interview

"Il ne faut pas être bilingue pour travailler en Flandre"

Le centre étudie aussi la possibilité de collaborer avec la VUB. ©Kristof Vadino

Le centre de formation continue CVO Semper ouvrira ses portes à la rentrée 2019. À la barre, Ria Cauchie et Jean-François Declerck. L’une néerlandophone, l’autre francophone. Tout un symbole pour ce centre qui veut faciliter les échanges entre les travailleurs bruxellois et le marché de l’emploi flamand.

Les CVO (Centrum Volwassenenonderwijs – centre d’enseignement pour adultes) de Vilvoorde, de Stroombeek, Meise-Jette et le Brussels Education Center ne feront désormais plus qu’un: le CVO Semper, implanté sur le campus de la VUB. Pour les deux codirecteurs, Ria Cauchie et Jean-François Declerck, cette fusion représente une occasion de se positionner en acteur fort de la formation pour adulte sur le territoire bruxellois. "Ce regroupement permet de faire abonder les talents, de croiser les expériences de tous les étudiants", explique Ria Cauchie.

"Un étudiant syrien qui apprend le néerlandais sera ainsi mieux financé qu’un eurocrate qui vient apprendre l’italien."
Jean-François Declerck
Codirecteur du CVO Semper

La fusion répond à la réforme de l’enseignement pour adulte voulue par le gouvernement flamand. Un regroupement qui permettra des économies d’échelle, comme le veut la nouvelle méthode de financement. "Désormais, le financement sera assuré pour certains types de formation, et pour certains profils. Un étudiant syrien qui apprend le néerlandais sera ainsi mieux financé qu’un eurocrate qui vient apprendre l’italien, explique Jean-François Declerck. D’un côté, nous devons fusionner pour répondre au nouveau plan de financement. Mais d’un autre, nous le voulons aussi, car cela offre de nouvelles perspectives pour la formation continue."

Ouvrir le marché flamand

"C’est parfois plus rapide de sortir de Bruxelles pour aller bosser dans le Brabant flamand que de traverser toute la capitale."
Jean-François Declerck

Les deux codirecteurs y voient l’opportunité d’ouvrir le marché flamand aux demandeurs d’emploi bruxellois. En témoigne le partenariat étroit avec Actiris et le VDAB. "En 2018, 15.000 vacances de postes à Bruxelles venaient de la Flandre. 3.000 offres sont restées vides tout au long de l’année. Alors qu’il y a encore des chercheurs d’emploi à Bruxelles qui auraient les profils et les qualifications nécessaires. Actiris a lancé une campagne pour sensibiliser les travailleurs bruxellois à oser postuler en Flandre. Nous soutenons la démarche et voulons aussi favoriser les échanges", souligne Jean-François Declerck.

"On place souvent des barrières là où il n’y en a pas. On pense aux problèmes de la distance et de la langue. Pour la première, il faut faire le calcul. C’est parfois plus rapide de sortir de Bruxelles pour aller bosser dans le Brabant flamand que de traverser toute la capitale, même si l’on reste dans la même ville. Pour la langue, ensuite, nous proposons d’y remédier. Il ne faut pas être parfait bilingue pour travailler en Flandre, encore moins pour suivre les formations."

©Kristof Vadino

Avec cette fusion, les quatre centres passent sous le conseil d’administration de BECI, la chambre de commerce et union des entreprises de Bruxelles. "Une manière, encore une fois, de renforcer le lien entre CVO Semper et le monde de l’entreprise", explique Ria Cauchie "L’idée est vraiment, pour qui suit une formation, d’aboutir à trouver du travail. Il y a certes une formation théorique, un peu plus scolaire, mais qui débouche sur un stage en entreprise", continue la codirectrice.

Favoriser les échanges

©Kristof Vadino

Le choix de s’implanter à Bruxelles rejoint une volonté de diversité et de provoquer la rencontre. "Les formations s’adressent à un public très hétéroclite. C’était un choix délibéré de créer un seul site multilingue, pour favoriser les échanges", détaille Jean-François Declerck. L’occasion aussi de se positionner en acteur fort de l’éducation, puisque le centre regroupera près de 15.000 étudiants. "Nous étudions aussi des pistes de collaboration avec la VUB (Vlaamse Universiteit Brussel, NDLR.). Les universités bruxelloises savent que nombre de nouveaux étudiants ne connaissent pas bien les langues d’enseignement, le français ou le néerlandais. Nous pensons à des formations pour apprendre la langue professionnelle, comme nous le faisons déjà avec le français médical pour les aides-soignantes notamment."

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