analyse

Jusqu'à 40 milliards d'euros de pertes par an en cas de reconfinement

Le PIB belge a chuté de 12% au deuxième trimestre, soit moins que prévu. Mais un reconfinement serait une catastrophe pour l'économie. ©Photo News

Dans ses projections, la Banque nationale a chiffré les "pertes permanentes" pour l'économie belge dans le cas d'une pandémie qui se prolonge en deuxième partie d'année...

Quel serait l'impact d'un deuxième "lockdown" sur l'économie belge? Il n'y a pas aujourd'hui de réponse définitive. Tout dépend en particulier de la nature et de la durée d'un éventuel reconfinement. Mais la question hante forcément les esprits au sein du gouvernement fédéral d'Alexander De Croo, alors que de nouvelles restrictions se profilent à l'horizon.

En attendant, la Banque nationale de Belgique (BNB) a glissé un élément de réponse dans ses dernières projections économiques de juin dernier. À l'époque, ses experts avaient chiffré l'impact sur le produit intérieur brut (PIB) du confinement décrété en début d'année.

Si le virus persiste...

Le scénario de base postulait qu'avec l'été, la Belgique serait débarrassée du coronavirus. Le coup dur se limitait alors essentiellement au second trimestre de cette année (chute de 16% du PIB) suivi d'un rebond "limitant" la casse (si on ose dire) à -9% pour l'ensemble de 2020. Le rebond prévu ensuite était de 6,4% en 2021 puis de 2,3% en 2022.

Ce scénario intègre aussi 4% de pertes persistantes, cette activité économique que même une relance ne permet pas de récupérer plus tard. Sur la base du PIB à fin 2019, cela signifie un petit 20 milliards d'euros de perdu chaque année.

40
milliards €
Un deuxième "lockdown" pourrait porter à 40 milliards d'euros par an les pertes permanentes pour l'économie belge.

Depuis lors, le recul du PIB au deuxième trimestre s'est avéré moins sévère que prévu quoique toujours violent: -12%. C'est moins grave mais, a contrario, il s'avère aussi que la Belgique n'en a pas fini avec le coronavirus, loin de là. Les statistiques de santé publique nous le disent assez.

La situation actuelle fait davantage penser à un "scénario plus sévère", dressé par la BNB. Dans cette projection plus noire, l'épidémie circule toujours, des mesures de confinement s'imposent encore et tout ceci pèse sur la demande, intérieure comme extérieure.

Richesse perdue

Dans ce cas, la baisse du PIB annuel est estimée à plus de 13%, toujours suivie d'un rebond dès l'année suivante mais avec deux fois plus de dommages irrécupérables, soit 8% du PIB. Autrement dit, un deuxième "lockdown" se traduirait par une perte permanente de PIB de 20 milliards d'euros supplémentaires et porterait le total de la richesse perdue à quelque 40 milliards d'euros par an, situe Geert Langenus, macroéconomiste à la BNB.

Et encore, il s'agit là d'un minimum. "Si un lockdown complet devait être d'application, les pertes persistantes pour l'économie belge pourraient être encore plus importantes. Cela dépendra bien entendu de l'évolution de l'épidémie et de la sévérité des mesures prises pour la contrer."

Il ne s'agit ici que de modélisations, elles ne seront validées (ou pas) qu'après coup. Ces anticipations sont donc à prendre avec prudence mais elles permettent de situer l'impact potentiel d'un reconfinement.

"Nous devons organiser la vie en société dans une logique de gestion des risques, en prenant des mesures adaptées."
Alexander De Croo
Premier ministre

Des mesures plus fines?

Y va-t-on tout droit? Le week-end dernier dans L'Echo, le Premier ministre Alexander De Croo ne semblait pas pencher dans ce sens. "L'avantage que nous avons aujourd'hui, c'est qu'entre-temps nous en savons beaucoup plus sur cette crise sanitaire. En mars-avril, nous avons dû prendre des mesures très dures et très peu affinées parce qu'on était alors en plein brouillard. Aujourd'hui, c'est différent parce qu'on a les masques, les tests, le tracing, etc." 

Mais Alexander De Croo enchaînait aussitôt: "Nous devons organiser la vie en société dans une logique de gestion des risques, en prenant des mesures adaptées. Il ne faut pas tromper les gens, il ne faut pas non plus tromper l'économie: nous allons encore devoir aller fonctionner avec ce risque pendant un temps."

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