Jacques Crahay soutenu par 160 entrepreneurs de la transition

Jacques Crahay ©jonas lampens

Le plaidoyer du président de l’UWE "pour une économie moins tyrannique et plus équilibrée" secoue le patronat wallon. Jacques Crahay est soutenu par certains, notamment par Olivier Legrain (IBA) et par la coalition Kaya. Il est critiqué par d’autres, qui y voient une prise de position unilatérale incompatible avec sa fonction. Bientôt un débat de fond entre patrons?

Les 160 entrepreneurs membres de la coalition Kaya, qui regroupe des entrepreneurs de la transition écologique, ont apporté vendredi leur soutien à Jacques Crahay, le président de l’Union wallonne des entreprises, après son plaidoyer dans L’Echo "pour une économie plus en phase avec la société, une économie moins tyrannique". Selon le patron des patrons wallons, "l’économie est là pour nous faire vivre et nous rendre service, elle n’est pas là pour nous dicter sa loi".

"Les patrons savent qu’on ne peut plus continuer sur le modèle d’une croissance sans limite alors que les ressources sont limitées. Mais ils ne veulent pas en parler parce que cela met leur business à mal", assène notamment Jacques Crahay, s’exprimant comme aucun président de l’UWE ne l’a fait avant lui.

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"Sortir du groupe"

On est bien d’accord, disent les entrepreneurs de la coalition Kaya. "La lente transformation de notre société, dont le modèle économique basé sur la compétition et la croissance infinie dans un monde fini, ne peut survivre en dépit des puissants rouages du système financier mondialisé. Elle fait émerger des leaders responsables, à l’image de Jacques Crahay, qui acceptent de sortir du groupe pour exprimer des points de vue que l’on tente encore de marginaliser."

"Je suis à 1000% d’accord avec Jacques, revenons au sens premier de l’entrepreneuriat, une vision pour un meilleur futur."
Olivier Legrain
CEO d’IBA

Selon les signataires de cette carte blanche, le président de l’UWE invite à "se poser la question de savoir si l’on est un être humain lucide et un patron qui prend ses responsabilités sociétales face aux changements inéluctables qui sont devant nous, ou si nous préférons nous raccrocher aux lambeaux d’un monde que nous avons co-construit mais qui nous file entre les doigts".

Ce n’est pas le seul appui public qu’a reçu Jacques Crahay. Sur le fond, Olivier Legrain, le CEO d’IBA, est de ceux qui soutiennent le patron des patrons wallons. "Je suis à 1000% d’accord avec Jacques. Revenons au sens premier de l’entrepreneuriat, une vision pour un meilleur futur (en ce inclus le bien commun), osons prendre le risque et réunissons nos talents pour y arriver", écrit-il sur son compte LinkedIn.

Le costume de président

On n’en conclura pas que les propos de Jacques Crahay ne font que des heureux.

"Soit il fait amende honorable, soit il doit tirer les conséquences de sa prise de position unilatérale."
Jean-Pierre Delwart
ex-président de l’UWE

Sous couvert d’anonymat, ils sont plusieurs à regretter un plaidoyer qu’ils jugent non représentatif. "Quand on revêt le costume de président, on doit représenter toutes les entreprises, tous les entrepreneurs, c’est-à-dire ceux qui pensent comme vous comme les autres, fait valoir un ténor de l’économie wallonne. Les entreprises sont toutes embarquées vers un monde plus durable, chacune avec ses moyens. Mais elles sont actives dans un monde concurrentiel et elles ne peuvent pas faire autrement qu’en tenir compte."

Parmi les patrons wallons, un seul assume ouvertement ses critiques envers Jacques Crahay: Jean-Pierre Delwart. Celui qui a longtemps dirigé Eurogentec, et qui a présidé l’UWE de 2009 à 2012, est d’avis que l’actuel président a commis "une faute".

"On ne peut pas tirer sur l’organisation que l’on préside, on doit au contraire être en phase avec elle. Qu’il veuille la faire évoluer, très bien. Qu’il la critique publiquement, ce n’est pas normal. Jacques Crahay a désormais deux options devant lui, estime Jean-Pierre Delwart. Soit il fait amende honorable, soit il doit tirer les conséquences de sa prise de position unilatérale."

Crever l’abcès

Ils sont quelques-uns, et non des moindres parmi les instances de l’UWE, à penser comme lui. Autant dire qu’il va falloir crever l’abcès et avoir ce débat de fond que Jacques Crahay a vraisemblablement voulu susciter. En attendant, l’UWE tient son assemblée générale annuelle… mercredi prochain, à Louvain-la-Neuve. Devant le patronat wallon réuni, Jacques Crahay prendra la parole pour parler innovation, dit le programme. On ne devrait pas en découdre ce soir-là.

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