interview

Jean-Luc Crucke (MR): "On doit réunir les aéroports de Liège et Charleroi"

©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Jean-Luc Crucke (MR), ministre Wallon du Budget en charge des aéroports fait le point sur le secteur aéroportuaire. Au passage, il défend Jean-Marc Nollet et lance un appel vibrant au Premier ministre.

Au tempérament de passionné assorti de cette bonhommie qui a fait sa marque de fabrique, Jean-Luc Crucke a fort à faire quant à sa tutelle sur les aéroports de Liège et de Charleroi. Le ministre MR fait le point sur les enjeux du secteur frappé durement par la crise et depuis peu, par le scandale.

Êtes-vous inquiet depuis les conclusions de l’audit menée par Deloitte à l’aéroport de Liège et le licenciement de son CEO?

Je n’ai jamais été inquiet pour la qualité de l’aéroport et de sa gestion globale. Un seul dossier n'est pas exemplatif d’un fonctionnement généralisé. Les personnels font bien leur travail et on continue à avoir des demandes pour venir à l’aéroport. Mais au niveau du management, il y a eu des comportements qui ne sont pas conformes à ce qu’on peut attendre d’une entreprise publique. Quand on est sympa, on parle d’un estompement de la norme. Je suis donc en phase avec ce qui a été décidé.

L’ancien CEO Luc Partoune conteste son licenciement. Pour se défendre, il explique que toutes les décisions ont été validées par le conseil d’administration.

C’est son droit de se défendre, mais je suis totalement solidaire à la décision de licenciement prise par le CA. J’avais d’ailleurs donné comme ligne de conduite qu’il fallait le licencier.

Monsieur Partoune avait déjà été en recours pour contester la diminution de son salaire. Il a aussi été visé dans d’autres affaires pour lesquelles il y a eu une transaction pénale. Comment peut-on expliquer qu’il soit resté en place à la tête de l’aéroport?

Il y a eu une affaire pour laquelle il y a eu une transaction pénale et qui n’a rien à voir avec les faits récents. Je ne suis pas juge et certainement pas responsable du passé. On ne sait pas s’attaquer à tous les problèmes en même temps. Il y a eu une diminution de salaire et un changement du conseil d’administration. Des lanceurs d’alerte ont averti de certains agissements et c’est ce qui a amené le rapport de Deloitte.

"Aujourd’hui, on a un parlement et une majorité qui ne se taisent pas et qui ne ferment pas les yeux. C’est sûrement une différence avec le passé."

Le nettoyage est-il terminé en Wallonie après cette nouvelle affaire?

Aujourd’hui, on a un parlement et une majorité qui ne se taisent pas et qui ne ferment pas les yeux. C’est sûrement une différence avec le passé. Il n’y a plus de place pour de la compromission, pour l’acceptation de l’estompement de la règle.

Vous plaidez pour une fusion de l’aéroport de Liège avec celui de Charleroi. Quel est le projet?

J’ai toujours plaidé en ce sens et il n’est pas impossible que les circonstances soient plus mures aujourd’hui. Est-il si saugrenu de penser que deux aéroports sur un même territoire peuvent devenir "les aéroports de Wallonie", "ADW" ? Après une certaine forme de concurrence, ils ont aujourd’hui un modus operandi. C’est peut-être le moment pour réfléchir à autre chose. On y gagnerait en polyvalence. Ils ont des profils très différents mais sont complémentaires. Liège s’occupe du fret et Charleroi d’une clientèle de voyage. Avoir autant de potentiel sur le plan aéroportuaire et se réunir, c’est se renforcer. On doit pouvoir les réunir sous une forme de coupole décisionnelle. On va entamer ce débat en respectant les actionnaires privés et les microcosmes locaux.

Qu’est-ce que cela va apporter?

Des synergies. Sur le plan du personnel et en terme d’efficacité. Pendant le covid, on a dû mettre une partie du personnel de l’aéroport de Charleroi en chômage économique alors qu’à Liège, on était en demande de personnel. Lorsque vous avez une seule entreprise, c’est plus facile de créer une dynamique de transfert. De même, pour le fret, un client à Liège aura peut-être un autre fret pour un vol qui correspond plus à une destination desservie par Charleroi.

Charleroi risque de souffrir dans les années à venir. Est-ce une façon de l’aider?

Comme tout aéroport où on fait du transport passager, Charleroi souffre et souffrira le temps de la lutte complète contre la covid. Il y aura surement des changements dans le transport aérien, mais je ne crois pas que le monde connaîtra une révolution. Le premier lockdown nous a donné des signes. Dès qu’il s’est terminé, les vols low-cost ont repris. Les changements concerneront plus la clientèle d’affaires qui voyagera peut-être moins qu’avant. La clientèle du tourisme sera toujours là.

"Je ne vois pas de signe tangible qui laisse penser que Ryanair quitterait Charleroi."

