interview

Georges-Louis Bouchez: "Ma faute: avoir voulu sauver un maximum de ministres"

"Les réactions ont été fortes en raison des attentes élevées qui ont été déçues", explique le président du MR, Georges-Louis Bouchez, après avoir été mis sur la sellette. ©jonas lampens

Georges-Louis Bouchez est toujours président du MR. Dans les pages de L'Echo, le Montois revient sur la tempête que connaît le MR depuis la fin de la semaine dernière.

Après le tumulte suscité par son casting à moitié avorté – Mathieu Michel reste au fédéral, Denis Ducarme ne remplacera pas Valérie De Bue à la Région wallonne – Georges-Louis Bouchez est finalement resté à son poste. Il revient dans nos pages sur la tempête que connaît le MR depuis la fin de la semaine dernière. L'objectif des 30% aux prochaines élections est toujours d'actualité, lance-t-il. "Lewis Hamilton gagne la plupart des grands prix mais parfois il va dans le mur et fait des erreurs".

Qu'en est-il de ce G11 qui doit encadrer votre présidence?

Il n'y a qu'un seul président au MR. Ce G11 est un organe d'échange et de concertation équivalent au G9 au PS. Personne ne considère que Paul Magnette a neuf autres présidents ou qu'il est sous tutelle de qui que ce soit. Ici c'est la même chose. Ce G11 ne se substitue pas aux organes du MR. C'est un organe d'échange pour que la ligne du parti soit mieux comprise et partagée que possible. Je suis quelqu'un de libre et je le resterai. Mais à un moment donné, il n'y a pas eu la concertation nécessaire. Ce n'est pas quelque chose qui est dû à moi ou à ma présidence. Depuis des années, le MR a beaucoup fonctionné avec le bureau élargi qui réunit 28 membres. L'idée est de faire quelque chose de plus réduit.

"J'aime bien montrer mes médailles quand je gagne mais j'assume aussi mes responsabilités quand les choses vont moins bien. Je ne me suis pas caché au fond de mon lit."

Votre présidence va-t-elle changer de style?

C'est une réflexion qui va au-delà de ma personne. Je suis ce que je suis mais il faut faire évoluer la gouvernance du MR. Ce n'est pas un format sur mesure pour Georges-Louis Bouchez. J'ai été élu président, puis directement nommé informateur, puis il y a eu la crise du Covid-19, le lancement de Wilmès II et enfin ces négociations difficiles. C'est donc le premier jour de la deuxième partie de mon mandat: la mise en oeuvre de mes promesses de campagne.

Vous parlez d'incident mais le parti semble sens dessus dessous...

J'aime bien montrer mes médailles quand je gagne mais j'assume aussi mes responsabilités quand les choses vont moins bien. Je ne me suis pas caché au fond de mon lit. Pendant quatre jours il y a eu des difficultés à tous les étages.

Admettez-vous une faute?

Oui, bien sûr. Mathieu Michel n'est pas une erreur: il a les compétences et les qualités nécessaires. Mais quelque chose n'a pas fonctionné. J'avais sept ministres et la présidence du Sénat, je suis passé à deux ministres et à un secrétaire d'État.

"Les réactions ont été fortes en raison des attentes élevées qui ont été déçues, cela a réveillé des blessures du passé, cela a surtout montré l'attachement au parti. Les disputes de couple sont souvent les plus violentes par ce qu'il y a de l'amour."

Au départ, j'ai fait des choix très conservateurs en maintenant Sophie Wilmès et David Clarinval au gouvernement. Après, je me suis retrouvé avec cinq ministres qui n'ont pas démérité. Et il y avait Denis Ducarme qui n'a pas démérité non plus aux classes moyennes durant la crise et qui était mon challenger pour la présidence. Je voulais montrer qu'il n'y avait pas de vengeance. Mon erreur a été d'avoir voulu régler cela, pas tout à fait seul, mais un peu trop seul.

Avec Charles Michel?

La décision est mienne. J'ai passé des coups de fil, mais pas suffisamment. Je suis le patron, j'ai pris ma décision.

En parlant de pratiques mafieuses et de népotisme. Sabine Laruelle dit-elle tout haut ce que beaucoup pensent tout bas?

Non. Les réactions ont été fortes en raison des attentes élevées qui ont été déçues, cela a réveillé des blessures du passé, cela a surtout montré l'attachement au parti. Les disputes de couple sont souvent les plus violentes par ce qu'il y a de l'amour. Cela crée des réactions irrationnelles. C'est monté très fort et puis tout le monde a repris ses esprits. Ce qu'a dit Sabine, c'est vingt ans qui sont remontés.

La famille Michel pèse-t-elle dans vos décisions?

On ne peut pas me reprocher d'être hyperogueilleux, d'avancer tout seul et puis dire que c'est la famille Michel qui est derrière. Qui peut penser qu'on peut me téléphoner et me dire ce que j'ai à faire? Charles est mon ami, c'est vrai. Crucke est un de ceux qui m'a le plus soutenu. Didier Reynders est le premier qui m'a donné ma chance. Je transcende ces clivages-là.

