Jean-Marie Delwart met en vente le château d'Argenteuil

©Photo News

Le château d’Argenteuil, jadis résidence du roi Léopold III, est à vendre. Les candidats acquéreurs sont priés de réunir 20 millions d’euros. Au bas mot.

Les passionnés de la nature y règnent toujours en maître. Le château d’Argenteuil sert en effet encore de décor aux réunions de la Fondation Delwart, qui s’investit dans les recherches éthologiques. À travers elle, l’arrière-petit-neveu d’Ernest Solvay finance l’étude de la communication biochimique de la flore et de la faune: les fourmis qui dialoguent en diffusant des phéromones, la vie amoureuse des papillons, les mécanismes de défense du chou-fleur, etc. Ces recherches scientifiques ne sont pas toutes désintéressées. Ainsi, aux côtés de la Floridienne, la Fondation y investit aussi dans la recherche appliquée sur l’odorat humain.

7,8 millions €
C’est ce qu’avait payé Jean-Marie Delwart pour l’achat du château en 2004, un prix qui avait fait grincer des dents.

L’histoire du château ne s’est pas toujours écrite sur un lit de roses. Il a longtemps été occupé par Léopold III et sa seconde épouse, Lilian Baels. À partir de 1960, ils ont vécu un "exil volontaire" dans cette belle demeure, propriété de l’État fédéral. Pendant plus quarante ans, tous les gouvernements qui se sont succédé étaient trop heureux de voir ainsi le souverain déchu confiné dans ce qui ressemblait fort à une cage dorée. Il ne déplaisait pas non plus à la reine Fabiola, qui ne s’entendait guère avec ses beaux-parents controversés, de les savoir éloignés du château de Laeken. Pour un Léopold III amer, Argenteuil s’est transformé en base arrière de ses nombreux voyages exotiques, au point d’en faire un musée de ses multiples objets ramenés de ses expéditions lointaines.

©Photo News

Léopold est mort en 1983. La princesse Liliane en 2002. Le gouvernement belge n’a pas exaucé le vœu des enfants de Léopold III d’ériger un mémorial en l’honneur de leur père. D’abord parce que, dans les cercles du pouvoir, Léopold III était un roi à oublier au plus vite. Mais aussi, et peut-être surtout, parce que le gouvernement se refusait à régler la facture d’une rénovation en profondeur et du mémorial.

3 questions à Jean-Marie Delwart

1. Pourquoi vendez-vous le château?

Je veux passer la main. J’ai 80 ans, mes amis meurent ou tombent malades. Je me rends de plus en plus souvent en Écosse où j’ai acheté une propriété. J’aimerais régler cette affaire de mon vivant.

À l’époque, l’achat d’Argenteuil m’a permis d’y loger ma fondation en éthologie. J’insiste sur ce point parce que c’est un élément important dans mon processus de vente. Les Suisses et les Allemands sont intéressés par ma fondation, mais veulent la rapatrier chez eux. Les Allemands veulent absolument l’installer à Munich.

Mon scénario idéal serait qu’un groupe de gens riches ou même des institutions publiques, rachètent la propriété, qu’ils y voient un intérêt immobilier mais aussi qu’ils y conservent la fondation. 20 millions, 30 millions, il y a pas mal de gens qui pourraient mettre ça sur la table. Et maintenant que vous allez écrire quelque chose sur cette vente, peut-être que je vais avoir des marques d’intérêt. Je pourrais aussi vendre à un particulier. L’idéal, ce serait en tout cas d’avoir un acheteur belge. Il faudrait aussi qu’il soit au-dessus de tout soupçon. J’ai reçu l’offre d’Anglais, des gens très bien, avec un prix très beau.

2. Vous évoquez 20 à 30 millions, est-ce la fourchette de prix que vous en attendez?

J’ai fait appel à des experts, mais comment voulez-vous fixer un prix? J’ai dit à Sotheby’s et à l'Immobilière Le Lion que je voulais faire une vente à l’écossaise: les gens font offre écrite, et l’envoient à mon notaire; en dessous d’un certain prix, je ne vais pas plus loin; au dessus, je décide en fonction de mes affinités.

3. La rumeur nous rapporte que des personnages de hauts rangs vous ont approché. On entend le nom de Vladimir Poutine…

Quand j’ai acheté Argenteuil, un ami m’a indiqué qu’il venait en tant qu’agent de Poutine. C’était un mois après mon acquisition. Poutine serait allé voir Reynders durant la vente publique (à l’issue de laquelle le château a été vendu à Jean-Marie Delwart, NDLR). J’ai par contre eu des offres de riches Français bien connus, des Arabes, etc. Je n’en dirai pas davantage sur ces personnes. J’ai aussi reçu une marque d’intérêt de Kadhafi, environ quand ans après que j’ai acheté Argenteuil. Son homme de main est venu quatre fois. Le prix n’avait pas d’importance pour eux. J’ai refusé. D’abord, parce que le château n’était pas à vendre. Ensuite, parce que je n’avais aucune envie de le lui vendre.

Le gouvernement décida donc en 2004 de mettre le domaine en vente publique. Jean-Marie Delwart l’a acquis pour 7,8 millions d’euros en septembre de cette année-là. Un prix que d’aucuns ont jugé très bas pour un magnifique domaine de 140 hectares à la lisière de la forêt de Soignes (certains ministres en espéraient pas moins de 10 millions). Il est vrai que le bâtiment n’était plus que l’ombre de ce qu’il avait été au temps de sa splendeur. Aux dires de Jean-Marie Delwart, la princesse Liliane a laissé dépérir le château faute d’avoir fait réparer les fuites dans la toiture. "Après le décès de son époux en 1983, elle a refusé tous les travaux de réparation et de rénovation nécessaires, pour ne pas perturber la mémoire de son mari", avait expliqué Jean-Marie Delwart dans une rare interview. Selon ses dires, il aurait investi quelque 5 millions d’euros dans la restauration.

La datcha de Poutine

L’État belge n’en avait cependant pas encore fini avec le dossier Argenteuil et son propriétaire décoiffant. Après la vente publique, il a prié Delwart de céder le château à un certain Vladimir Poutine, déjà président de la Russie, qui était prêt à payer le prix fort pour en faire sa "datcha". Mais le patron wallon n’a rien voulu savoir et a dit "niet" au secrétaire de Poutine.

Quinze ans plus tard, Jean-Marie Delwart est disposé à vendre le château. Ce ne sont pas les raisons qui manquent. Les frais d’entretien sont très élevés. Une rénovation en profondeur coûterait des millions. Cette cession s’inscrirait aussi, d’une manière ou d’une autre, dans la planification successorale de la famille Delwart.

Sotheby’s International Realty, branche immobilière de la célèbre société de vente aux enchères, est chargée de chercher un acquéreur. Sotheby’s se refuse à tout commentaire à cet égard. Et ne fait aucune mention de cette opération sur son site web dédié aux résidences exclusives. Cette discrétion n’a rien d’étonnant. Les demeures d’exception font rarement l’objet de petites annonces. Il est vraisemblable qu’un éventuel acquéreur devra débourser au moins 20 millions d’euros. Ce qui représenterait une des transactions les plus élevées pour une résidence dans l’histoire immobilière de la Belgique.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect