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L'adaptation de la stratégie vaccinale belge, une "fausse bonne idée"

Désormais, le vaccin d'AstraZeneca pourra être administré aux personnes de 41 ans et plus. ©REUTERS

La Belgique a modifié sa stratégie de vaccination sur base de nouvelles études sur les effets secondaires des vaccins d'AstraZeneca et de Johnson & Johnson.

Samedi, le commissariat Corona du gouvernement et les ministres de la Santé des différents niveaux de pouvoir ont annoncé quelques changements et apporté des précisions concernant l'utilisation des vaccins anti-Covid.

Le vaccin d'AstraZeneca à partir de 41 ans

Le vaccin AstraZeneca sera désormais administré aux personnes à partir de 41 ans et non plus à partir de 56 ans comme décidé précédemment. La décision a été prise suite à l'analyse de la balance bénéfices/risques, sur base de nouvelles études de l'Agence européenne du Médicament (EMA). Une bonne idée, cet agrandissement de la cible pour un vaccin qui a déjà beaucoup fait parler de lui?

"Dans l’analyse de l’EMA qui sous-tend la décision belge, c’est dans le groupe 40-49 ans que l’on retrouve le plus grand nombre de thromboses thrombopéniques."
Michel Goldman
Immunologiste

Immunologiste et président de l’institut pour l’innovation en santé à l'ULB, Michel Goldman considère que c’est une fausse bonne idée: il faut reconnaître les efforts remarquables consentis pour accélérer la campagne de vaccination, dit-il, mais les décisions de la Conférence interministérielle de Santé publique (CIM) risquent d’amplifier la défiance et donc d’être contre-productives, singulièrement dans la tranche d’âge 41-55 ans qui ne s’attendait pas à se voir imposer le vaccin AstraZeneca. "D’autant que dans l’analyse de l’EMA qui sous-tend la décision belge, c’est dans le groupe 40-49 ans que l’on retrouve le plus grand nombre de thromboses thrombopéniques."

Jusqu’ici, cette analyse de l’EMA n’a d’ailleurs pas modifié la limite d’âge de 55 ou 60 ans appliquée dans les grands pays de l’Union européenne. Michel Goldman estime que le décès dans notre pays d’une personne de 41 ans causé par un vaccin qu’elle n’aurait pas reçu dans les pays voisins "pourrait avoir des conséquences majeures sur la suite de la campagne de vaccination".

C’est le nombre plus élevé de Covid graves dans ce groupe qui justifie la décision belge. Michel Goldman reconnaît que cet argument est recevable, mais "encore faut-il avoir le courage de l’expliquer dans toutes ses dimensions à la population, et de laisser  aux personnes âgées de 41 à 55 ans l’opportunité de demander, en toute connaissance de cause, une vaccination prioritaire par le vaccin AstraZeneca. C’est l’option qu’a choisie le Luxembourg."

Le docteur Goldman regrette qu’en se démarquant des grands pays européens, "la Belgique contribue à la cacophonie européenne".

Le vaccin de Johnson & Johnson pour tous les âges

Le vaccin Johnson & Johnson, dont l'administration était suspendue, peut être administré à toutes les classes d'âge. Vu qu'il ne nécessite qu'une seule dose, il sera surtout réservé aux publics fragilisés et à la vaccination à domicile. "C’est bien évidemment la décision de la FDA qui sous-tend cette décision. Dans le cas du vaccin Johnson & Johnson, on retrouve la cohérence internationale que j’appelle de mes vœux. Ceci dit, il faudra suivre de près la situation, car les phénomènes très rares observés avec le vaccin AstraZeneca l’ont aussi été avec le vaccin Johnson & Johnson, mais avec une fréquence encore moindre."

"On ose espérer que les femmes enceintes se verront réserver des vaccins ARN messager exclusivement."
Michel Goldman
Immunologiste

Les vaccins AstraZeneca et Johnson & Johnson sont basés sur la même technologie, mais "le vecteur viral est différent et les protéines pour lesquelles ils codent présentent aussi quelques différences. Reste à voir si cela explique un niveau de sécurité différent."

Priorité aux femmes enceintes

Les femmes enceintes vont bientôt pouvoir être vaccinées en priorité. On ne connaît pas encore les modalités de ce changement. L'immunologiste de l'ULB regrette que la situation des femmes enceintes de plus de 41 ans ne soit pas déjà précisée et communiquée au grand public. "On ose espérer qu’elles se verront réserver des vaccins ARN messager exclusivement, sur base des données existantes et de la note du Conseil supérieur de la Santé."

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