interview

"Il y a quelque chose de merveilleux dans la radicalité des militants" (Marie Lecocq, Ecolo)

©SISKA VANDECASTEELE

À 27 ans, dont seulement quatre passés dans la capitale, Marie Lecocq (Ecolo) vient de faire son entrée au Parlement bruxellois par la grande porte, grâce à un score personnel élevé qui a de quoi faire pâlir plus d’un jeune loup en politique.

Marie Lecocq est arrivée au rendez-vous sur un vélo flambant neuf de couleur verte, son premier achat comme députée bruxelloise. "Je m’étais dit que si j’étais élue, j’investirais dans un vélo de qualité avec un bon cadenas et une assurance. Je trouvais cela comique de choisir un vélo vert, mais au-delà du symbole, il est surtout très beau. Cela faisait quatre ans que je roulais sur un engin de seconde main avec seulement trois vitesses, donc je calculais un peu mes trajets. Avec celui-ci, je peux aller partout!" Et c’est d’ailleurs en pédalant qu’elle explorera l’Autriche durant le mois d’août.

"Il y avait deux bus par jour vers Rochefort. Ce que je trouve dingue avec le vélo, c’est la liberté profonde. Même à Bruxelles, cela permet de décloisonner des quartiers que je ne connectais pas toujours bien entre eux avec les transports en commun."

Cette native d’Eprave, micro-village rattaché à Rochefort depuis la fusion des communes de 1977, se souvient de la peur panique qu’elle avait à l’idée de manquer le bus pour l’école. "Il y avait deux bus par jour vers Rochefort. Ce que je trouve dingue avec le vélo, c’est la liberté profonde. Même à Bruxelles, cela permet de décloisonner des quartiers que je ne connectais pas toujours bien entre eux avec les transports en commun." Du coup, l’écologiste enchaîne sur les 19 communes qui seraient surtout un moyen, pour certains, de garder du pouvoir. "Quand j’ai emprunté la voiture de ma maman pour déménager, j’ai eu un PV parce que j’étais garée dans la commune voisine sans m’en rendre compte. On travaille dans une commune, on fait du sport dans une autre, on prend le train à la gare d’Etterbeek qui est à Ixelles… Il faut voir la ville en termes de quartiers. Grâce au décumul obligatoire en 2024, il n’y aura plus de double casquette et de conflits d’intérêts. Il sera plus facile de revoir le découpage territorial si les députés qui prennent ces décisions ne sont plus bourgmestres!"

Hobby

 La couture, pour occuper les mains et libérer l’esprit.

  • La couture, pour Marie Lecocq, est une passion ou à tout le moins un passe-temps précieux. "Je suis beaucoup dans ma tête et faire quelque chose de mes mains m’aide à laisser mon esprit divaguer. C’est pareil avec les bacs à fleurs que j’ai sur ma terrasse. J’ai besoin de mettre mes mains dans la terre."
  • La création d’un objet tangible est gratifiante. "Avec la couture, tu as fait un truc qui sera encore là le lendemain. Ce n’est pas une réunion, une pensée…"
  • Ces dernières années, la couture est devenue hype. "Il faut distinguer le hobby de l’occupation obligatoire que cela représentait pour les femmes auparavant. Je trouve cela chouette de fabriquer un t-shirt pendant cinq heures parce que je n’y suis pas obligée. Cela ne revient même pas moins cher si l’on achète de bons tissus. Avoir le temps de tricoter pour le plaisir, c’est un luxe!"

Soit un constat plutôt sensé sur la Région-Capitale, dans laquelle elle réside depuis 2015. C’est d’ailleurs ce qui nous intrigue: comment une jeune femme de 27 ans originaire de la province de Namur a-t-elle pu obtenir le 6e score (3.841 voix de préférence) de la liste Ecolo à Bruxelles où elle occupait la 12e place? "C’est une excellente question. Je ne m’y attendais pas à ce bon petit score. J’ai fait la meilleure campagne possible sans me mettre d’objectif de voix, sachant que je n’étais là que depuis quatre ans. Je n’ai pas été à l’école ni aux scouts ici. Avec mes potes et mes colocataires, on a cherché à comprendre."

Madame Oxfam en secondaire

"Je ne suis pas une femme politique mais une femme en politique."

