Grève nationale le 13 février

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Les syndicats CSC, FGTB et CGSLB organisent une grève nationale le 13 février prochain. Ils dénoncent "l'intransigeance" patronale.

Les négociations salariales entre patrons et syndicats au sein du Groupe des dix sont dans l'impasse. La concertation entre ces derniers a échoué, les représentants des travailleurs n'acceptant pas la "maigre marge salariale" de 0,8% et "la position rigide des employeurs" en termes de flexibilité, de fin de carrière et de salaire minimum. 

Et ils passent à l'action: la CSC, la FGTB et la CGSLB organiseront une grève nationale le mercredi 13 février, dans tous les secteurs et à travers tout le pays.

"Il n'y a pas moyen de discuter de quoi que ce soit."
un membre syndical

Les négociations entamées la semaine dernière pour aboutir à une nouvelle norme salariale et un accord interprofessionnel (AIP) 2019-2020 sont laborieuses depuis le début du processus. La marge maximale d'évolution des salaires, soir 0,8% hors indexation, qu'a définie le rapport du Conseil central de l'Économie (CCE) rend en effet les discussions difficiles, les syndicats l'estimant insuffisante tandis que les patrons n'entendent pas la dépasser.

"Il n'y a pas moyen de discuter de quoi que ce soit", se lamente un membre du camp syndical.

Les syndicats ont consulté leurs instances ce mardi. Tant la CSC que la FGTB et la CGSLB constatent que les négociations "sont dans l'impasse"

La loi de 1996

"Le point principal où cela bloque, c'est la loi de 1996 qui impose un carcan trop étroit", explique le président de la FGTB Robert Verteneuil. "Tant qu'on n'aura pas réglé le problème de cette norme qui est trop faible, les choses ne vont pas ce débloquer. Une norme aussi étriquée est impossible à accepter dans les secteurs", assure-t-il.

"Le point principal où cela bloque, c'est la loi de 1996 qui impose un carcan trop étroit."
Robert Verteneuil
président de la FGTB

Si la marge est aussi étroite, c'est parce que la loi de 1996 a été rendue plus contraignante par le gouvernement Michel. Les syndicats contestent en particulier la nouvelle méthodologie utilisée pour calculer la marge salariale. Cette méthodologie s'appuie sur un certain nombre de paramètres comme le handicap "historique", c'est-à-dire le handicap salarial antérieur à la loi de 1996 et qui est estimé à 12% environ. Un autre paramètre contesté est celui qui prévoit un "coussin de sécurité" de 0,5%. Enfin, les syndicats n'acceptent pas qu'il ne soit pas tenu compte pour le calcul de la norme des baisses de charges patronales accordées aux entreprises.

La loi Peeters

Robert Verteneuil estime que "les patrons ont pourtant déjà obtenu des cadeaux avec la loi Peeters sur les heures supplémentaires". "Le problème est qu'ils en veulent toujours plus", s'insurge-t-il.

La loi Peeters prévoit que chaque travailleur aura droit par année civile à un crédit de 100 heures supplémentaires, peu importe qu’il soit à temps plein ou à temps partiel. Ce crédit pourra être porté à 360 heures supplémentaires au niveau sectoriel. Robert Verteneuil accuse les patrons de vouloir courcircuiter la négociation sectorielle en privilégiant la négociation individuelle avec les travailleurs. "Autrement dit, il s'agit d'imposer aux travailleurs de prester des heures supplémentaires", dénonce-t-il.

"Les syndicats prennent leurs responsabilités et tirent la sonnette d'alarme en organisant une action sur le terrain", ont fait savoir les trois organisations syndicales dans un communiqué commun. Ils exigent avant tout un relèvement du pouvoir d'achat. La balle est désormais dans le camp des employeurs et des autorités, selon eux.

"Nous le regrettons", précise-t-on à la CGSLB. "Nous aurions préféré un bon accord que de devoir faire appel au gouvernement. Celui-ci va devoir trancher par exemple sur l'allocation de l'enveloppe bien-être. Or il y a fort à parier que, dans ce cas, il ne fera rien pour les allocations sociales les plus basses et qu'il compensera au niveau des pensions les plus basses les sales coups portés précédemment aux pensionnés à travers les différentes réformes. Or plus on affaiblit les chômeurs, moins ils s'en sortiront."

Du coup, les syndicats ont décidé de ne pas se présenter à la réunion "au finish" qui était initialement prévue ce mercredi. Elle devrait être purement et simplement annulée par la FEB qui préside le Groupe des Dix.

Le gouvernement fédéral, par la voix de son Premier ministre et du ministre de l'Emploi, a appelé les partenaires sociaux à poursuivre le dialogue. Charles Michel (MR) et Kris Peeters (CD&V) soulignent l'importance d'un accord social pour les travailleurs, les entreprises et les allocations. "Nous sommes conscients que ce n'est pas facile. Mais nous sommes convaincus qu'il existe suffisamment de bonne volonté afin de tout faire pour arriver à un accord", a confié le Premier ministre avant de rejoindre le Forum de Davos, précisant qu'il ne faut pas "faire sauter trop vite la concertation sociale, dans l'intérêt de la stabilité économique, de la paix sociale et du bien-être."

FEB

"Si les syndicats sont disposés à revenir à a table des négociations, nous sommes preneurs."
Pieter Timmermans
administrateur délégué de la FEB

De leur côté, les employeurs déplorent la décision des syndicats de quitter la table des négociation. "Ceci n'était pas prévu. L'attitude des syndicats est incompréhensible. La négociation n'avait pas encore véritablement commencé. Nous n'étions même pas encore entrés dans le vif du sujet puisque c'était prévu pour ce mercredi", s'étonne Pieter Timmermans, administrateur délégué de la FEB.

Il poursuit: "Le principal argument, à savoir le carcan imposé par la loi sur la norme salariale, est étonnant. L'AIP (accord interprofessionnel, NDLR) précédent était déjà basé sur la nouvelle loi, à l'époque le cadre légal était acceptable, aujourd'hui il ne l'est plus. C'est incompréhensible."

"Si les syndicats sont disposés à revenir à la table des négociations, nous sommes preneurs", affirme Pieter Timmermans. Mais pas à n'importe quelle conditions: "Nous n'avons pas l'intention de conclure un accord qui mette en difficulté les entreprises, car ce serait dommageable pour l'emploi et le pouvoir d'achat." Autrement dit, on ne déviera pas de la norme de 0,8%.

Certains sur le banc syndical ont émis le souhait de voir intervenir un conciliateur mandaté par le gouvernement. Une idée qui n'emballe pas Pieter Timmermans: "Si c'est pour mettre la loi entre parenthèses, ça ne servira pas à grand chose. Un conciliateur est une option lorsque l'impasse est totale. Or ici, nous n'avons même pas encore débattu en profondeur."

"Il y a beaucoup plus à obtenir à la table des négociations que dans la rue", conclut-il.

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