interview

Georges-Louis Bouchez: "On n'a pas le droit de se planter sur la sortie du nucléaire"

©Diego Franssens

Après le débat sur le voile, Georges-Louis Bouchez vient avec d’autres sujets qui fâchent. "Mais tout ce que je veux, c’est qu’on applique l’accord de gouvernement", assure-t-il.

En interviewant le président du MR, on pensait surtout clarifier sa position sur le nucléaire, après les sorties répétées sur le sujet de l’ex-ministre de l’Energie, Marie Christine Marghem (MR). Mais Georges-Louis Bouchez veut également parler du marché de l’emploi, des pensions ou de la réforme fiscale.

D’emblée, il pointe l’objectif de 80% de taux d’emploi que s’est fixé le Fédéral pour 2030. Un objectif qui nécessitera de réformer l’incapacité et l’invalidité, mais aussi l’activation des demandeurs d’emplois ou la formation professionnelle, plaide GLB. Par activation des chômeurs, n’entendez pas nécessairement limitation des allocations dans le temps. "Travaillons sur des éléments d’efficacité immédiate. Il faut que les opérateurs de formation aient des incitants sur le pourcentage de personnes qu’elles mettent à l’emploi. Et il y a tout l’enjeu de l’école et des choix d’orientation. Je n’ai aucun problème à ce qu’un étudiant choisisse la matière qu’il souhaite. Mais il faut l’informer avant. Beaucoup trop de jeunes pensent qu’un diplôme universitaire, c’est un visa pour l’emploi, et un emploi bien payé. C’est totalement faux. Regardez les pénuries en électromécanique ou dans l’horeca."

"Le jour où on dira à un étudiant qui a voulu faire coiffure: "Tu es vraiment trop mauvais, va faire du latin!', on aura mis toutes les filières sur le même pied.»

Il aimerait revaloriser les filières techniques et professionnelles. "Le jour où on dira à un étudiant qui a voulu faire coiffure: 'Tu es vraiment trop mauvais, va faire du latin!', on aura vraiment mis toutes les filières sur le même pied", lance-t-il. Il prône la remédiation et la formation en alternance, épaté par les 97% de placements à l’emploi de cette filière en communauté germanophone. "Aujourd’hui, toute une série de personnes se retrouvent en marge du système scolaire. Il faut davantage d’initiatives comme l’opération 'Plaisir d’apprendre' mise en place par Pierre-Yves Jeholet, pour aider les jeunes qui viennent de milieux plus difficiles, où l’on n’a pas nécessairement les codes de l’école, qu’ils soient issus de l'immigration ou pas, qu’ils viennent de  Molenbeek ou de Colfontaine."

Le deuxième enjeu, à ses yeux? Mobiliser le capital nécessaire, wallon, bruxellois ou flamand, pour aider les PME wallonnes, de plus petite taille que les PME flamandes, à grandir. "Il y a des projets des ministres Borsus et Crucke sur une mobilisation de l’épargne, mais ça ne suffira pas."

"Pour monter dans ce gouvernement, on avait un accord: pas de remise en cause de l’héritage du gouvernement Michel, dont le ‘zéro coti’."

Il enchaîne avec le dossier "zéro cotisation". "Pour monter dans ce gouvernement, on avait un accord: pas de remise en cause de l’héritage du gouvernement Michel. Pension à 67 ans, loi de 1996 sur la norme salariale non revue, zéro coti, politique migratoire… Pas question de revoir l’exemption à vie des cotisations sociales pour le premier emploi ou de mettre des plafonds. Prévenir les abus, d’accord, mais l’administration a déjà des consignes très claires à ce sujet. On peut lui donner un ou deux leviers supplémentaires si nécessaire. Mais qu’on m’explique d’abord convenablement de quels abus on parle."

On évoque les critiques du Bureau du plan et de la Cour des comptes et le fait que ce mécanisme coûte beaucoup plus cher que prévu. Il s’irrite, dit que les dépenses dérapent aussi du côté des pensions ou de l’assurance maladie invalidité. "Est-ce que cette mesure crée des emplois? Oui. Est-ce que la remettre en cause pose problème? Oui, doublement oui." On parle d’effet d’aubaine, que les 50.000 emplois évoqués auraient peut-être été créés sans cette mesure. "Le principal frein à l’embauche dans une toute petite entreprise, c’est le coût du travail, répond Georges-Louis Bouchez. Dire aux acteurs de l’horeca ou aux commerçants, qui ont été fermés pendant des mois, qu’on va leur supprimer ce mécanisme, c’est de la provocation! Soit cela leur a permis de créer des emplois qui ne l’auraient pas été sans cela. Soit l’entreprise tourne vraiment bien, et cela lui laisse les moyens de créer le deuxième, le troisième ou le quatrième emploi."

On vous résume ses autres demandes: flexibilisation du travail de nuit, convergence progressive des statuts de fonctionnaire, salarié et indépendant, meilleur accompagnement des fins de carrière avec incapacité/invalidité partielle, pensions à temps partiel au-delà de l’âge légal... "Et pas touche au deuxième pilier, contrairement à ce que la ministre Lalieux a annoncé."

