Jean-Luc Crucke épingle le Fédéral sur la présence d'espions chinois à Liège Airport

Le ministre wallon des Aéroports Jean-Luc Crucke indique n'avoir jamais été averti par le Fédéral ou la sécurité intérieure d'éventuelles difficultés liées à Alibaba. ©BELGA

Le ministre wallon des Aéroports a écrit aux ministres de la Justice et de l'Économie pour faire le point la présence potentielle d'agents du renseignement chinois à l'aéroport de Liège, via Alibaba,

Retour à l'envoyeur. Le ministre wallon en charge des Aéroports Jean-Luc Crucke (MR) n'a que fort peu apprécié les déclarations du ministre fédéral de la Justice Vincent Van Quickenborne (Open Vld) à propos de la présence potentielle d'agents du renseignement chinois à Liège Airport, via l'installation en terres liégeoises d'Alibaba.

Il a décidé d'écrire au ministre de la Justice et de l'Économie, le socialiste Pierre-Yves Dermagne, pour faire le point, se demandant, dans la foulée, si "le vrai problème, ce n'est pas plutôt la success story" de l'aéroport régional.

"À Liège, Alibaba, c'est un client parmi d'autres. Ce n'est pas le cas à Zeebrugge par exemple, où 90% du port est entre les mains du groupe chinois Cosco."
Jean-Luc Crucke
Ministre wallon en charge des Aéroports

"Je n'ai jamais reçu aucun avertissement de la part du Fédéral ou de la sécurité intérieure me signalant d'éventuelles difficultés liées à Alibaba. Tout ce qu'a répondu le ministre de la Justice au parlementaire qui l'interrogeait était au conditionnel ou basé sur ses impressions. Or, il faut être sérieux quand on fait de la politique et que des intérêts économiques sont en jeu", a rétorqué ce vendredi Jean-Luc Crucke.

"À Liège, Alibaba, c'est un client parmi d'autres. Ce n'est pas le cas à Zeebrugge par exemple, où 90% du port est entre les mains du groupe chinois Cosco. Dans mon courrier à Van Quickenborne, je vais notamment lui demander quelles précautions y ont été prises", a poursuivi le ministre régional.

Un problème du Fédéral

Interrogé jeudi en commission Justice de la Chambre par le député Ecolo Samuel Cogolati, Vincent Van Quickenborne avait estimé que "les agents de service du renseignement chinois pourraient avoir accès aux zones sensibles et sécurisées de l'aéroport" en vertu d'une loi chinoise de 2017 selon laquelle des entreprises, comme Alibaba, sont tenues de coopérer avec les agences de renseignement chinoises et d'ouvrir des postes en leur sein à leurs agents, quel que soit le pays dans lequel ces entreprises déploient leurs activités.

"Le ministre de la Justice soulève un problème créé par le Fédéral et dont la solution doit en venir également. Qu'il fasse son boulot!"
Jean-Luc Crucke
Ministre wallon des Aéroports

Jean-Luc Crucke regrette également que le Fédéral ne règle pas les problèmes qui relèvent de sa compétence. "En mars 2019, un règlement européen, directement applicable en Belgique, prévoyait un mécanisme de filtrage des investissements étrangers. Le ministre de la Justice nous dit aujourd'hui qu'il n'est pas encore en place, mais qu'on y travaille", a encore pointé Jean-Luc Crucke en égratignant, au passage, son collègue de l'Économie, le socialiste Pierre-Yves Dermagne.

"Le ministre de la Justice soulève donc un problème créé par le Fédéral et dont la solution doit en venir également. Qu'il fasse son boulot!", a-t-il ajouté. "Je finis par croire que le vrai problème, c'est la success story de l'aéroport de Liège. Et je ne suis pas prêt à ce qu'on nous marche sur les pieds" par le biais d'affirmations aux relents communautaires, a conclu le ministre.

"Un développement convoité"

Du côté de Liège Airport, on rappelle, par ailleurs, que la sécurité est une question essentielle "au cœur de notre développement". "Interpellé par les propos du ministre de la Justice, j'ai demandé à Liège Airport Security de prendre immédiatement contact avec les services de la Sûreté pour qu'ils nous communiquent, pour autant qu'ils puissent le faire, les informations qui sont en leur possession et qui justifieraient que Liège Airport prenne des actions spécifiques, complémentaires à celles existantes aujourd'hui", a ainsi affirmé le directeur général de l'aéroport, Frédéric Jacquet.

"Notre développement s'appuie sur une stratégie qui n'autorise aucune légèreté en matière de sûreté et de sécurité, quel que soit le client, quelle que soit son origine."
Frédéric Jacquet
Directeur général de Liège Airport

"Comme tous les autres clients de Liège Airport, Cainiao - la filiale logistique d'Alibaba - est soumis aux règles strictes de screening dans l'octroi des badges d'accès à la zone aéroportuaire. Ce screening est réalisé par les services du ministre de la Justice et ne dépend en rien de Liege Airport", a-t-il rappelé.

"C'est vrai que nous connaissons un développement qui attire les regards et suscite les convoitises, mais ce développement s'appuie sur une stratégie commerciale équilibrée entre nos différents clients, stratégie qui n'autorise aucune légèreté en matière de sûreté et de sécurité, quel que soit le client, quelle que soit son origine", a enfin assuré le directeur général de l'aéroport.

Contacté jeudi soir, Alibaba a fait savoir qu'il n'avait pas de réponse à apporter à nos questions.

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