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Jeunesse en détresse, bombe à retardement

Rédacteur en chef adjoint

La jeunesse est touchée de plein fouet par la crise sanitaire. Il nous faut réagir si on veut éviter l'émergence d'une "génération du confinement".

Il leur faudrait une bonne guerre, disaient nos grand-mères. Eh bien Mamy, cette fois on y est. Pas dans une guerre certes, mais dans une situation tout aussi délétère où la jeunesse, loin de l’image d’une paresse engourdie, est aux abois. Dans l’interview qu’il nous a accordée, Hans Kluge, le responsable européen de l’Organisation mondiale de la santé, le dit sans ambages: "La jeunesse est fatiguée." L’expert s’inquiète du comportement des jeunes face aux réglementations sanitaires (leur tranche d’âge est fort touchée par les infections). Mais il s’inquiète aussi de leur santé mentale: activités sociales en rade, sport à portion congrue, violence domestique.

À cette liste, nous rajouterons la détresse des étudiants en fin de parcours scolaire. En juillet, le chômage des jeunes a augmenté de 17% en Région bruxelloise et de 10% en Wallonie. Dans la capitale, le nombre de jeunes inscrits pour la première fois après leurs études a augmenté de près de 50% par rapport à l’an dernier.

Fin mai, l’Organisation internationale du travail tirait la sonnette d’alarme et appelait les Etats à "améliorer d’urgence leur situation".

La fournée suivante d’étudiants n’est pas mieux lotie. Une analyse récente des Facultés Saint-Louis a montré qu’entre février (en présentiel, donc) et la fin du confinement (à distance), la proportion d’étudiants à suivre régulièrement les cours est passée de 80% à 50%. Selon les résultats d’un sondage de l’Assemblée générale des étudiants de Louvain publié début juin, 30% des étudiants affirmaient être en décrochage scolaire. Et on ne compte plus les témoignages de détresse des étudiants en seconde session.

La crise des jeunes n’est évidemment pas l’apanage de la Belgique. Fin mai, l’Organisation internationale du travail tirait la sonnette d’alarme et appelait les Etats à "améliorer d’urgence leur situation", faute de quoi "nous allons devoir assumer l’héritage du virus pendant des décennies".

C’est en effet notre avenir à tous qui est ici en jeu.

Selon les experts, le virus restera parmi nous pendant encore de longs mois avec, comme on le voit cet été, des poussées de fièvre entrecoupées de vagues plus agressives. Avec aussi cette batterie de mesures sanitaires qui continueront à paralyser nos vies, et singulièrement celles des jeunes. Une temporalité à comparer à celle du chômage longue durée, deux ans, au-delà de laquelle on considère comme difficile la réinsertion dans le monde professionnel. C’est à travers ce prisme alarmant qu’il faut considérer la rentrée de septembre. Organisation optimale des cours, suivi des étudiants, mais aussi développement de formations (en ligne notamment), participations à la vie active, … il nous faut récupérer cette jeunesse en détresse. Une priorité pour empêcher leur "fatigue" face à la menace sanitaire. Pour éviter aussi que notre jeunesse ne se résume à une "génération du confinement", cette "bonne guerre" dont nous parlaient nos grand-mères.

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