Selon le brainstorming post-scrutin opéré par l’entourage de Marie Lecocq, son "bon petit score" s’explique éventuellement par un vote favorable aux jeunes et aux femmes mais surtout par son ancrage militant hors Ecolo. Après des études en sciences politiques avec un intérêt accru pour le micro-crédit et les relations nord-sud, elle a travaillé pour le CNCD-11.11.11 où elle était en charge des campagnes sur toute la province de Namur. Elle avait déjà rencontré Nicolas Van Nuffel, aujourd’hui responsable du département Plaidoyer au CNCD et président de la Coalition Climat, lors de la COP 2009 à Copenhague où elle était présente en tant que militante Oxfam pour réaliser des capsules vidéos. "En secondaire, j’étais madame Oxfam. Les cours m’ennuyaient donc l’engagement, c’est ce qui m’a fait tenir. J’organisais toutes sortes de journées de sensibilisation."

Pour obtenir son CDI au CNCD-11.11.11, elle a dû lâcher son premier mandat de conseillère communale. "Quand je suis entrée à l’université de Namur en 2009, j’ai parlé par hasard de l’allocation universelle avec un membre d’Ecolo J qui m’a proposé de rejoindre la branche jeune. Trois mois après, j’étais coprésidente de la section Namur. Mais c’était un peu fictif vu qu’on était que quatre. Je me suis donc retrouvée dans les fichiers d’Ecolo et on m’a proposé de tirer la liste à Rochefort en 2012, où j’ai réalisé le meilleur score d’Ecolo avec 306 voix. Tout est relatif évidemment!"

Un centre d’orientation pour les migrants

En campagne, la création d’un centre d’accueil et d’orientation pour les migrants faisait partie des thèmes de prédilection de Marie Lecocq qui regrette d’ailleurs que ce point ne se retrouve pas dans l’accord de majorité. "J’ai étudié la faisabilité, les moyens humains et financiers nécessaires ainsi que les aspects légaux. C’était important de dépasser la théorie et d’inscrire ce projet dans la réalité." Avec d’autres députés de son groupe politique, l’objectif sera de maintenir la pression sur le gouvernement pour qu’un tel projet se concrétise. "Il faut pallier les obligations non remplies par le Fédéral. Ces personnes en errance ont besoin d’un endroit pour se poser quelques semaines et pouvoir réfléchir à un projet de vie grâce à un accompagnement médico-psycho-social." Et d’anticiper l’habituelle hypothèse du risque de l’appel d’air: "À Bruxelles, un accueil cinq étoiles a été offert par les citoyens. L’histoire nous prouve que les conditions d’accueil ont peu de liens avec l’ampleur des flux vers un pays. Les mouvements migratoires s’expliquent au niveau macro: les conflits, les filières…"

De son mandat écourté, elle est ressortie avec une vision moins manichéenne de la politique. "Il y avait en face de moi des personnalités comme François Bellot ou Pierre-Yves Dermagne, avec lesquelles je n’étais pas toujours d’accord mais pour qui j’avais beaucoup de respect. La leçon n°2, c’était l’humilité. Quand tout ce que tu fais passer en quatre ans, c’est une prime pour les couches lavables! Même si je caricature un peu. La mobilisation contre le TTIP commençait et on avait aussi créé un groupe de travail avec une personne de chaque parti. Les accords de commerce représentent une grande partie de mon engagement au CNCD-11.11.11 et je continuerai de les marquer à la culotte au sein du Parlement bruxellois."

Enchaînée dans un bidon en métal pour la loi climat

©SISKA VANDECASTEELE

On revient encore sur le bon petit score. Comme on a vu sur son profil Facebook une photo de Marie Lecocq enchaînée dans un bidon métallique lors d’une manifestation non autorisée pour la loi climat dans la zone neutre, on lui demande si le côté désobéissance civile a pu jouer en sa faveur. "On était dimanche, mais des dizaines de gens ont estimé que l’urgence climatique était telle qu’il fallait bloquer la rue de la Loi. Il y a quelque chose de merveilleux dans la radicalité des militants. Pour eux, la loi climat était essentielle et ça me touche vraiment. C’est vrai qu’au-delà de ma fonction au CNCD-11.11.11, je suis identifiée comme une militante qui se bouge."

Mais cette méthode de mobilisation ne sera plus la sienne dans les années à venir. "Il faut bien savoir quelle casquette on porte. En tant que militante associative, cela avait du sens. Comme députée, je devrai prendre les décisions qui vont dans le sens de ces actions menées par d’autres. Ce qui ne change pas, c’est mon cœur de valeurs et ma vision de la vie. Après, la manière dont tu mets cela en place dépend des opportunités, que ce soit au CNCD ou chez Ecolo, mais je ne suis pas liée par l’un ou l’autre. J’ai fait le choix de quitter l’associatif pour le politique, mais dans cinq ans, je ferai peut-être un autre choix. Je ne suis pas une femme politique mais une femme en politique."

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