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interview

Jacques Crahay, nouveau président de l'UWE: "Les patrons ne sont pas juste là pour produire"

Jacques Crahay ©Emy Elleboog

Nouveau président de l’Union wallonne des entreprises (UWE) depuis ce lundi soir, Jacques Crahay lie son mandat aux défis de la planète. Le patron de Cosucra parle d’un monde en plein changements dans lequel les 77.000 entrepreneurs wallons doivent montrer l’exemple face aux multiples défis sociétaux.

Pourquoi avoir accepté cette présidence de l’Union wallonne des entreprises?

On vit un moment particulier et j’avais envie de m’engager. Il y a des défis considérables. Nous sommes face à un changement de paradigme, d’ère ou de monde… C’est politique, économique et environnemental. On peut utiliser les mots que l’on veut mais les choses changent et il y a urgence. Les ressources de la terre s’épuisent. Un nouveau monde est en train de naître sous nos yeux sans que nous le distinguions encore précisément. Individuellement, tout le monde ressent ces changements.

Comment une organisation patronale peut-elle guider les entreprises à travers ces changements?

En réfléchissant en interne sur la façon dont elle peut agir et en proposant des pistes à ses membres. Pour nous à l’UWE, c’est le travail qui commence. À côté de tout le travail habituel de lobbying, il faut adopter une vision à long terme. En démocratie, on ne sait pas décider vite. Or on voit que les problèmes s’accumulent et on a du mal à adopter des solutions.

Qu’avez-vous en tête derrière le mot "problèmes"?

Il y a le problème climatique qui concerne tout le monde. Il y a aussi un problème de ressenti social, d’évolution du travail, de technologies qui arrivent. Il y a aussi un problème avec la biodiversité. Que se passe-t-il? On sent très bien qu’on est dans un moment particulier.

"L’Union wallonne des entreprises va mettre en place une cellule de prospective."

Au niveau du ressenti social, qu’est-ce qui vous marque?

Je vois des jeunes qui veulent s’engager et entreprendre et qui veulent apporter leur pierre à l’édifice. Mais il y a aussi un sentiment d’indisposition par rapport à ce qu’on fait, par rapport à ce qu’on pense et ce qu’on vit.

Quel est le rôle des entreprises face à ces changements?

Les entrepreneurs sont une force vive de la région mais ils n’en ont pas forcément conscience. Je veux leur rappeler qu’ils ont un rôle sociétal à jouer. Ils ne sont pas juste là pour produire. Si on prend la moyenne de 10 travailleurs pour chacune des 77.000 entreprises en Wallonie, cela fait 77.000 leaders dont le personnel attend de savoir vers où va son entreprise par rapport à ces défis. Les travailleurs attendent que les patrons donnent l’exemple et participent à formuler des réponses aux interrogations sur l’avenir de notre société, sur le climat…

Le patron doit être un modèle?

Il doit en tout cas être proactif, affronter les choses et en discuter en interne. Tout le monde a ses idées mais il faut pouvoir en parler ensemble. C’est pourquoi on va mettre en place une cellule de prospective au sein de l’UWE. C’est le programme Odyssée Wallonie 2068. L’idée est de regarder plus loin qu’une déclaration de politique régionale du gouvernement. Elle définira le futur modèle économique et social de nos entreprises. Différents groupes de travail vont être installés sur des matières comme l’énergie, la mobilité, la réduction du temps de travail… Le but n’est pas d’appointer des experts qui vont rédiger des briques. Non, ce sont les patrons eux-mêmes qui vont participer à cette construction et rédiger une trajectoire idéale. Cette trajectoire doit servir aux entreprises ainsi qu’à tous les acteurs de l’écosystème comme le monde politique. L’idée est de se dire: qu’est-ce qu’on peut faire pour aller plus loin que ce qui nous est proposé par un gouvernement par exemple. C’est un rôle sociétal!

Une petite touche verte que l’on ajoute à l’UWE?

Parler de l’environnement signifie-t-il que l’UWE est devenu écologiste? Je ne veux pas catégoriser, je ne veux pas opposer. On n’arrête pourtant pas de s’opposer. Mais en s’opposant, on ne fait rien. C’est là où un patron peut parler d’économie circulaire par exemple.

Est-ce réalisable dans un monde où le capitalisme est mis en avant?

Oui, parce qu’on est face à des changements de paradigmes. On est face à un problème et il faut arrêter de se poser des questions idéologiques. On doit juste, nous entrepreneurs, jouer un rôle. On va faire des propositions qui vont pouvoir inspirer le monde politique.

Les phrases clés

"Les choses changent et il y a urgence. Les ressources de la terre s’épuisent."

"Nos entreprises doivent être capables de proposer des emplois inclusifs, porteurs de sens et de valeur."

 

À l’échelle de votre entreprise Cosucra, comment mettez-vous en pratique cette réflexion?

Dans l’entreprise, il y a différentes catégories. Il y a les femmes, il y a les jeunes, il y a les ingénieurs. C’est parfois difficile pour certains d’intégrer la nouvelle organisation. Mais personne dans l’entreprise n’a le droit d’imposer, par son pouvoir, quelque chose à quelqu’un d’autre. On appelle cela le consentement. Chacun apporte son élément dans la décision. On construit ainsi une décision qui, au moment où elle est prise, est la meilleure qu’on puisse prendre. Nos entreprises doivent être capables de proposer des emplois inclusifs, porteurs de sens et de valeur. On doit arriver à faire ce lien entre les personnes. C’est ce lien entre les personnes qui est en train de disparaître. Le monde politique est dans ses problèmes et n’a plus le temps de s’occuper des problèmes des gens. C’est là qu’arrive le danger du populisme. Le patron n’a pas un rôle politique à jouer mais il peut avoir un rôle dans la façon dont ses travailleurs peuvent se faire des liens. C’est une façon de lutter contre le populisme. Le patron doit avoir un rôle d’animateur.

On vit pourtant dans un rapport de force aujourd’hui. C’est un sentiment prégnant, tant à l’échelle fédérale que régionale

Le rapport de force est effectivement encore bien là mais si on parvient à dépasser ce stade face à ce sentiment d’urgence, il y a un réel potentiel pour faire avancer les choses.

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