"Qui peut penser qu'on peut me téléphoner et me dire ce que j'ai à faire?"

Ce que j'ai mal perçu, c'est le fait que d'avoir un Michel dans le circuit allait raviver tout cela. Mais je n'ai pas nommé un Michel, j'ai nommé Mathieu. Ce qui a créé cette situation est d'avoir voulu sauver un maximum de ministres du gouvernement précédent et parmi eux, Denis Ducarme.

Il y a eu surtout le sacrifice de Valérie De Bue, sauvée par le décret sur la représentation des genres au gouvernement wallon.

Avoir voulu à ce point sauver Denis Ducarme m'a amené à prendre des décisions inconsidérées. Je dis merci au décret, il m'a empêché de faire une double bêtise: avoir une délégation d'hommes au gouvernement wallon et exclure Valérie qui n'a pas démérité. Oui il y a une faute: celle de vouloir sauver un maximum de ministres au détriment de gens qui n'avaient pas à en payer les conséquences.

Que dites-vous à Denis Ducarme?

Il a un rôle important à jouer. On n'a pas toujours automatiquement le poste que l'on souhaite et j'espère qu'il y aura rapidement d'autres fonctions pour lui. En avril 2019, j'ai perdu mon mandat de député et d'échevin. Pendant trois ans, j'ai vivoté.

"On ne sort pas d'un week-end pareil en disant 'c'est formidable'. Mais on peut utiliser cette séquence pour faire entrer le parti dans la modernité."

J'ai travaillé politiquement avec une fonction de conseiller communal et une fonction au parti. Ça ne m'a pas empêché de devenir président. Denis Ducarme est député fédéral, il n'y a là rien d'infamant.

Au final, le MR en sort affaibli...

On ne sort pas d'un week-end pareil en disant "c'est formidable". Mais on peut utiliser cette séquence pour faire entrer le parti dans la modernité.

Qu'avez vous dans cet accord de gouvernement pour convaincre vos électeurs?

On a gardé toutes les réformes du gouvernement Michel: la loi de 96 n'est pas réformée, l'âge de la pension n'est pas revu, les réformes socio-économiques restent. Tout le monde s'est rendu compte que si l'on veut un taux d'emploi de 80%, il fallait maintenir ces réformes.

"Pas de regret. Dans cet accord, il n'y a rien d'inacceptable pour nous."

Ensuite, il y a énormément de lignes bleues dans cet accord: le premier emploi zéro cotisation est pérennisé, on a des points sur la couverture sociale des indépendants, sur le socio-économique, les peines incompressibles pour les atteintes aux policiers, la comparution immédiate, on a des budgets pour la sécurité et la justice et on a également obtenu qu'il n'y ait pas d'augmentation de la fiscalité. Qu'est ce qui n'est pas bon pour nous dans cet accord?

Ne manque-t-il pas une victoire libérale? Comme un deuxième emploi zéro cotisation. Vous en vouliez trois, non?

Nous avons renoncé à cette demande. Étendre la mesure à deux ou trois emplois crée de la concurrence déloyale. Pas de regret. Dans cet accord, il n'y a rien d'inacceptable pour nous. Qu'y a-t-il comme symbole fort pour les autres?

Le retour du coeur...

C'est un slogan. Ce n'est pas cela qui va apaiser celui qui tombe au chômage. C'est un accord équilibré. Fin 2019, nous avions dit avec Joachim Coens: ce gouvernement se fera au centre. C'est promesse tenue. C'est un accord qui respecte tous les partenaires, on a choisi les mesures le plus adéquates par rapport à la situation du pays.

Il y a tout de même une taxe sur le patrimoine, assurent PS et Ecolo.

Il n'y a pas de taxe sur le patrimoine, la vérité c'est qu'il y a une taxe sur les comptes-titres de plus d'un million d'euros dont les modalités doivent être définies.

"Les libéraux seront les remparts contre les nouveaux impôts. La charge fiscale globale ne doit pas augmenter."

Il y a aussi une porte ouverte aux taxes dans le cadre des conclaves budgétaires...

Il y a un équilibre à respecter: un tiers d'impôts, un tiers d'économies et un tiers divers comme le rendement de l'impôt. On ne crée pas de nouvelles taxes pour autant que la trajectoire budgétaire est respectée. Si, même en respectant la trajectoire, on en a besoin, on aura un débat dans le cadre de ces trois tiers. Les libéraux seront les remparts contre les nouveaux impôts. La charge fiscale globale ne doit pas augmenter.

Les mesures sociales de cet accord ne risquent-elles pas de se transformer en impôts dans le futur?

Nous avons limité le volume de dépenses nouvelles à 3,3 milliards. Pas parce que nous sommes méchants, mais par c'est ce qui nous permet d'aider les gens qui en ont besoin sans devoir augmenter les impôts. On a rédigé cet accord en 10 jours, on y a mis les balises générales, mais c'est la raison pour laquelle il nous faudra des ministres solides pour affiner les choses.

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