Infrabel menace de fermer 12 petites lignes wallonnes

Gare de Marchienne.

Un audit chiffre à 82 millions d’euros par an le montant des investissements nécessaires pour maintenir en bon état l’infrastructure ferroviaire en Belgique. Si l’État en prive Infrabel, le gestionnaire du réseau menace de fermer en Wallonie de nombreuses petites lignes de chemin de fer.

Ligne 82 Alost-Burst. Ligne 44 Spa-Pepinster, ligne 140 Charleroi-Fleurus… Ce sont trois des treize lignes ferroviaires belges qui pourraient être fermées ou ramenées à une seule voie si le gestionnaire du réseau Infrabel ne reçoit pas les fonds supplémentaires qu’il réclame. Les lignes visées, dont 12 sont wallonnes, sont mentionnées dans un document interne où Infrabel décrit le sort qui attend son réseau si le gouvernement fédéral plafonne au niveau actuel sa dotation pour investissements pour la période allant de 2020 à 2024.

1,38 milliard
Selon un audit, Infrabel a besoin d’une dotation supplémentaire de 1,38 milliard d’euros de 2018 à 2032 pour maintenir à niveau l’infrastructure ferroviaire belge.

Infrabel a en effet un train de retard, si pas plusieurs, en termes de renouvellement du réseau qu’il gère. L’entreprise se réfère à cet égard à un audit qu’elle a commandé récemment à deux firmes suisses. Si l’infrastructure ferroviaire belge y est jugée "globalement en bon état", les consultants estiment que le gestionnaire du réseau aura besoin de 1,38 milliard d’euros supplémentaires pour financer les investissements destinés à le maintenir à niveau à l’horizon de 2032, soit 82 millions d’euros en moyenne par an. L’enveloppe annuelle moyenne se chiffre à 99 millions d’euros de 2018 à 2022, à 64 millions entre 2023 et 2027 et à 113 millions de 2028 à 2032, selon le rapport annuel d’Infrabel. Si ce budget ne lui est pas octroyé, Infrabel manquera de moyens dans les dix ans à venir pour continuer à exploiter le réseau actuel.

Milliard vertueux

Infrabel et l’État n’en sont pas à leur première joute budgétaire. Lorsque le gouvernement Michel avait réduit la dotation du gestionnaire de réseau, son CEO Luc Lallemand avait décidé de geler tous les investissements destinés à l’extension du rail. Mais pour éviter de mettre en péril l’achèvement du réseau RER dans le Brabant wallon, le gouvernement, Infrabel et la SNCB avaient convenu d’allouer un montant unique de 1 milliard d’euros à de nouveaux investissements. Côté wallon, une partie de ce pactole a servi au fameux RER. Et côté flamand, l’argent a été investi dans l’électrification de deux lignes ferroviaires et une série d’études d’investissements projetés, comme le second accès au port d’Anvers.

L’an dernier, le gouvernement fédéral a conclu un accord de coopération avec les trois Régions sur ce "milliard vertueux". Toutes les parties se sont engagées "à assurer le maintien de l’ensemble du réseau, en particulier pour les lignes à faible densité de population, sans qu’aucun kilomètre de lignes ferrées nécessaires au trafic ne soit supprimé ". Au vu de cet engagement ferme, il est difficile d’envisager à présent la fermeture effective de lignes ferroviaires.

Surtout avec un tel déséquilibre communautaire. 12 des 13 lignes menacées se situent au sud du pays. Il s’agit notamment de la ligne reliant Charleroi Ouest à Fleurus, alors qu’Infrabel souligne elle-même que Fleurus doit devenir la nouvelle porte d’accès de l’aéroport Brussels South. On relève également la ligne Angleur-Marloie, tout près du domicile du ministre fédéral de la Mobilité, François Bellot (MR). 

©MEDIAFIN

Si le réseau wallon a besoin de plus d’argent pour sa remise à niveau, cela s’explique tout simplement par l’ancienneté de l’infrastructure installée au sud du pays. L’équipement de la région "Sud-Ouest " (provinces de Hainaut, Namur et Brabant) affiche un âge nettement supérieur à la moyenne, souligne l’audit suisse qu’un vent favorable a porté jusqu’à notre rédaction. Et c’est à Bruxelles que l’infrastructure est la plus récente.

©Photo News

Les consultants suisses estiment qu’une clé de répartition de 52/48 serait plus correcte à long terme compte tenu de la longueur respective des réseaux des deux côtés de la frontière linguistique. "La répartition déséquilibrée persistante des moyens destinés au maintien de la capacité peut déstabiliser l’organisation industrielle d’Infrabel et, par conséquent, nuire à la qualité d’exploitation des lignes concernées ", indique-t-on dans l’audit.

La suppression de lignes wallonnes est un brûlot politique. La mesure se heurte en effet à la fameuse clé de répartition 60/40 qui veut que 60% des budgets ferroviaires aillent à la Flandre et 40% à la Wallonie (les infrastructures à Bruxelles sont financées par une autre voie). Cette clé de répartition est un sujet de contentieux depuis longtemps. La Flandre fait valoir que ses habitants font rentrer plus de recettes. La Wallonie rétorque que les deux Régions comptent autant de kilomètres de voies ferrées. Lorsque l’ancien patron de bpost, Johnny Thijs, avait proposé il y a quelques années à Jacqueline Galant (MR), qui a précédé François Bellot au ministère des Transports, de fermer les lignes wallonnes non rentables, elle l’avait promptement renvoyé dans les cordes.

Au conseil d’administration d’Infrabel, les réactions sont partagées à propos de la "première évaluation" émise par son management. Un administrateur qualifie le document de "pur chantage" à l’égard du gouvernement fédéral. Un autre préfère y voir la volonté de le sensibiliser: "Le gouvernement fédéral doit faire un choix. Soit nous maintenons un réseau principal et économisons sur le réseau secondaire. Soit, nous ne réduisons pas l’infrastructure, mais, dans ce cas, des moyens supplémentaires sont nécessaires. "

Dans une réaction à nos informations, Infrabel souligne que tout est suspendu dans l’attente d’un nouveau gouvernement fédéral. Le porte-parole indique que l’audit suisse est en cours d’actualisation parce que plusieurs chiffres ne correspondent plus à la réalité. Il nous revient aussi que les Suisses n’ont pas pris en compte certains aspects, comme les coûts informatiques ou la sécurisation des parois rocheuses en Wallonie. Le budget nécessaire sera donc encore plus élevé.

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