interview

Jean-Jacques Cloquet: "Je suis libre de travailler avec qui je veux, comme je veux"

Jean-Jacques Cloquet aux abords des Lacs de l'Eau d'Heure.

Jean-Jacques Cloquet a été directeur de l'aéroport de Charleroi et de Pairi Daiza. Aujourd'hui, il vient de créer une société de consultance avec le management humain pour activité principale.

Jean-Jacques Cloquet est un chic type. "Va pour un apéro!", même s'il est en vacances. "Va pour prendre un verre", même si c'est lundi de Pâques. Et pas question de l'apporter nous-même. "Tu ris ou quoi?", lâche-t-il encore au téléphone. Non, son apéro préféré, c'est lui qui s'en chargera. En revanche, l'apéro, ce sera dans la maison qu'il a louée pour les vacances, "Tu vois les Lacs de L'Eau d'Heure ? On n'est pas loin du barrage!".

Avant de nous rappeler sur le chemin, pour nous fixer rendez-vous au bar du bistrot: "Il est fermé, mais la terrasse est accessible, la vue est magnifique." Il y a du vent, il y a du soleil, il n'y a pas un chat et il fait très froid mais, de fait, qu'est-ce que c'est beau. À faire pâlir d'envie tous les Belges qui bullent sur des transats à Dubaï.

Autre surprise, comme Jean-Jacques Cloquet est un chic type, il n'a pas laissé Madame à la maison. D'abord "parce que c'est plus sympa" et que nous sommes à Charleroi, ensuite aussi parce qu'ils viennent de monter à deux une boîte de consultance, Dare Leadership, dont le core-business n'est autre que le management humain. Une sorte de méthode Cloquet pour CEO, l'inverse du sacro-saint principe du "return on investment" et qui prône quant à elle un "return on consideration". À savoir "respecter, s'intéresser et considérer" tous les collaborateurs d'une entreprise pour leur permettre de faire sortir le meilleur d'eux-mêmes. À l'arrivée – on résume – des résultats et des performances plus élevés, mais surtout une entreprise plus pérenne et plus saine.

L'ivresse de la liberté

Assis sur son tabouret, le poil au vent, notre homme a le regard aussi pétillant que celui d'un "jeune indépendant". Il explique: "Je suis libre, tu comprends? Libre de travailler avec qui je veux, comme je veux; et enfin de travailler ‘pour moi' et non plus d'être l'esclave des autres." Madame – quant à elle – a les yeux de l'amour, mais néanmoins les pattes solidement ancrées dans le sable, elle ajoute: "Jean-Jacques a le talent, l'expérience et la carrière et moi je l'aide à transmettre tout son savoir-faire pour qu'il le donne aux autres."

Les autres, ça peut être tout le monde – complète-t-il alors –, du moment que les valeurs de leur entreprise "collent" aux siennes.

"La vie redémarrera vraiment, sans doute pas comme avant, mais ça y ressemblera quand même."

Alors on trinque – un verre de rouge – à sa nouvelle carrière. À des jours meilleurs aussi, "parce que cela devient long" avec le Covid, même si Jean-Jacques Cloquet l'avoue, lui ça va plutôt bien. Comme beaucoup – qui finissent par être de moins en moins – Cloquet explique que bien qu'il respecte les mesures, il n'a pas arrêté de vivre pour autant. Son pronostic est d'ailleurs resté le même depuis un an: c'est en mai 2021 que "la vie redémarrera vraiment, sans doute pas comme avant, mais ça y ressemblera quand même".

Gestion catastrophique

Maintenant, sur le fond, il pointe la gestion catastrophique des vaccins. Sa maman, 86 ans, a reçu sa première dose il y a 3 jours seulement et encore, au centre de Binche, alors qu'elle vit à Charleroi. "T'imagines? Ils font comment les gens qui n'ont pas de gosses pour les conduire?" Non, franchement, ça ne va pas. L'Europe est évidemment pointée du doigt, mais aussi la gestion de la crise du pays.

"Dès le départ, on savait qu'il n'y aurait que le vaccin qui nous permettrait de nous en sortir, ce qu'on aurait dû faire – et ça fait un an que je le dis –, c'était mettre en place un centre logistique indépendant."

