Hervé Hasquin: "La mondialisation va revenir"

Le MR célébrait ses 175 ans avec l'Open Vld ce lundi à Bruxelles. ©BELGA

Rencontre avec un des dinosaures libéraux pour les 175 ans du mouvement. Hervé Hasquin estime que le MR doit rester sur ses bases doctrinaires.

Le parti libéral, aujourd'hui MR, fête cette semaine ses 175 ans. En attendant un "grand congrès anniversaire" prévu en septembre, le parti célébrait l'événement en compagnie de l'Open Vld à l'Hôtel de ville de Bruxelles. Hervé Hasquin, sage d'entre les sages libéraux, évoque pour L'Echo l'avenir du mouvement. Pour lui, celui-ci doit rester fidèle à ses principes socio-économiques malgré les effets de la crise du covid.

Le libéralisme d'aujourd'hui est-il différent de celui de la moitié du XIXe sècle?

Les valeurs du libéralisme qui fondent la Constitution sont toujours là. Elles sont l'essence même de la démocratie. La Constitution belge est la plus progressiste de son époque. Elle porte les marques indélébiles du libéralisme: la liberté de penser, la liberté de conscience et, grande innovation, l'indépendance réciproque de l'État et des églises.

Dans la doctrine libérale, l'État a un rôle régulateur. Il peut aider à réduire les inégalités."

Et sur le plan socio-économique, les libéraux d'alors n'étaient-ils pas plus à gauche?

Il y a dans la Constitution, un principe fondamental : l'égalité des citoyens devant la loi. Cette égalité ne peut pas effacer purement et simplement les inégalités engendrées par l'environnement familial, la fortune ou les accidents de l'existence. J'entends parfois dire que les libéraux sont en contradiction avec eux-mêmes parce que l'État intervient... et bien non! Dans la doctrine libérale, l'État a un rôle régulateur. Il peut aider à réduire les inégalités. L'instruction publique en est un bel exemple.

Le libéralisme, ces dernières années, a-t-il mis ces fondements de côté?

Non. Ce sont des évolutions. Le PS se ressaisit en admettant que son premier ennemi, c'est le PTB qu'il faut oser appeler des communistes. Il y a cela aussi dans le libéralisme. J'ai dû me battre dans les années 80 contre ce qu'on appelait le nolsisme. Au PS on a des gens qui sont à gauche de la gauche, il y a chez les libéraux des gens qui sont à droite de la droite. Aujourd'hui, on sent un besoin de sécurité. Plus de 50% des Français disent qu'un pouvoir fort ne serait pas mauvais. LR est coupé en deux, entre le libéralisme social de Macron et les sirènes du Rassemblement national. Si on ne prend pas garde, on aura des tensions de cet ordre. Heureusement, la tradition démocratique est toujours puissante en Belgique. Elle exige de la pédagogie, du courage et oser, parfois, aller à contre-courant.

C'est ce que fait le président Bouchez?

Il se bat pas mal. C'est un redoutable adversaire dans la polémique. Il essaye de se mettre en avant mais connaissez-vous un président de parti qui ne le fait pas ?

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Au niveau socio-économique la rhétorique libérale sur la prudence budgétaire semble s'effondrer suite à la crise du covid...

Une fois que les choses sont remises en état, l'État n'a plus à intervenir. La rigueur s'impose toujours, mais avec souplesse et intelligence. Tout à un coût. On ne vit pas dans une bulle. Le libre-échange reste important. La mondialisation va revenir. Comment voulez-vous vivre autrement ? On ne va pas empêcher les gens de voyager.

Quelle est votre sensibilité sur la neutralité de l'État ?

"Dans les fonctions d'autorités ou dans certaines circonstances l'exigence de neutralité me parait normale."

Je suis pour une laïcité inclusive. J'ai été à la tête de l'ULB pendant 13 ans, c'est moi qui ai autorisé le port du voile, car c'était une façon de respecter une liberté dans un univers agnostique ou athée. L'islam changera quand les femmes auront plus de savoir. Car c'est le savoir qui confère l'autorité. Dans la fonction publique, à titre personnel, dans les fonctions d'autorités ou dans certaines circonstances l'exigence de neutralité me parait normale. Pour le reste, l'interdiction et la chasse à la croyance provoque toujours et le phénomène inverse, à savoir une réaction. Les gens se cacheront, certaines choses se développeront de façon souterraine.

N'est-ce pas déjà le cas ?

Vous avez des mouvements rigoristes dans les milieux islamistes, dans les milieux judaïques parfois et vous avez les intégristes du monde catholique. Dans la fonction publique, il faut veiller que l'exercice de ces libertés ne se fasse pas aux dépens d'autres libertés. Il faut une citoyenneté d'éthique minimum. C'est de ces questions qu'il s'agira de débattre au Parlement. Toutes les positions excessives devront lâcher du lest, à mon avis.

Les phrases-clés

  • "Dans la doctrine libérale, l'État peut aider à réduire les inégalités."
  • "La rigueur budgétaire s'impose toujours, mais avec souplesse et intelligence."
  • "L'interdiction et la chasse à la croyance provoque toujours et le phénomène inverse, à savoir une réaction."
  • "Sur la neutralité de l'État, toutes les positions excessives devront lâcher du leste à mon avis."

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