Charleroi dépend fort des activités de Ryanair. Que se passerait-il si la compagnie irlandaise réorganise ses activités?

Dire comme l’a fait Ryanair, qu’il faut diminuer les taxes à Charleroi alors qu’elles sont quasiment les plus basses d’Europe tout en reconnaissant que c’est le deuxième aéroport le plus rentable pour la compagnie, c’est pousser bobonne dans les orties. J’avais dit qu’on ne renouera pas le contact tant que ce préalable est sur la table. Il a été écarté. Depuis lors, par l’entremise de Gilles Samyn (il préside le groupe de travail sur le futur de l’aéroport, NDLR), nous avons renoué le contact avec Ryanair. Et il est bon. Je ne vois pas de signe tangible qui laisse penser que Ryanair quitterait Charleroi.

Il a été question de placer l’aéroport de Charleroi en PRJ pour gagner du temps. Est-ce une toujours une option?

J’avais demandé au groupe de travail d'analyser cette option, mais à l’heure où je parle, il n’y a pas de difficulté. Il n’y a pas aujourd’hui de raison de penser à une PRJ. Cela ne veut pas dire que nous ne devrons pas recapitaliser l’entreprise. Mais si le gouvernement doit le faire, c’est sur base d’un projet. C’est la mission du groupe de travail.

Le CEO est-il sur la touche?

Non et il n’y a à son égard ni méfiance, ni défiance, ni confiance. Je ne vise pas l’homme. Il fait son travail de CEO dans un contexte difficile. Mais je crois avoir bien fait en demandant un groupe de travail qui a le mérite de prendre du recul sur la situation de la société. Quand on a le nez sur le guidon, on ne prend pas les bonnes décisions.

L'opposition cdH estime que l'aéroportuaire n'est pas suffisamment présent dans le plan de relance financé par l'Europe. D'accord?

On ne peut pas à la fois dire dans une commission qu'on dépense trop et affirmer ensuite qu'on dépense trop peu. Deux dossiers que j'ai présentés ont été retenus. Dont un qui a fait l'unanimité: Liège Carex. C'est du rail, mais c'est lié à l'aéroport, entre Liège, Paris, l'Allemagne et les Pays-Bas et je l'espère un jour Londres. 60 millions. Deux: le projet de reprofilage des avions en fin de vie. Les nouvelles générations d'avions seront à la fois moins polluants et moins énergivores. On annonce des avions hybrides et à l'hydrogène. Il y a un business du recyclage. C'est de l'économie circulaire. La Wallonie porte ce projet très concret avec le privé sur Charleroi. Quand l'opposition ne sait pas tout, il faut l'excuser. On a ensuite des projets sur l'hydrogène qui pourront servir à l'aérien. Il y a un dossier que je n'ai pas réussi à placer, mais je pourrai peut-être y arriver autrement.

Lequel?

Biofuel, de l'Université de Liège. Certains voient plus fuel que bio, ce que je peux comprendre.

"Il n’y a pas aujourd’hui de raison de penser à une PRJ pour l'aéroport de Charleroi."

Est-ce que l’aveu de Jean-Marc Nollet quant au non-respect de la bulle de 1 n’est pas de nature à miner la confiance des citoyens?

Tirer sur un homme n’est pas dans mes habitudes. Jean-Marc aurait-il dû être plus prudent? Oui. Mais sur le fond, il a dénoncé un problème qui existe. C’est quelqu’un d’honnête. Il a voulu jouer le rôle du canari qui, au fond de la mine, averti du coup de grisou avant qu’il ne soit trop tard. Il faut l’entendre et je suis convaincu qu’Alexander De Croo l’entend. Sa conférence de presse de lundi n’a pas été une réussite. Certains ne veulent voir la bouteille qu'à moitié vide, j’aimerais qu’on ait la décence de la voir à moitié pleine de temps en temps.

"Après être sortis de cette pandémie, il faudra initier un grand pacte économique et social. On doit avoir ce débat national."

De Croo a besoin de deux à trois semaines pour évaluer les risques liés à ce variant.

Peut-on lui donner tort ? Mais la méthode employée lundi avec ces calculs arithmétiques très vite contestés par d'autres experts n'était pas idéale. Ce n’est pas un reproche, les hommes et femmes politiques doivent arrêter de se bagarrer là-dessus. On doit se serrer les coudes. Ce que j’ai envie de dire à Alexander, c’est qu'après être sortis de cette pandémie, il faudra initier un grand pacte économique et social. On doit avoir ce débat national. Comment appréhender la valeur travail, la valeur capital? Cela doit régler le débat sur la norme salariale. Pour moi, un débat sur le revenu universel doit aussi y trouver sa place. Si on ne le fait pas maintenant, quand le fera-t-on? C’est le moment de construire un nouveau contrat avec nos citoyens sur le plan fiscal et social.

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