait ressortir une divergence de vues entre les deux candidats. Car outre le libéralisme social et l’écologie politique sur un mode pragmatique, Christophe Magdalijns estime que l’ADN FDF demeure, les francophones ayant toujours besoin d’être défendus. Tandis que François De Smet évoque aussi le libéralisme social, la laïcité et la réussite sociale mais pas la défense des francophones, un combat dérivé qui doit selon lui s’inscrire dans celui pour la défense d’un État fédéral efficace et des droits fondamentaux de toutes les minorités.

"Changer FDF en DéFI avec le "F" de fédéralistes était courageux et nécessaire."
François De Smet

"Changer FDF en DéFI avec le "F" de fédéralistes était courageux et nécessaire. C’est le succès de l’équipe sortante: nous sommes crédibles sur tous les sujets de société alors qu’il y a dix ans, on demandait l’avis du FDF seulement quand le gouvernement flamand prenait une directive vexatoire pour les francophones", relève le député fédéral. Son rival reconnaît s’être opposé au changement de nom. "À l’instar d’une série de partis flamands qui affichent bien volontiers le ‘V’, on doit pouvoir afficher le ‘F’ de francophone en étant dans l’idée que ce n’est pas du repli identitaire. Le fédéralisme n’est jamais qu’un moyen. Le jour hypothétique où la Flandre fera sécession, est-ce qu’il faudra encore être fédéralistes pour organiser le reste de la Belgique entre francophones?"

7. Un fonctionnement plus collectif

Comment passer d’une hyperprésidence à un fonctionnement plus collectif? "En tant que chef de file au Fédéral, je laisse toute la place à Sophie Rohonyi pour déployer ses talents. C’est ce que je ferai aussi au parti demain. Je veux qu’en fin de législature, les dix députés bruxellois soient directement identifiables comme experts dans leur matière", promet François De Smet. "Il faut révolutionner le fonctionnement pyramidal de cette présidence, poursuit Christophe Magdalijns, qui s’engage à ne pas monopoliser l’espace médiatique. Plutôt que d’être un premier de cordée, je n’ai aucun problème à être celui qui boulonnera pour faire fonctionner les structures afin de faire émerger les profils."

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