Réforme fiscale, sortie du nucléaire,...

Et concernant la réforme fiscale, pas question de supprimer des niches fiscales sans baisser d’abord les impôts. "Dans chaque niche, il y a un chien qui aboie et qui mord", lance Bouchez. "Et qu’on arrête de réformer la fiscalité par petits bouts. Ayons une vision d’ensemble. C’est un chantier colossal qui pourrait concerner aussi les Régions." Il plaide encore pour une augmentation de la quotité non imposable de 9.000 à 12.000 euros, éventuellement en la modulant pour qu’elle ne concerne que les salaires les plus faibles. "C’est beaucoup plus efficace que le salaire minimum, parce que ça touche aussi les temps partiels ou les indépendants. Et contrairement au crédit d’impôt, l’impact est immédiat."

On en vient au nucléaire. On lui demande si c’est lui qui a envoyé Marie Christine Marghem sur le sentier de la guerre. "Nous demandons une seule chose: le respect intégral de l’accord du gouvernement. Il prévoit un cap: la sortie du nucléaire. Mais il prévoit aussi un monitoring, au plus tard en novembre, qui doit déterminer si on sort totalement du nucléaire, ou si on maintient deux réacteurs. Je le dis à mes amis écologistes: dans tous les cas, vous serez membres du premier gouvernement dans ce pays qui fermera des réacteurs nucléaires. C’est historique!"

"Une centrale TGV, c’est autant d’émissions que des centaines de milliers de voitures!"

Ce que veut Georges-Louis Bouchez? Que ce monitoring se prononce non seulement sur la sécurité d’approvisionnement et l’impact de la sortie du nucléaire sur les prix pour le consommateur ou sur la feuille d’impôts, mais aussi sur les émissions de CO2 ou sur l’emploi. "On veut garantir à nos concitoyens qu’ils seront approvisionnés en énergie, que cette sortie du nucléaire ne provoquera pas une augmentation des prix spécifique à la Belgique, et qu’elle ne nous empêchera pas de respecter l’accord de Paris et de réduire de 55% nos émissions de CO2 à l’horizon 2030, comme le prévoit l’accord de gouvernement. Je suis désolé, on a beau m’expliquer tout ce qu’on veut avec le marché des droits de polluer et que les centrales TGV (turbine-gaz-vapeur, NDLR) vont mettre la pression sur les centrales au charbon allemandes, une centrale TGV, c’est autant d’émissions que des centaines de milliers de voitures!"

"Si on décide de sortir à 100% du nucléaire, et qu’on se trompe, cela va coûter très cher."

Le MR réclame un tableau de bord précis pour la rentrée - même s’il devra encore être adapté avec le résultat des enchères pour de nouvelles centrales au gaz. "Ce n’est pas une simple formalité. Il ne faudrait pas qu’on nous amène ce tableau de bord en novembre, la veille d’un conseil des ministres et qu’on nous dise tout y est, merci, bonsoir! Nous voulons que ce monitoring puisse faire l’objet de tous les débats nécessaires, pour être sûrs qu’il tient la route.  Nous avons dressé une liste d’une vingtaine de questions qui pour nous, doivent trouver réponse dans ce monitoring, afin d’opérer les bons choix politiques. On n’a pas le droit de se planter. Si on décide de sortir à 100% du nucléaire, et qu’on se trompe, je suis convaincu que techniquement, on pourra toujours revenir en arrière, mais cela va coûter très cher."

On lui fait remarquer qu’Electrabel a clamé haut et fort qu’il était déjà trop tard pour prolonger certains réacteurs. Le gouvernement partirait donc déforcé dans une négociation sur une prolongation. "Le monitoring doit aussi porter sur ces sujets, répond le président du MR. S’il nous dit que la prolongation du nucléaire va nous coûter plus cher et ne donne pas de garanties supplémentaires en matière d’approvisionnement, nous n’avons pas de dogme. Mais je ne crois pas que le monitoring va trancher si clairement. Il va exposer les réalités et les risques, et ce sera au politique à faire un choix par rapport à une balance de risques. Nous allons engager le pays pour des décennies sur un choix stratégique qui aura des impacts sur le développement économique. Le prix de l’énergie est un vrai enjeu, parfois tout aussi important que le coût du travail. Et je ne voudrais pas que la Belgique subisse des blackouts, même quelques heures par an, qui découragent des entreprises de s’y installer. Je veux connaître précisément le risque que je prends, et ne pas prendre de risques inutiles."

Les phrases clés

"Beaucoup trop de jeunes pensent qu’un diplôme universitaire, c’est un visa pour l’emploi, et un emploi bien payé. C’est totalement faux."

"Pas question de revoir l’exemption à vie des cotisations sociales pour le premier emploi ou de mettre des plafonds."

"On veut garantir à nos concitoyens qu’ils seront approvisionnés en énergie, que cette sortie du nucléaire ne provoquera pas une augmentation des prix spécifique à la Belgique."

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