chronique

L'année du "Belgian dream"

Pour construire notre futur nous avons besoin de tourner la page et de développer un nouveau narratif. De nouvelles stories. Des histoires qui vont nous porter, faire ressortir notre créativité et ce qu’il y a de meilleur en nous. En clair? Une troisième voie désirable et enchanteresse.

Si en guise de bilan 2020, l'on pourrait retenir une année marquée par la "sinistrose", j'ai décidé de vous parler plutôt du " Belgian dream ". Cette expression empruntée à l’ "American dream" bien connu, bien référencé et expliqué, ne présente aucune trace sur le net si ce ne sont quelques références à des PME qui portent ce nom. Personne ne sourit quand on parle de cet idéal, alors que l'on vit pourtant dans un pays où le rêve est possible, et ce, bien plus qu’ailleurs. En effet quels pays peuvent se targuer de telles réalisations!

Voici 4 raisons de croire au " Belgian dream "

-Il ne faut pas être riche pour obtenir une éducation de qualité, il existe même toute une série de solutions de qualité gratuites;

-les soins de santé sont accessibles à tous;

-la création d’une entreprise peut se faire sans capital – les PME sont pour la première fois plus d’un million;

-la Belgique n’est pas un pays inégalitaire. La Belgique à un coefficient de Gini (mesure statistique permettant de rendre compte du niveau d'inégalité) très faible. Un des plus faibles des pays européens, et parmi les plus faibles des pays développés.

Néanmoins, ce n'est pas la raison qui doit nous mener à adhérer à un projet de société comme celui du Belgian dream. Non, c’est l’émotion.

Aujourd’hui deux narratifs sociétaux s’affrontent.

D’une part, celui toujours basé sur les critères de réussite issus de la culture dominante des golden sixties où l’on se mesure toujours par des possessions matérielles plus importantes et plus dommageables sur notre environnement. Je n’ai d’ailleurs jamais compris pourquoi plus on monte dans une organisation corporate traditionnelle plus la voiture doit être grosse et polluante. Quelle drôle de façon d’être un modèle pour les juniors!

Ce modèle de réussite est encore véhiculé par la production culturelle dominante que nous consommons chaque jour. De même, des variantes de ce narratif émergent peu à peu, avec pour exemple le "populisme capitaliste", qui renie les valeurs progressistes du capitalisme et critique les élites du politiquement correct.

À ceux-là et à l’opposé du prisme, l'on retrouve les technophiles béats, prêts à sacrifier nos libertés sous l’autel de l’efficacité technologique. Il y a 5 ans, ils visitaient la Silicon Valley en groupe et se pensaient innovants après avoir vu le garage de Steve Jobs. Aujourd’hui, ils admirent la Chine pour son innovation. Certains ont déchanté tout de même quand ils ont vu les drones débarquer dans le Limbourg... Ces deux variantes ne sont qu’un nouveau rythme sur la même partition.

À ce modèle s’oppose celui de la décroissance, de l’hyper localisme, du repli sur soi, de la division (le cas du Bois de la Cambre en est un excellent épiphénomène) et d’un certain écologisme sinistre, d’autre part. Les partisans des "khmers verts", les mécontents permanents, les apôtres de l’exigence de perfection, les extrémistes des minorités voire les terroristes religieux ou terroristes tout court. C’est le même discours. Ils ne nous proposent rien de très folichon. Les uns et les autres ne font qu’entretenir l’anxiété. Or tant la peur peut nous faire bouger, l’anxiété nous paralyse.

"Pour changer l’histoire il faut changer d’histoire"

Pour construire notre futur, nous avons besoin de tourner la page et de développer un nouveau narratif. De nouvelles stories. Des histoires qui vont nous porter, faire ressortir notre créativité et ce qu’il y a de meilleur en nous. En clair? Une troisième voie désirable et enchanteresse générant de la dopamine et que notre striatum va adorer autant qu’il adoré celles de la voie consumériste. Après tout, comme le dit l’écrivain français Cyril Dion "pour changer l’histoire il faut changer d’histoire".

J’en veux pour preuve l’histoire de Yannah, d’abord. Elle a 25 ans, elle n’a pas terminé ses études secondaires, elle vit chez sa mère, veuve, infirmière dans une unité Covid. Yannah a bossé dans l’horeca et l’évènementiel, deux secteurs aujourd’hui à l’arrêt. Elle a entamé une reconversion à l'école 19 histoire de se réinventer et de coder des solutions pour sortir du lot dans le secteur évènementiel et y apporter des solutions digitales suite à une nouvelle règlementation. Elle va écrire sa propre histoire.

Je pense aussi à des parcours de vie comme ceux de Nathalie, Théodora et Laurence à la base des e-shop belges, ou celle de la future banque digitale de Belfius et Proximus (Banx), de l'Amazon des petits commerçants lifeinbelgium, de Barbara et view from my window, d'LN24, ….

À l’heure des plans de relance européen et belge, quelle histoire allons-nous raconter pour mobiliser les citoyens? Le temps des fêtes de fin d’année est propice à la réflexion, à transformer les rêves en réalité. Commençons à écrire les nouvelles pages du "Belgian Dream". Pour moi, il serait inclusif, entrepreneurial, global, respectueux de nos ressources et digital. Et pour vous?

Stéphan Salberter
Fondateur de Kersel, Directeur général Ecole 19 et LN24

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