interview

Georges-Louis Bouchez, (MR): "La note de Paul Magnette n'est pas équilibrée"

©Wouter Van Vooren

Il aurait du mal à le cacher. "GLB" est aux anges. Le nouveau président du MR est en poste depuis une semaine à peine et goûte encore à la joie de la victoire. "Je me sens bien, il n’y a pas de peur, pas d’euphorie, je suis concentré, assure Georges-Louis Bouchez. Gérer un parti c’est être le patron d’une belle entreprise, une fameuse structure. Il a fallu faire un remaniement ministériel. Pour quelqu’un qui est passionné de politique, c’est une fonction exaltante." Un peu plus tard dans l’interview, il nous expliquera avoir sorti des cartons quelques symboles qui lui sont chers.

Au mur de son bureau est apparu l’original de la charte fondatrice du parti. "Avec les noms des gens qui ont constitué le parti libéral le 14 juin 1846, explique-t-il. Il traînait au 7e entre des caisses." Il poursuit. Sur son bureau, la photo de Roger de Looze, "dernier grand espoir libéral à Mons, et fondateur du ministère des classes moyennes". "Il s’est tué dans un accident de voiture en 61. Il n’a pas eu le temps d’être président du parti."

Derrière l’incontournable Jean Gol, à côté du buste de Charles Rogier, la photo de Victor Maistriau, continue Bouchez comme un guide de musée. "C’est le dernier bourgmestre libéral de Mons, il a quitté ses fonctions en 1953 et depuis lors le bourgmestre est socialiste. C’est un symbole." Le mayorat de Mons "est toujours un objectif".

La balle est dans le camp de la N-VA. Mais je ne sais pas quelle est sa position.

Le Montois est enfoncé dans un des fauteuils de son bureau, au 9e étage du siège de la Toison d’or. Posés sur l’accoudoir, ses deux smartphones qui ne cesseront pas de sonner durant l’entretien. Les eaux plates sont servies, on entre dans le vif du sujet: l’information royale de Paul Magnette qui fera peut-être son rapport final au Roi lundi, et l’éventualité de former l’arc-en-ciel, la coalition associant socialistes, libéraux et écologistes du nord et du sud. "Je vois toutes ces fuites, les rumeurs, dit-il. Il y a une grosse différence entre ce qu’on pourrait croire quand on lit les journaux et la réalité des contacts. Il n’y a pas de schéma figé. À six partis et 76 parlementaires sur 150, ce n’est pas assez. Quoiqu’il arrive, il y aura un septième, un huitième, je n’en sais rien. Personne ne peut considérer qu’on pourrait aller à six pour cinq ans. Ce n’est pas tenable, cela ne nous donnerait pas un gouvernement stable. Le MR pourrait très bien entrer dans une formule avec la N-VA, sans la N-VA, avec les verts, sans les verts. On est peut-être le seul parti côté francophone qui n’a aucune exclusive. Si j’arrive à faire une réforme fiscale, une baisse de l’impôt et un assainissement budgétaire avec le PS, je ne vois pas pourquoi je me l’interdirais. Si la N-VA veut faire du communautaire, je ne vois pas pourquoi j’irais avec elle à tout prix alors que je ne veux pas de communautaire."

Que des pistes

Georges-Louis Bouchez, président du MR. ©Wouter Van Vooren

On lui dit que l’Open Vld est presqu’en train d’exploser sur la question de monter ou non dans un arc-en-ciel. "Je ne suis pas président du Vld, à la table des négociations, la position du Vld est très claire sur le fait de faire de l’assainissement budgétaire, de la baisse de fiscalité. Qu’ils aient des discussions internes, cela leur appartient, mais pour l’instant cela ne pose pas de difficultés dans nos rapports avec eux." Et sur le fait que certains libéraux flamands disent que la note Magnette est "imbuvable"? Il éclate de rire. "Je ne vais pas utiliser ce terme. Une note, ça ne se boit pas, ça se lit. Cette note ne peut pas être l’accord d’un gouvernement dont le MR ferait partie, c’est tout. C’est une note pour un gouvernement uniquement constitué de partis de gauche. Elle n’est pas équilibrée."

"Aller dans un gouvernement à six n’est pas tenable."

Il précise: "Voir apparaître les points d’un parti ou d’un autre dans une note ne dit pas que c’est un accord de gouvernement. Ce qui me gêne dans les fuites, c’est qu’on présente les choses comme si c’était des accords politiques. Cela donne le sentiment qu’on a accepté par exemple la régularisation de sans-papiers, la pension à 1.500 euros ou l’individualisation des droits. Ce ne sont que des hypothèses, des pistes. Le rôle de Paul Magnette n’est pas de faire un accord de gouvernement mais déterminer des sujets à partir desquels on peut mener un débat en vue de trouver un compromis."

On lui demande si, à ses yeux, le président du PS fait bien le boulot. "Il a créé une dynamique au départ, pour le reste, je n’aurais peut-être pas fait tout de la même manière mais je sais aussi que c’est une mission difficile qui doit appeler à l’humilité. Quand on regarde un match de football à la télévision, on aurait mis trois buts. Mais quand on est sur le terrain, on a parfois du mal à en mettre un. Je vais rester sobre. Il y a des choses qui m’ont surpris comme le fait que quand je suis arrivé, il n’y avait pas de cadre budgétaire. Pour un libéral c’est difficile à comprendre." Une note budgétaire a finalement été produite par l’informateur. Le MR en est-il satisfait? "Il y a des avancées", répond laconiquement Georges-Louis Bouchez.

