Taxe kilométrique: Jean-Luc Crucke menace de délocaliser les institutions wallonnes de Bruxelles

Le ministre wallon du Budget Jean-Luc Crucke (MR) brandit la menace de représailles si la Région bruxelloise mettait en place sa taxation kilométrique intelligente. ©BELGA

Sans surprise, le projet d'une taxation kilométrique intelligente, qui se trouve dans les cartons du gouvernement bruxellois, suscite des réactions très virulentes. En voici une liste non exhaustive.

La publication par l'Echo du projet de taxation kilométrique actuellement sur la table du gouvernement bruxellois a suscité pas mal de réactions. Pour rappel, le modèle fiscal baptisé SmartMove prévoit une taxation intelligente qui variera selon les horaires, le type de véhicule et le nombre de kilomètres parcourus. L'équipe de Rudi Vervoort (PS) n'a pas encore d'accord politique sur cette réforme de la fiscalité automobile, mais cela n'empêche pas l'opposition de faire part de son avis.

Le député régional David Leisterh (MR) évoque "un mur fiscal à l'entrée de Bruxelles sans alternative crédible". Le cdH s'est montré un brin plus enthousiaste en déclarant que le système va dans le bon sens puisque cette taxe intelligente s'inscrit davantage dans l'idée d'une taxe pollueur-payeur. "Les navetteurs seront doublement imposés. Ce système ne peut voir le jour que si les alternatives sont développées (RER…) ou si la nouvelle taxe est compensée de la même manière par les régions flamande et wallonne", considère toutefois le parlementaire régional Christophe De Beukelaer.

C'est aussi le risque de double imposition des navetteurs qui est déploré par la N-VA. La cheffe de groupe Cieltje Van Achter craint un impact négatif sur l'économie bruxelloise. "Les entreprises continueront-elles de s'établir ici? Alors qu'elles envisagent déjà de prendre moins de bureaux en raison de la crise corona, le gouvernement leur donne une raison supplémentaire de quitter la ville."

"Nous serons particulièrement vigilants au niveau de l'impact social."
Julien Uyttendaele (PS)
Député bruxellois.

"C'est une bonne chose d'avancer dans ce dossier, mais il ne faut pas confondre vitesse et précipitation", a réagi le socialiste Julien Uyttendaele. Même s'il siège sur les bancs de la majorité au parlement bruxellois, le député estime qu'il y a une série de critères à rencontrer. "Nous serons particulièrement vigilants au niveau de l'impact social."

Interrogé au parlement fédéral, le nouveau ministre de la Mobilité a déclaré n'avoir pas été informé officiellement des projets de la Région-Capitale. "C'est une bonne chose que le gouvernement bruxellois essaye de faire quelque chose contre les files dans la capitale", estime Georges Gilkinet. L'écologiste attendra la décision officielle du gouvernement de Rudi Vervoort (PS) pour veiller à la concertation entre régions.

Indignation du MR wallon

"Il faut une concertation et on va la demander au gouvernement bruxellois. Il faudra bien voir quels seront les impacts pour les Wallons."
Philippe Henry (Ecolo)
Ministre wallon de la Mobilité.

Du côté du gouvernement wallon, le ministre Ecolo en charge de la Mobilité Philippe Henry comprend la démarche entreprise par le gouvernement bruxellois qui vise à décongestionner les rues de la capitale. "On peut difficilement reprocher à la région bruxelloise de chercher des solutions sur les problèmes de mobilité et de qualité de l'air", estime-t-il. Il reste que la formule à l'étude par leurs voisins bruxellois a un goût indigeste car dans l'état actuel elle risque de pénaliser les navetteurs wallons qui se rendent quotidiennement en voiture à Bruxelles. "Il faut une concertation et on va la demander au gouvernement bruxellois. Il faudra bien voir quels seront les impacts pour les Wallons", prévient le ministre.

Son collègue du gouvernement wallon, le libéral Jean-Luc Crucke, en charge du Budget, est lui plus remonté sur ce qu’il a vu du projet. "Je constate que les Bruxellois ont envie de vivre en autarcie. Ce n'est pas que je sois contre toute réforme mais il faut un minimum de dialogue. Ici, on est dans un modèle de rage taxatoire. À aucun moment, je n'ai été contacté par mon homologue bruxellois."

"Je rappelle qu'il y a encore à Bruxelles des institutions wallonnes ou de la Fédération Wallonie-Bruxelles comme l'Awex ou WBI. Si on veut que toutes ces institutions quittent le territoire bruxellois, il n'y a pas de problème."
Jean-Luc Crucke (MR)
Ministre wallon du Budget.

À côté de l’indignation, le ministre Crucke brandit la menace de représailles. Les Bruxellois sont avertis! Il pointe d'abord la dotation que la Wallonie verse à Bruxelles chaque année pour compenser l'impact des navetteurs wallons qui se rendent dans la capitale. "Il y a un principe qui dit qu’un tiens vaut mieux que deux tu l'auras. Nous payons 19 millions de dotation par an. Bruxelles doit renoncer à cette dotation avant de dialoguer." Le ministre épingle aussi les 60 millions de recettes par an sur les véhicules de leasing qui n'arrivent pas dans les caisses wallonnes via les taxes de mise en circulation car les sociétés de leasing sont basées en Flandre et à Bruxelles. "45% des navetteurs wallons qui se rendent à Bruxelles ont un véhicule de leasing. J'aimerais bien les retrouver!" Et si cela ne suffit pas à faire réfléchir les Bruxellois, le ministre en rajoute une couche et menace de délocaliser une série d'institutions. "Je rappelle qu'il y a encore à Bruxelles des institutions wallonnes ou de la Fédération Wallonie-Bruxelles comme l'Awex ou WBI. Si on veut que toutes ces institutions quittent le territoire bruxellois, il n'y a pas de problème."

Les patrons réclament de la concertation

"Alors que nous sommes ouverts à cette discussion, pourquoi ne pas construire ce projet en concertation avec les partenaires sociaux?"
Olivier Willocx
CEO de Beci.

La Chambre de commerce de Bruxelles (Beci) rappelle que les organisations patronales soutiennent depuis longtemps le principe d'une taxation kilométrique intelligente dans un cadre national. "Alors que nous sommes ouverts à cette discussion, pourquoi ne pas construire ce projet en concertation avec les partenaires sociaux?", s'interroge Olivier Willocx qui estime qu'une telle mesure sera intéressante si elle parvient à faire évoluer les choix individuels sans impacter les entreprises situées dans la capitale. Mais pour le CEO de Beci, il n'est de toute façon pas opportun de venir avec un tel projet en ces temps de crise.

La coupole formée par la Febiac, Traxio et Renta se dit elle aussi favorable au principe d'un péage routier intelligent, mais sous plusieurs conditions. La réforme doit être budgétairement neutre et les alternatives du type parkings de dissuasion doivent être davantage développées. Enfin, le système ne doit pas créer d'inégalité entre les automobilistes belges. "Les Flamands et les Wallons qui se rendent à Bruxelles pour leur travail devront passer deux fois à la caisse", dénonce la coupole qui plaide pour la mise en place d'une taxation intelligente à l'échelle du pays.

Quant à la Brussels Hotels Association (BHA), elle se dit inquiète à l'idée qu'une telle taxation puisse concerner les touristes via l'option du pass journalier prévu pour les usagers occasionnels. Pour son secrétaire général Rodolphe Van Weyenbergh, il ne faudrait pas que cette taxe s'ajoute à celle de la zone basses émissions et à la taxe de séjour alors que le secteur touristique est déjà particulièrement touché par la crise sanitaire.

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