"Dès le départ, on savait qu'il n'y aurait que le vaccin qui nous permettrait de nous en sortir, ce qu'on aurait dû faire – et ça fait un an que je le dis –, c'était mettre en place un centre logistique indépendant, une sorte de task force dont l'unique but aurait été de gérer – logistiquement – les vaccinations. Un centre indépendant du politique, des taux et des chiffres de contamination, de transmission ou de l'évolution de l'épidémie, on aurait évité l'effet yoyo permanent qui dicte nos vies depuis mars 2020."

En tout cas, pour l'ancien CEO de L'Aéroport de Charleroi et de Pairi Daiza, une chose est sûre: "que ce soit au niveau européen ou national, dans le privé, ces gens-là, ça ferait longtemps qu'on les aurait mis dehors."

Secteur aérien

Arrivé à la moitié de son verre, nous lui demandons son avis sur l'avenir de l'aviation et des aéroports wallons, un secteur qui a particulièrement souffert de la crise.

"Déjà, et c'est pas parce que j'en faisais partie, mais bravo au gouvernement wallon d'avoir mis en place les task forces. Grâce à cela, on a pu convaincre les actionnaires de réinvestir."

"Maintenant  – et je le disais déjà bien avant la pandémie –, il faut vraiment réfléchir à la mise en place d'une synergie entre les aéroports wallons. Il y a vraiment quelque chose à faire. Cela ne veut pas dire ‘il faut le faire', ni ‘tout de suite', ni ‘d'office', mais il faut oser amorcer une réflexion en ce sens, un projet dans lequel chaque aéroport conserverait ses spécificités, mais dans lequel tout le monde y trouverait son intérêt."

"La concurrence va s'intensifier durement sur les vols business. Avec les téléconférences, on y réfléchira à deux fois avant de prendre l'avion, du coup la part du gâteau sera beaucoup plus petite."

Et non, l'ancien CEO de Charleroi ne dit pas ça parce que cette année, Charleroi va mal et Liège caracole, non lui le pense depuis 5 ans – "l'effet Greta, clairement" –, qui l'avait amené à revoir ses pronostics de jadis. "Je me rappelle avoir dit il y a des années 'en 2030, Charleroi accueillera 15 millions de passagers par an'. Et puis, il y a eu Greta. Là, je misais sur une baisse de 20% du trafic. Tout ça, c'était sans compter le Covid. Aujourd'hui, je reverrai mes chiffres entre 8 et 10 millions de voyageurs. Néanmoins, si tout le monde va souffrir, je pense que Charleroi s'en sortira mieux que les autres, grâce aux vols ‘ethniques', car les gens ne vont pas arrêter d'aller voir leur famille. En revanche, la concurrence va s'intensifier durement sur les vols business. Avec les téléconférences, on y réfléchira à deux fois avant de prendre l'avion, du coup la part du gâteau sera beaucoup plus petite."

Contre toute attente, des nuages noirs finissent par envahir le ciel. Le soleil jusque-là radieux fait désormais place à des mini-flocons qui s'intensifient peu à peu. C'est la grêle qui sonnera la fin de notre apéritif. Y'a pas à dire, qu'est-ce qu'il faisait beau pour un 5 avril.

Les 5 dates clés de l'ancien directeur de Pairi Daiza

• 1978: nous gagnons la finale de la Coupe de Belgique contre Beveren, alors que je jouais pour le Sporting. Un merveilleux souvenir.

• 2016: je reçois le Prix du CEO HR de l'année du magazine People Sphere.

• 2018: je reçois deux titres, "L'homme de l’Année" par l’APC (Aviation Press Club) et je deviens le "Manager de l’Année" de Trends-Tendances.

• 2020: je rencontre Anne-Catherine Bernet, couple à la ville comme à la scène. Nous créons Dare Leadership, pour encourager les CEO à gérer leur entreprise de manière humaine.

• 2022: l'avenir. Ces dernières années, on a cru que les nouvelles technologies allaient révolutionner le monde en faisant fi de l'humain. Or depuis la crise, on se rend compte que "l'humain" reste et revient au centre de tout.

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