Soutien à Magnette

Il dit aussi que "si Paul Magnette peut être un élément de la solution, il a notre soutien. Mais je le répète, un gouvernement, oui, mais pas pour faire n’importe quoi. Je ne vais pas dans un gouvernement pour faire autre chose que de la récompense du travail, plus de sécurité, défendre les valeurs libérales." Possible dans un arc-en-ciel? Quid de la suite à donner à la mission de Paul Magnette? "D’ici lundi, il peut se passer beaucoup de choses. Je souhaite qu’il puisse proposer quelque chose de solide mais si lundi on n’a pas ce qui nous permet de rentrer dans une formation, il ne faut pas paniquer. S’il faut encore quelques semaines, on le fera." Pas de risque d’élections anticipées? "Il faut tout faire pour l’éviter, car elles risquent de faire monter les populistes et de mettre le pays dans de graves difficultés."

"Si j’arrive à baisser les impôts avec le PS, je ne vois pas pourquoi je me l’interdirais."

On lui demande si un gouvernement avec la N-VA est toujours le plan A pour le MR. "Je l’ai dit et je n’ai pas changé d’opinion sur l’idée qu’il faut un gouvernement qui a la plus large assise démocratique possible. Il faudrait le PS pour bien faire, la N-VA aussi. Maintenant c’est à la N-VA de se décider si elle veut former un gouvernement ou si elle veut réformer l’Etat. Il ne m’appartient pas de donner la position des partis, c’est le rôle des informateurs. Ce qui est dérangeant c’est qu’une série de partis s’expriment à la place de l’informateur, voire parfois se substituent au Palais en disant qu’à l’étape suivante, il faudrait qu’un De Wever, un CD&V ou un libéral entre en piste. Ce n’est pas à nous de dire ce genre de choses. Pour moi le risque, c’est de ne pas tout tenter. On ne peut obliger des partis à être d’accord mais on ne peut pas écarter d’un revers de la main un parti comme la N-VA. Pour moi la balle est dans le camp de la N-VA. Veut-elle bloquer le pays? Faire une réforme de l’Etat ou du socio-économique? Si elle veut faire du socio-économique pas de difficulté pour nous. Si elle veut une réforme de l’Etat et bloquer le pays, ce ne sera pas possible. On a gouverné 5 ans avec la N-VA, on sait le faire, on gouverne aujourd’hui avec le PS et Ecolo en Wallonie, on sait le faire. Je ne sais pas quelle est la position de la N-VA aujourd’hui." La N-VA est toujours claire: soit une politique socio-économique de droite, soit le confédéralisme, dit-on. "Je ne suis pas l’informateur." Point.

Le Montois insiste sur l’importance du contenu de l’éventuel accord. Mais que veut-il y retrouver? Vu le contexte budgétaire, peut-on encore promettre des baisses d’impôt? "On doit déjà faire attention de ne pas augmenter les déficits. L’assainissement doit se faire sans augmentation de la pression fiscale. La baisse d’impôt doit être possible. On ne pourra pas mobiliser les mêmes moyens que par le passé. Ce qui veut aussi dire qu’il n’est pas possible de financer toutes les gratuités des partis de gauche. On parlait de la note, je lis beaucoup de choses dans cette note mais je ne veux pas que l’addition soit payée par les classes moyennes et populaires. C’est séduisant de prévoir des chèques, l’individualisation des droits, des minima sociaux augmentés. Mais qui va payer? Si c’est celui qui gagne 1.400 ou 1.500 euros par mois, ce sera non pour nous. Pour moi, il y a deux règles: pas d’augmentation de la pression fiscale et pas touche à la classe moyenne et populaire."

Georges-Louis Bouchez, président du MR. ©Wouter Van Vooren


Le Pacte d’excellence en cause

Plusieurs universitaires estiment que la note Magnette est impayable, vous êtes d’accord avec cela? "Je pense effectivement que tout le monde devra être raisonnable. Pour une réforme fiscale, comme pour les autres dans leurs demandes sociales. Le pays a besoin d’assainissement budgétaire et de stabilité, d’un gouvernement rapidement. Le résultat ne sera peut-être pas spectaculaire, il faut faire preuve de responsabilité."

"La balle est dans le camp de la N-VA."

On enchaîne sur son projet pour le MR. Le nouveau président envisage-t-il une réforme doctrinale? "Non. Notre doctrine et notre philosophie constituent une base solide. Par contre ce que nous n’avons pas fait, c’est adapter nos propositions à de nouvelles thématiques d’avenir." Il annonce des débats sur les nouvelles technologies, l’égalité salariale entre hommes et femmes. "Les compétences de Valérie Glatigny (ministre de l’Enseignement supérieur) sont majeures à mes yeux. On doit se réapproprier la jeunesse, les sports, et remettre au centre la question de l’enseignement. Il y a trop de tabous dans l’enseignement." La machine du Pacte d’excellence est lancée, place-t-on. "Il y a des choix qui ne sont pas les choix utiles. On ne va pas se mentir, le tronc commun nous n’en sommes pas de grands supporters."

En parallèle, le nouveau président du parti prépare un nouvel organigramme pour le parti. "Il y aura plus de monde dans l’entourage de la présidence avec plus de personnes en visibilité, promet-il. Il y aura des nouveaux visages. On est dans une phase de rénovation. Si Charles et Didier sont partis ce n’est pas pour autant qu’on est dépourvus de ressources."

Il nous l’assure, Charles Michel "n’est plus revenu au parti depuis le transfert des clés". Pas de belle-mère à l’horizon. Dernier message: il n’est pas candidat Premier ministre. "Et je ne deviendrai pas ministre si le MR monte au gouvernement, je resterai président du parti pendant 5 ans."

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