Koen Van Loo ravive l'idée d'un fonds souverain belge

"Fin 2021, la SFPI sera différente de ce qu'elle était fin 2020", indique Koen Van Loo, son CEO.

Le patron du bras financier de l'État évoque un démarrage des travaux sur un fonds souverain dans le courant du mois. Ce fonds devrait permettre à terme d'ancrer les actifs stratégiques du pays.

L'idée était arrivée une première fois sur la table du pouvoir politique en 2007, avant qu'il n'essuie une crise économique et financière majeure dont les stigmates sont toujours visibles dans le portefeuille du bras financier de l'État (BNP, Dexia, Ethias).

Cette fois, le contexte est différent, affirme Koen Van Loo, CEO de la SFPI. Relance, monde d'après, relocalisation, durabilité, transition et autres mots – pour ne pas dire valeurs – se bousculent dans les esprits en cette période de crise. L'État lui-même en a clairement établi le principe dans l'accord de gouvernement.

De quoi parle-t-on? De l'émergence d'un fonds souverain belge où seraient logés l'ensemble des bijoux de famille de la maison Belgique. En effet, "une première phase pourrait être initiée en mai par le gouvernement, avec de possibles premières concrétisations dès cette année", évoque le patron de la société d'investissement publique. "Les étoiles sont alignées. Fin 2021, la SFPI sera différente de ce qu'elle était fin 2020."

Objectif? "Jouer un rôle significatif dans le volet des investissements (transition numérique, transition énergétique, mobilité et santé) auxquels le gouvernement veut donner la priorité lors de cette législature", détaille d'ailleurs déjà l'accord de gouvernement. Mais aussi "assumer une place importante en ce qui concerne l’ancrage d’actifs stratégiques pour le pays", sur le modèle français verront certains.

"Le débat est désormais rendu possible au Fédéral, où pas mal de parties prenantes sont en faveur de ce changement", précise Koen Van Loo. Et changement il y a: "On connaît l'histoire de la Belgique, où on a plutôt eu tendance à vendre aux Français."

Profil

  • Trois activités: gestion centralisée des avoirs du gouvernement fédéral, collaboration avec le gouvernement sur des projets spécifiques, propre politique d'investissement.
  • Principales participations: BNP Paribas, Belfius, Ethias, Bpost, Brussels Airport, Euronext, Euroclear, Loterie Nationale, Asco, Sonaca et Aviapartner.
  • Total du bilan: 2,5 milliards d'euros.

L'avantage est simple. Il permettrait d'"enfin commencer à réfléchir à une politique en ce sens, là où nous sommes trop petits et ne disposons pas de suffisamment de ressources pour être crédibles aujourd'hui. De plus, c'est une question de bonne gouvernance que de distinguer clairement le rôle de l'État actionnaire de ses autres fonctions de régulateur ou de décideur par exemple".

L'on apprend également qu'un "comité de sélection" est en cours de développement "pour filtrer les investissements étrangers dans les secteurs sensibles". "Une autre indication que l'ancrage est désormais une priorité", poursuit le patron de la SFPI.

Le bras financier de l'État a d'ailleurs déjà profité de sa réflexion stratégique jusqu'à 2025 pour procéder à quelques changements. Ainsi, outre le soutien aux biotechs, à la santé, à l'aérien et au secteur financier "que nous allons poursuivre", "nous avons ajouté trois autres secteurs inspirés du plan national d'investissement stratégique: l'impact investing, dans lequel nous voulons devenir le plus gros ou l'un des plus gros investisseurs de Belgique d'ici quelques années, la transition énergétique et la nouvelle mobilité".

"Nous voulons devenir l'un des plus gros investisseurs à impact de Belgique d'ici quelques années."
Koen Van Loo
CEO de la SFPI

Tickets plus gros

En parallèle, et pour éviter de créer une concurrence néfaste aux autres acteurs du marché, la SFPI va aussi revoir ses critères d'investissement du côté des start-ups, apprend-on. "Désormais, nous investirons au moins 5 millions d'euros par dossier, jamais seuls, toujours avec au moins un partenaire privé, de même que nous n'assumerons jamais plus de la moitié de l'investissement", détaille Koen Van Loo.

Ce qui ne veut pas dire que la SFPI s'affranchit des jeunes pousses belges pour autant. "Nous continuerons à y investir, mais via des fonds spécialisés. Et ce parce que nous pensons que les start-ups d'aujourd'hui sont peut-être les perles de demain. Il est donc intéressant de voir passer les dossiers pour peut-être les reprendre à des stades de maturité plus avancés."

250
millions d'euros
La SFPI a investi 250 millions d'euros dans l'économie belge en 2020. Une part importante a été allouée aux entreprises du secteur aéronautique, qui constitue 20% du portefeuille.

C'est en tout cas l'idée. Qui offre des perspectives plus positives, après avoir consenti 250 millions d'euros d'investissements au soutien des bijoux de famille courant 2020, dont une grande partie à destination du secteur aérien (20% du portefeuille de la SFPI, NDLR). "Nous l'avons fait avec plaisir, pour montrer que nous ne sommes pas des investisseurs de beau temps. On est là aussi quand ça va mal. De plus, ce secteur est un pôle d'emplois et économique très important dans une petite économie ouverte comme la nôtre." À l'image des biotechs qui, "oui, sont un secteur risqué, mais où l'on a réussi à développer des centres d'expertise mondiaux".

Un peu plus de 4 millions d'euros pour l'État

La crise du coronavirus a assez logiquement conduit à une forte baisse du bénéfice du côté de la SFPI en raison du quasi-assèchement du flux de dividendes en provenance de ses participations. Bpost, BNP Paribas, Brussels Airport et Euroclear n'ayant pas versé de dividendes, ces flux sont en effet passés de 79 millions à 16 millions d'euros en 2020. En outre, le bras financier de l'État a également dû faire face à des réductions de valeur sur la société de biochimie Avantium et le producteur de radio-isotopes IRE-Elit. Ce qui a été compensé par un certain nombre de sorties de sociétés réussies, ayant permis de dégager quelque 24 millions d'euros, dont l'essentiel (17,5 millions) provient de la vente de la biotech MaSTherCell.
Résultat des courses, l'exercice s'est clôturé sur un bénéfice de 17 millions d'euros, dont un quart viendra renflouer quelque peu les caisses du côté du 16 rue de la Loi.

Le résumé

  • Le contexte est aujourd'hui favorable à l'émergence d'un fonds souverain.
  • Des premiers travaux sont attendus courant du mois sur le sujet, ainsi que sur un comité de sélection des investissements étrangers dans les secteurs sensibles.
  • La SFPI entend aussi grandir dans l'investissement à impact, l'énergie et la mobilité.
  • De même, ses tickets d'investissements seront désormais plus grands.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés