"Il peut y avoir un effet Mélenchon en Belgique"

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Le PS français boit le bouillon. La détresse socialiste dans l’Hexagone passera-t-elle les frontières belges? Au sein du parti, les membres se regardent. Mélenchon aura semé ses idées en Belgique également. L’approche d’une période électorale en Belgique pourrait bien être synonyme d’instabilité.

Hamon laminé, Hamon brisé, Hamon martyrisé. Le sujet – comment aurait-il pu en être autrement? – était sur toutes les langues au bureau du PS belge, lundi dernier. Quand Benoît récolte 6,4% des voix, c’est le Parti socialiste qui se retrouve derrière Jean-Luc Mélenchon, derrière François Fillon et ses casseroles, et loin, très loin derrière Marine Le Pen et Emmanuel Macron. La rose au poing est fanée, et les camarades belges n’auront rien pu y faire.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé de haler la barque: en mars Elio Di Rupo a joué les chauffeurs de salle pour Hamon quand il est venu faire un meeting à Bruxelles. Et Paul Magnette, fort de son lustre de combattant du Ceta, s’est déplacé à Bercy pour faire battre le cœur d’un meeting du frondeur. Bon camarade, le PS belge s’est mouillé; plus dure sera la chute? Quand Mélenchon rafle la mise du "peuple de gauche" sous les yeux du monde, le boulevard de l’Empereur reste-t-il de marbre? Ou y voit-il un dangereux signal qui, entrant en résonance avec l’affaire Publifin, risque de virer au coup de bambou électoral?

"Ce sont des épiphénomènes qui seront oubliés dans cinq mois. ça n’agite que le landerneau", tranche un briscard du "boulevard", qui souhaite rester anonyme pour aborder ce sujet. Les situations française et belge ne sont pas comparables. Hollande a trop tiré la barre à droite; Hamon n’a pas su parler aux Français si ce n’est pour leur dire qu’entre Macron et Mélenchon il choisirait le second. Irrécupérable.

N’empêche, tout le monde n’est pas d’accord pour appeler "épiphénomène" la razzia de Méluche. "Il peut y avoir un effet Mélenchon en Belgique, estime cet autre membre de l’appareil PS. Pour l’heure, le PTB est dans une phase de récolte. Quand il entrera en campagne, l’instabilité pourrait devenir doctrinale au sein du PS." D’autant, indique de son côté Maxime Felon, président des Jeunes socialistes, qu’une partie des membres du parti – à la base mais pas seulement – a été séduite par le phénomène Mélenchon: "C’est celui qui ressemble le plus à la gauche de chez nous, la gauche historique qui milite jour après jour sur le terrain. Même si idéologiquement c’était Hamon qui avait le meilleur programme."

Instabilité idéologique

Et idéologiquement, les divisions du PS belge n’ont rien à voir avec les courants qui fracturent les socialistes français, poursuit Maxime Felon: "Ici, on a des luttes de chapelles, mais tout le monde est derrière le président de parti." La tentation du macronisme de plusieurs socialistes français (Jean-Yves Le Drian, Gérard Collomb…) n’a pas lieu d’être en Belgique francophone, où le principal parti de droite est libéral-social. "Hamon était sur l’échiquier politique au meilleur endroit pour nous: entre la gauche libérale et l’extrême gauche", souligne cet autre socialiste.

Nous avons voulu interroger Elio Di Rupo, il ne nous a pas répondu. Pas plus que Paul Magnette ou Rudi Demotte, qui ont pourtant fourni en février dernier un bel exemple de ce à quoi pouvait ressembler une querelle doctrinale. Quand Paul Magnette s’affichait avec Jean-Luc Mélenchon, avec la théoricienne vedette du populisme de gauche Chantal Mouffe, et tapait du poing sur l’Europe; Rudi Demotte lui opposait le credo de la nuance: "Pour moi le socialisme démocratique doit apporter le sens du compromis, de la nuance, qui n’est plus audible dans une société où on veut des discours radicaux, clairs."

Ce qui sauvera le PS? L’ancrage local, assure-t-on au boulevard de l’Empereur: 90.000 membres, 555 sections, les mutualités, le taux de syndicalisation… Et puis, une stratégie plus offensive vis-à-vis du PTB espère Maxime Felon – hier, le PS ignorait superbement ses attaques, aujourd’hui, il rend coup pour coup. Enfin, le "chantier des idées" doit déboucher sur l’ossature idéologique du parti en vue des élections – Elio Di Rupo met la dernière main à son bouquin, qui doit sortir juste avant ou juste après l’été. La ligne se redessine. Reste à voir si elle suffira à maintenir le navire PS à flots.

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